Le Pavillon des séries
LOST
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Maintenant que la série LOST est terminée aux Etats-Unis (et donc qu’en bon pirate honnête citoyen j’ai téléchargé patienté en attendant la diffusion de la saison 6 en France), je crois qu’il est temps pour moi de faire un bilan sur cette série qui m’a tout de même accompagné pendant 6 ans. En général, je dois admettre que mon avis est toujours réglé sur une série alors même qu’elle n’est pas finie pour la simple et bonne raison qu’on peut toujours formuler une appréciation objective sans pour autant devoir se taper X saisons/tomes/opus. Pour LOST, j’ai préféré attendre que la série finisse pour en parler avec le plus d’objectivité possible, même si mon avis dessus est à peu prêt figé depuis un petit moment, même si la fin aura été décevante, quoiqu’un poil prévisible.
Le spoil sera plus ou moins crypté de manière à ce que n’importe quel quidam, qu’il n’ait vu qu’une saison, cinq ou aucune, puisse lire ce qui va suivre.

Le générique a l’avantage d’être concis et pas trop mal fichu. Bon point.
Le synopsis originel de LOST était le suivant : Alors qu’il est en route pour Los Angeles, le vol 815 d’Oceanic Airlines se crashe sur une île déserte en plein milieu du Pacifique. Les 40 rescapés vont devoir apprendre à cohabiter en attendant l’arrivée des secours. Une attente qui commence mal : des phénomènes étranges se produisent sur l’Île et des tensions entre certains survivants apparaissent.
Force est de constater qu’après 6 saisons, l’histoire a bien changé, si ce n’est dégénéré ; ce qui empêche d’en parler ouvertement sans lancer de gros spoils à ceux qui ne l’ont jamais vu. Et je crois que c’est le premier nœud sur lequel il faut mettre le doigt quand on parle de LOST : l’histoire, bien qu’assez intéressante (j’ai tenu jusqu’à la fin !), se comporte de manière étrange, par exemple en avançant plus de mystères que de réponses. Ce qui n’est pas un problème lorsqu’on découvre la série (les auteurs ménagent leur suspens en gardant le meilleur pour plus tard) devient par contre très symptomatique lorsqu’on est enfin arrivé au bout des six saisons et qu’on sait qu’il n’y aura plus jamais rien après : certains mystères qui ont été avancés ne trouveront de toute manière aucune réponse, voire pire, les scénaristes créent des règles à leur histoire, mais ces règles ne seront jamais justifiées réellement et laissent supposer une envie de compliquer inutilement les choses. A ce niveau là, on pourrait déjà se dire que les scénaristes auraient pu dégraisser gentiment leur mammouth histoire de ne garder que l’essentiel, et donc arriver à donner du rythme.
Car l’un des problèmes les plus récurrents sur LOST, que tout le monde même les grands s’accordent dessus, c’est bien son absence de rythme. Ce qui ne veut pas dire que la série possède un rythme lent, parce que c’est foutrement différent et ce n’est pas le cas ici. Au-delà de sa particularité narrative à utiliser le flash-back centré sur un personnage en particulier par épisode qui s’essouffle rapidement (avant d’être reboosté génialement), LOST possède un non-rythme qui a fait naitre l’une des comparaisons les plus délicieuses possibles sur DansTonChat qui était, je ne résiste pas au plaisir de vous la faire partager, « OLIVE ET TOM, c’est 10 épisodes où les personnages ne font que courir après un ballon. LOST, c’est la même chose, mais sans ballon ». La distillation de l’intrigue atteint de tels sommets qu’on en viendrait presque à se demander comment on a pu résister pendant 6 saisons, soit plus de 100 épisodes de 40 minutes. Surtout qu’au-delà de cela, les intrigues révèlent souvent des sous-intrigues qui amènent à d’autres sous-sous-intrigues... et ce jeu de tiroir n’en finit plus, à tel point que les grandes questions d’une saison, qui ont trouvé réponse au bout de 15 épisodes de mystères, deviennent absolument dérisoires en comparaison des mystères soulevés derrière.
Pour en venir aux personnages, la série est très inégale de ce point de vue là : elle peut passer du très attachant (Hurley ou Sawyer) à l’horripilant (Shannon, Kate...) ou au fadasse sans qu’on puisse discerner quelque chose d’homogène ; ils sont assez aléatoires dans l’intérêt qu’on leur porte, et c’est sans doute parce que LOST a le parti-pris de vouloir toujours TOUT expliquer sur leur psychologie. De ce côté-là, c’est parfois catastrophique, souvent gagesque, puisqu’elle se permet au travers des flash-back de donner une résonance sur tous les actes des personnages (actes parfois contradictoires d’un épisode à l’autre, mais le tout expliqué par un flash-back différent qui est censé nous faire accepter le pourquoi du comment). C’est assez souvent navrant en tout cas (sauf pour Hurley, qui n’aura eu de cesse de me confirmer que c’est un putain de bon personnage – excusez mon langage de charretier), alors que THE WIRE ou SIX FEET UNDER auront prouvé qu’on pouvait parler de psychologie sans rien expliquer mais en restant monstrueusement cohérent. Sans compter que pour LOST, les 85 % des personnages auront été au final inutiles, alors qu’on se sera tapé leur dilemme freudien pendant des heures entières...
Et puis il y a cette incohérence spatiale incessante qui permet aux scénaristes de faire comme ils l’entendent : sous prétexte d’être sur une Île tropicale (?), les personnages passent leur temps à se balader dans la jungle en rencontrant pile les gens qui vont permettre aux scénaristes de faire ce qu’ils veulent. Si ce procédé était mineur, pourquoi pas, mais là c’est à chaque épisode, chaque seconde qu’on se tape cette non-maitrise de l’espace qui fait qu’on ne comprend pas trop ce qui se passe, comment machin a retrouvé machine (ils ont beau être dans une jungle depuis 10 jours, comme ils ont chassé une fois le sanglier ils sont capables de retrouver n’importe qui pourvu que les scénaristes l’aient voulu ainsi). Et je ne parle même pas des lieux stratégiques de l’Île, qui se découvrent au fur et à mesure des saisons, et qui apparaissent comme grotesques vu leur taille et le fait que PERSONNE ne les ait vu jusqu’à ce qu’il en ait été décidé autrement.
On a souvent l’impression d’avoir perdu son temps sur pas mal de points, là où la série aurait pu gagner à être resserrée, nerveuse, rythmée, plus tenue et sur moins de temps, ce qui aurait arrangé tout le monde. On aurait eu une bonne petite histoire pas trop alambiquée (surtout que les révélations sont en pétard mouillé généralement) qui aurait comporté moins de défauts, moins de personnages inutiles et de vide (et il y avait moyen de le faire, ne serait-ce qu’en réduisant le nombre de survivant à une dizaine dès le début).
Pourtant, il n’y a pas que du mauvais dans LOST.
Ne serait-ce que d’un point de vue filmique, la série est assez bien faite : caméra à l’épaule certes, mais ne tanguant que dans les scènes les plus hystériques (les scènes d’action sont rarement lisibles, ça c’est dommage) et échelle de plan évitant le gros plan ad lib (ce n’est pas pour ce qu’il y a à voir d’intéressant dans le décor, mais c’est toujours ça de pris), et au contraire se permettant une diversité qui plaira à nos amis de chez Matière Focale. La transition entre flash-back et présent est elle aussi finement faite, évitant toute photographie monochrome ou dégueulasse et jouant sur un fond sonore lointain de ressac pour annoncer la rupture.
Quelques rebondissements de la série étaient très bien amenés et ont donné du tonus à l’ensemble, permettant lorsque LOST perdait de son intérêt de le refaire apparaitre par à-coups et donc de tenir les 6 saisons sans trop pester. Notamment, il y a là-dedans une utilisation très intelligente (ou en tout cas très bien vue) des « temporalités » différentes, qui permettent d’appuyer la pédale de l’embrayage quand les choses tournent au vinaigre et de prévoir un peu mieux les évènements à venir.
Les dialogues de la série auront de l’intérêt (ou tiendront à de la cuistrerie pour certains) dans le fait qu’ils s’amusent souvent à sous-entendre plus qu’à dire clairement les choses, lorsque les personnages se comprennent mais que le spectateur n’a pas la scène-clef qui permet de recomposer la discussion. Ce qui peut s’apparenter à de l’arnaque sur ce point là m’a personnellement bien amusé, parce qu’elle donne un brin de réalisme au niveau des échanges.
D’ailleurs, pour finir, l’un des points forts de LOST a été de créer une ambiance très spéciale : virant d’un drame psychologique à une histoire fantastique, passant d’un réalisme poussé (poussif ?) à un délire paranormal. Cela a pour avantage de donner une atmosphère « crédible » à des situations qui finalement ne sont que loufoqueries inexpliquées, mais qui ont donné envie d’avoir des réponses. La seule chose que l’on regrette là-dedans est que la série se soit ultimement retournée vers le drame psychologique, alors que c’est la part irréelle qui fascinait et faisait théoriser sur toute la Toile.
En définitif, je ne regrette pas ces six années passées à suivre la série, mais je trouve dommage qu’elle n’ait rien créé de totalement inoubliable et qu’elle ait soulevé plus d’attente que de résultat. LOST est une série synthèse des années 2000 : tout se joue sur le buzz, on s’en amuse bien au début et puis après il est temps de passer à autre chose.
Leto
La Mort dans deux séries américaines des années 2000
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D’accord, j’admets que mon titre est totalement foireux, si ce n’est gagesque, mais c’était simplement pour signifier la ligne conductrice qui allait le structurer et me permettre de parler de deux séries qui me tiennent à cœur sans qu’elles aient énormément de rapport entre elles. Quoique. Nous allons voir ça.
Ces deux séries, pour ne présenter que leur titre, sont SIX FEET UNDER et DEAD LIKE ME (deux séries qui commencent à dater mais qui n’ont rien perdu de leur superbe). Si la première a de fortes chances de vous dire quelque chose par son titre – c’est bien normal, SFU a acquis depuis longtemps un statut culte dans le paysage audiovisuel américain ; la seconde en revanche me parait beaucoup plus confidentielle, même si cela ne veut en aucun cas dire moins bien.
Comme mon titre l’évoquait si maladroitement, les deux séries bénéficient d’un seul et même article, car elles parlent toutes les deux de manière très intéressante et différente de cette phobie, cette obsession qui nous habite tous et nous hante [avec un H comme dans « halibi »], la Mort. Chacune propose donc sa vision personnelle de ce thème universel, et l’opposition des points de vue est telle que pour parler de la Grande Faucheuse de manière objective, les développer en même temps me parait essentiel.

On continue avec le sempiternel générique dans l’image de présentation ! Générique qui est excellentissime, tant au niveau de l’image que de la musique, devenue classique.
25 décembre 2000. En cette belle journée de Noël, Nathaniel Fisher, père de famille et directeur de pompes funèbres, meurt dans un accident de voiture. Pour la famille Fisher, le deuil doit se faire pour que la vie continue. Entre la mère, Ruth, qui n’a jamais vécu seule, l’aîné, Nate, le baroudeur qui décide de rester quelques temps pour aider au maintien de l’entreprise familiale qu’il déteste, le benjamin, David, qui affronte difficilement son homosexualité et la cadette, Claire, qui est étouffée dans le cocon familial et s’emmerde au lycée ; les choses ne s’annoncent pas faciles.
Le pitch de départ n’a pas l’air très joyeux, n’est-ce pas ? Et encore, ce n’est que le commencement de cinq saisons passionnantes et peu joyeuses.
Car s’il y a bien quelque chose que je retiens de SFU, c’est l’incroyable noirceur qui la ponctue tout du long. Non pas que la série ne fait que nous narrer les échecs et les déprimes métaphysiques de la famille Fisher, bien au contraire, son écriture est d’une qualité phénoménale et, pour la comparaison, serait à l’opposée de DESPERATE HOUSEWIVES. Les deux séries n’ont strictement aucun rapport, mais là où DH fait depuis la deuxième saison des vrilles scénaristiques incessantes, toujours dans le much [sans que j’assimile cela à un défaut], SFU étonne par sa capacité à se contenir et ne pas entrer dans le grandiloquent. Seuls les twists de la saison 4 me paraissent un peu abusés, mais le reste du temps, la série jongle sur tous les registres, passant de la mélancolie à la comédie sur un fond de tranche de vie vraiment intéressant dans les thématiques qu’elle aborde : du deuil à la communication difficile entre les gens, sans oublier l’homosexualité, l’addiction, la maladie... Autant de thèmes casse-gueule qui n’échouent pas dans la série. Pour exemple, l’homosexualité n’est jamais traitée comme une sexualité marginale, ce sont justement les personnages qui la rendent marginale. Je remarque qu’il est très difficile de retranscrire ce que la série fait passer tacitement.
SFU possède à ce titre une structure géniale qui veut que chaque épisode démarre par une mort, épitaphe à l’appui. Quand je dis géniale, c’est surtout que la série a su, tout en gardant cet impératif, ne pas s’embourber dedans et rendre la chose non-rébarbative : la première scène de chaque épisode sera l’occasion de tromper le spectateur, jouer avec ses nerfs (les morts sont rarement celles qu’on attend) grâce à la réalisation et à la conclusion [de cette scène] inévitable. Mais là où ça devient fort, c’est lorsque la série se permet de jouer avec ce code de temps à autre, s’en libérant quasiment. Les auteurs ont même su faire en sorte de donner une importance variable aux morts qui vont très souvent [mais pas toujours !] finir par être traités par l’entreprise Fisher & Sons. En clair, les funérailles pourront constituer le fil conducteur de l’épisode ou n’être qu’anecdotique. Très bon et bien géré en tout cas.
Pour en revenir à la narration, celle-ci est excellente dans le fait qu’elle se permet de ne pas tout expliquer au spectateur, contrairement à LOST, putain vous nous prenez pour des mormons ou quoi, laissant des zones d’ombre qu’on remplira à son grès. Et c’est d’une logique implacable : personne ne peut prédire les réactions des gens, les sauts d’humeur et les raisons attenantes. On peut passer du coq à l’âne que ça ne dérange pas, c’est même très cohérent. Aussi, SFU s’amuse par moment à annoncer des pistes pour ne jamais les utiliser, afin de nous prendre à contrepied (Rico, l’employé des pompes funèbres, qui est dégoûté par les homosexuels mais dont on ne connaitra pas la réaction face au coming-out de David, et qui l’accepte ! Magnifique ! Et ce n’est qu’un exemple mineur) ; alors que certains évènements imprévisibles surgiront mais jamais de manière grotesque. Le mieux étant que la série se pare d’une facette irréelle dans les hallucinations et fantasmes des personnages, ce qui se retranscrit très bien à l’écran : les scénaristes s’amusent fortement à insérer dans la série des scènes très pathos et attendues par le spectateur et [là est le génie !] les personnages, avant de faire un reboot sur le fait que ce n’était que des divagations mentales des acteurs. On saisit alors que le propos de SFU est à la fois de faire une fiction, tout en évitant les écueils des poncifs cinématographiques en se rapprochant de la réalité (les délires fantasmagoriques faciliteraient souvent la vie des personnages, mais la série leur dit non).
Concernant les acteurs, on peut aussi dire que c’est un régal perpétuel, chacun pulvérisant les clichés de son personnage et lui donnant une multitude d’expressions nuancées ou fortes. Nate (Peter Krause) est à ce titre plus d’une fois bouleversant. Quant à Michael C. Hall, j’avais quelques a priori du fait que je l’ai connu avant dans DEXTER où il joue un psychopathe sans nom, mais force est de constater qu’il passe très bien à l’écran : certes, malgré les background très différents de ses deux rôles principaux, il a tendance à jouer un peu de la même manière (Dexter n’a pas d’émotion et David est très renfermé), mais son personnage dans SFU transpire quand même d’une humanité très touchante et d’un jeu plus subtile qu’au premier abord. Mais le meilleur reste quand même Nathaniel Fisher (Richard Jenkins) qui joue un personnage mort (vu que c’est son décès qui marque le début de la série) avec une puissance sans pareille, toutes ses apparitions bénéficiant d’une aura particulière. Le personnage a un cachet très spécial, vu qu’il ne vit qu’à travers les délires un brin schizophréniques [qui s’apparentent aux fantasmes déjà évoqués, mais qui vont plus loin] de ses proches, mais l’acteur réussit à faire briller dans l’œil de Nathaniel une lueur de folie douce perpétuelle qui le rend attachant, ambiguë et irrésistible. Il est surtout le personnage centrale d'une des scènes les plus cultes de la série, où Nate se retrouve avec son paternel, Mme Vie et Mr Mort pour un poker ! Un vrai régal !

La famille Fisher d’origine au complet ! De gauche à droite : Nathaniel, Ruth, Claire, Nate et David.
Je trouve personnellement la série éminemment noire dans le fait qu’elle aborde la mort sans tabou, sans complexe et sans artifice. Malgré son statut de fiction, l’écriture est tellement habile (alternant pudeur et voyeurisme) qu’on a du mal à ne pas être happé par et à ne pas ressentir une certaine empathie (ou une empathie certaine) pour tous les personnages (même lorsqu’ils ont tord ! Ce qui est diamétralement opposé, encore une fois, à DH où un personnage qu’on adore peut taper sur les nerfs en moins d’une seconde). Ce qui fait que même si la série possède une profusion de moments joyeux et heureux, il traine constamment une petite trainée de souffre qui parasite l’ensemble (des frictions ci et là, un mot de travers) qui ne permettent pas de voir un instant simplement gai. Parce que la vie n’est pas ainsi, et tout et tout. Ce qui fait que dans l’ensemble, ce n’est pas la joie (surtout quand on voit l’acharnement sur le personnage de Nate). Même les fondus sur fond noir qui ont été remplacés par des fonds blancs (très jolie idée) n’arrivent pas à stopper cette sensation mélancolique et dure. Car n’importe quoi, n’importe qui, n’importe où, disparait.
Il n’empêche que la série bénéficie d’une telle qualité d’écriture, de réalisation (photographie, montage, jeu sur les sons) et d’acteurs qu’elle se regarde agréablement et qu’on n’en regrette pas le visionnage ! Un classique qui n’a pas usurpé son statut, qu’on se le dise !
Bien, maintenant qu’on s’est tous un peu déprimé devant cette excellente série à foutre le cafard aux plus joyeux d’entre nous, il est temps de passer à quelque chose d’infiniment plus loufoque et optimiste :

Le générique donne le ton d’emblée : jazzy, décalé, drôle et absurde. Show must go on !
Georgia Lass (mais appelez-la Georges, nettement plus féminin) a 18 ans, aucune volonté, aucune vie. Elle n’a pas de copain, n’en a jamais eu, n’a pas d’amis, en a eu peu. Elle a plaqué la fac et cherche activement un travail. Pour couronner le tout, elle est en guerre froide avec sa mère, n’échange plus avec son père depuis une dizaine d’années et ne voit en sa petite sœur qu’un parasite, lorsqu’elle prend conscience de son existence (soit 10 secondes par semaine). Georges postule dans l’entreprise Happy Times (temple de la bureaucratie dont on ne saura jamais rien si ce n’est qu’il y a des bureaux, des comptables et des post-it), mais se fait recruter par Dolorès Herbig (brow-eyes, jeu de mooot) dans les archives, lieu où elle a sa place puisqu'il n'y a personne et que le boulot est vivant. Décidément, la vie de Georges est géniale. Et elle va s’arrêter là, lorsque la lunette des toilettes de la station Mir lui tombe sur la tête, lorsqu'elle prend sa pause déjeuner. Ou plutôt, elle va commencer là ! Car Georges n’est pas morte ! Elle a été in extremis sauvée par un Faucheur, qui lui par la même occasion légué ces fonctions. Maintenant, Georges est une « entre-deux », une personne ni morte ni vivante qui a pour boulot d’accompagner les défunts vers l’au-delà. Un travail qui se fait en équipe, avec Ruben le grincheux chef, Mason, le british défoncé, Betty, l’extravagante et Roxy la contractuelle pas commode. Mais ce n’est pas les fonctions de Faucheur qui permettent de payer les factures...
Si le synopsis vous a paru un brin farfelu, sachez que ce n’est que les prémices de ce qui vous attend ! Dead Like Me est une série particulièrement étrange, dont il ne faut pas essayer de rationaliser le contexte. Je me souviens encore avoir eu du mal pendant les premiers épisodes, puisqu’ils posent les fondations d’une bâtisse nonsensique (les Faucheurs doivent simplement toucher les futurs défunts pour faire leur travail ; les noms de leurs victimes sont inscrits sur des post-it ect.), laquelle il faut accepter tel quel. Dès lors qu’on a admis les rituels de la série, on peut se plonger dans une série hilarante et, j’ose utiliser ce mot qui d’habitude m’irrite légèrement tant il me parait pour une fois approprié, fraiche.
DLM parle d’un sujet grave (la mort) tout en y apportant une légèreté sans égal, que ce soit dans son propos (la mort du personnage principal n’annonce pas la fin mais le début de la série !) ou dans sa réalisation autrement plus inventive et décalée que le magnifique classicisme de SFU (ralentis, accélérations, plans-séquences virevoltants ect.). Les deux séries peuvent faire l’objet de petites comparaisons structurelles (les personnages principaux vivent la mort au quotidien, la série démarre par une mort importante, au moins une mort par épisode et tout), mais dans leur ton, aucun parallèle ne peut être fait.
L’écriture est à ce titre excellente, car poussant le bouchon du non-sens avec toujours plus d’aisance, maniant les relations entre les personnages avec justesse et irréalisme (si je veux), évitant parfois certaines scènes faciles pour s’intéresser au « difficile ». La série ose, s’éclate, nous amuse, est impertinente, polissonne, aborde des sujets plus graves (le deuil de la famille de Georges) toujours avec le sourire... sans qu’on se dise à un moment « attend, y a un problème ». DLM assume tout et c’est donc très bon !
Le casting porte sur les épaules la drôlerie de la série, sans pour autant que tout repose sur lui : ce sont des vecteurs de bonne humeur, de doux dingues qui font passer les messages de la série de manière tacite (et ce même si Georges retient ses enseignements en voix-off). On peut néanmoins regretter quelques personnages mis de côté dans certains épisodes (Roxy surtout), même si ça n’altère en rien leur qualité. Surtout que la série commençait (enfin, à l’épisode 5) par envoyer bouler le personnage le plus communiquant (je ne vous en dis pas plus), ce qui m’avait au premier abord déçu, avant que celui-ci ne soit remplacé immédiatement par la sublime Laura Harris [qui est aussi à l’origine d’un des twists les plus gagesques de 24 !], qui joue une actrice défunte à la moue croquante, au tempérament bien trempé et aux répliques hilarantes (« I made a blowjob to Clark Gable », jeez). Si vous ne devez en retenir qu’une, c’est bien elle (et ce malgré l’excellence du reste du casting), et ce n’est pas dop_ qui me contredira !

Les Faucheurs au complet eux-aussi ! De gauche à droite : Mason, Roxy (en haut), Georges, Ruben et Daisy Adair *bave* !
Il est d’ailleurs amusant de voir qu’en comparaison de SFU qui se termine là où elle le veut, rationnellement, DLM tourne au non-sens le plus complet en s’achevant brutalement à la seconde saison. D’accord, c’est parce que la série n’a bizarrement pas été reconduite, mais ça rajoute un petit quelque chose absurde qui est dans le ton de la série.
En tout cas, si vous avez envie de bonne humeur sur 29 épisodes de pur délire, n’hésitez par une seconde, DLM est faite pour vous !
PS : Bon, maintenant il est temps de faire un petit coup de gueule : messieurs de HBO et Showtime, pourriez-vous au moins engager un professionnel pour faire l’interface de vos DVD, qui sont une horreur sans nom ? C’était déjà un problème sur THE WIRE (d’ailleurs, le prix sur Amazon.uk de l’intégral de SFU avec VOSTFR est quasiment le même, miam !), mais là on atteint des sommets. J’veux dire, ne pas pouvoir faire de lecture intégral de tous les épisodes d’un coup et devoir se taper trois/quatre écrans à chaque fois qu’on veut accéder aux menus désirés, c’est atroce et lourd. Pitié, plus de stagiaires là-dessus, soignez un peu le commercial.
PPS : Ne vous laissez pas avoir par les choix marketing de DLM, où les affiches ne représentent en rien la série, puisque les personnages y posent comme des bogoss et des stars alors qu’ils ne font JAMAIS ça et rien ne suggère des paillettes dans la série. Passez outre, parce que c’est infameux et ça lui porte préjudice. DLM ne mérite pas ça.
Leto
The Wire
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Si le nom de THE WIRE vous évoque quelque chose ou suscite en vous un tremblement d’excitation, laissez-moi vous féliciter pour votre culture télévisuelle américaine ; si le nom ne vous dit rien, ce n’est pas grave : d’une part vous allez bientôt en savoir plus, d’autre part la série dont je vais parler a surtout inscrit son titre de noblesse auprès des média, où elle a été plébiscitée. Pourquoi ? Je vais y venir.
La distribution en France de THE WIRE, rebaptisée sobrement pour l’occasion en SUR ÉCOUTE, a été faite dans l’indifférence générale, que ce soit du public (même 5 ans après leur sortie, les coffrets DVD sont toujours à 50 € chacun), de la presse générale ou de la télévision (il n’y a que Jimmy qui l’a diffusée à des heures indues). Pourtant, la série a acquis aux Etats-Unis le titre de « meilleure série de toute l’histoire de la télévision américaine », excusez-moi du peu. Paraîtrait même que Barack Hussein Obama la regardait. Diantre. Si votre curiosité n’a pas été titillée à ce niveau de l’article, je ne peux plus rien pour vous !
"Don't matter how many times you get burnt, you just keep doin' the same." – Bodie

Oh, tiens un générique. Composé habillement de plans provenant majoritairement de passages clefs de l’intrigue, sans qu’ils ne dévoilent un micro-chouïa de celle-ci, et de variations différentes par saison de la chanson de gospel "Way Down In The Hole", on peut dire qu’il est parfaitement réussi !
THE WIRE a été créée par David Simon, un ex-journaliste du Baltimore Sun et coécrite avec Ed Burns, un ex-inspecteur de la police criminelle de Baltimore. Des gens qui n’ont peut-être pas un curriculum artistique permettant de prévoir qu’il allait créer un chef-d’œuvre télévisuel (j’emploie les grands mots dès maintenant), mais il faut leur accorder deux grandes qualités : l’écriture et la connaissance de leur sujet.
Pour ceux qui ne le sauraient pas (et je doute qu’en dehors des géographes, des Science-Posars et des Américains, les gens le savent), Baltimore est l’une des villes des Etats-Unis parmi les plus peuplées (son agglomération est la quatrième plus importante du pays). Située entre New York et Washington D.C, cette ville cumule pauvreté (20 % de sa population vit sous le seuil de pauvreté), criminalité (près de 2.000 crimes pour 100.000 habitants) et coloration (60 % de sa population est d’origine afro-américaine). Autant dire qu’on fait plus joyeux.
Dès lors, il paraît un peu étonnant que peu de séries avant THE WIRE aient pris place dans ce contexte sociogéographique riche et intéressant à aborder.
En quelques mots, la série parle de Baltimore en tant que ville et personnage : policiers, trafiquants, politiciens, fonctionnaires, syndicalistes, citoyens... Autant de points de vue qui vous être abordés pendant 5 saisons de 60 épisodes (d’une heure chacun) et qui font s’efforcer de dépeindre une réalité sans fioriture ni de parti-pris.
Bien sûr, je pourrais parler des intrigues qui vont servir de fil conducteur à la série, mais ce serait en gâcher le plaisir de la découverte.
"Conscience do cost." – Butchie

Une belle démonstration du fait que la série est dramatique sans pour autant virer dans la photographie sombre. Un choix artistique peu courant de nos jours, et pourtant, il est bon.
Tout d’abord, pour aborder THE WIRE, il faut en décortiquer la forme. Ayant pour aspect artistique de se rapprocher très fortement du documentaire, la série évite toute théâtralité (hormis de rares exceptions, les épisodes ne se terminent jamais par un twist) et propose une image des plus dépouillées.
Pour parler de la photographie, celle-ci se cantonne à offrir au spectateur une image colorée sans utilisation de filtres dégueux ou jeux de lumière complexes. Ce qu’elle offre se révèle très simple de ce point de vue, et paradoxalement travaillé à l’extrême. Un coin de rue reste un coin de rue, pas de lézard, mais il est beau. Beau tout en conservant un côté vétuste ( on est ghetto ou on ne l’est pas). Là est le premier coup de fouet de THE WIRE. La réalité est sans cesse graphiquement recherchée, mais la réalité pour elle seule ne sert à rien. Sa stylisation sans artifice la rend par contre diablement intéressante, tout en permettant au spectateur d’opérer une distanciation.
Néanmoins, la réalisation documentarisée ne se limite pas, et c’est une audace parfaitement relevée, à l’emploi d’une caméra à l’épaule et d’un zoom grossier et continu sur le visage des personnages (procédé immonde souvent utilisé dans les réalisations qui se veulent proche de la réalité, c’est d’une bêtise). Au contraire, rarement une caméra n’aura été si précise, si contrôlée et libre (paradoxe pas évident à expliquer autrement qu’en regardant la série) ; et rarement une série n’a employé une telle échelle des plans, ne se contentant pas de champ/contrechamp et de plans d’ensemble avec gros plans lors des dialogues. La variation à ce niveau est continue et toutes les scènes paraissent différentes dans leur réalisation et leur propos (une scène qui pouvait n’être qu’un plan-séquence comme une autre pourra être savamment montée). On n’a jamais l’impression de tourner en rond. On regrette un peu que certains plans floutent à outrance l’arrière-plan (j’ai souvenir d’une scène entière où le décor nocturne derrière les personnages est illisible, alors que ceux-ci n’hésitent pas à le qualifier de superbe ! Un comble), mais c’est globalement admirable. Et, au pire, on pourrait justifier ce parti-pris en disant que c’est une manière de dire au spectateur qu’essayer de voir le tableau dans son ensemble est très complexe, et qu’il faut mieux s’attacher à chaque détail indépendamment pour le reconstituer à sa convenance. Rien de grave, donc.
Cette plastique complexe et brute s’explique par la volonté des auteurs de ne rien dramatiser dans THE WIRE. Le propos de la série étant focalisé sur la perdition de la ville dans la spirale de la criminalité et de la drogue, il aurait pu en être tiré un triste show à sensation enthousiasmant le prépubère en manque de violence. Il n’en est rien. Les scènes d’action dans la série sont d’autant plus rares qu’elles ne sont généralement pas euphorisantes, et pour cause, la violence n’a pas à l’être. Il en ressort même plus souvent une impression de lenteur voulue, rappelant la lourdeur des institutions. Il arrive que les scénaristes décident de ne pas montrer des passages importants en ne les évoquant que par un bref échange. Bref échange qui en dit souvent long (la narration des sous-entendus est fantastique et rythme toute l’histoire) et qui permet de surprendre le spectateur dans ses choix de ne pas montrer ce qu’il attendait. Bien sûr, certaines scènes paraissent être des redites d’autres séries, on a des impressions de déjà-vu et il arrive que des enchaînements de passages soient trop gros pour n’être que des coïncidences ; mais dans sa globalité, la narration de THE WIRE est extrêmement riche et romancée (c’est de la fiction après tout !), sans pour autant tomber dans la dramatisation à deux balles.
De même, leur mise en scène est brute de béton et ne s’encombre pas de la spectacularisation de l’histoire. Si leur montage diffère toujours (comme vu précédemment), on retrouve en revanche toujours la même manière de présenter les faits. Explication devant le propos confus que je viens d’énoncer : l’absence de musique (si ce n’est celles qui sont inhérentes à l’histoire et le générique de début et de fin) et un cadrage précis, brut et non-dramatique à chaque scène brouille le spectateur dans ce qui l’attend. L’issue d’une scène n’est jamais prévisible, parce qu’aucun indice dans la réalisation n’est donné : un dialogue pourrait s’achever sur une fusillade ou une accolade qu’on ne le saurait pas à l’avance. Le drame ne surviendra donc que de la situation en elle-même, et non pas de la réalisation qui incitera le spectateur dans sa réaction émotionnelle.
De ces deux composants est mise en exergue la volonté des auteurs de créer une série qui se joue du spectateur par une surprise et un brouillage aussi bien narrative que mise en scénique. Ne serait-ce que par sa forme, on peut dire que THE WIRE ne prend pas le spectateur pour un imbécile, mais qu’elle le titille. Mais ce serait oublier d’aborder le deuxième point...
"No one wins. One side just loses more slowly." – Prez

THE WIRE est certainement la seule série se passant dans les années 2000 où les policiers travaillent à la machine à écrire. C’est sûr que niveau glamour, LES EXPERTS battent à plate couture THE WIRE, mais niveau écriture par contre, c’est l’inverse.
Mais surtout, ce qui a fait la renommée de THE WIRE, c’est son fond. Ayant pour but de dépeindre une société en perdition, elle nous met face à un lieu où le manichéisme n’a pas sa place.
Quasiment tous les personnages sont à ce titre travaillés à l’extrême. Ce travail se traduit surtout par une galerie de protagonistes vertigineuse (à la louche, je dirais une vingtaine) de milieux sociaux différents (on doit pouvoir les classer selon 5 ou 6 « groupements », genre policiers, dealers, politiciens...) dont aucun n’est mis en retrait. Il y a, bien évidemment, des personnages plus centraux que d’autres, qui prennent parfois plus de place ou vampirisent l’intrigue (Jimmy Mc Nulty surtout) ; mais il y a toujours un moment où l’histoire prendra le temps de se pencher sur les autres. La saison 4 est un exemple fabuleux de l’utilisation de personnages en retrait dans les autres saisons pour arriver à l’une des intrigues les plus captivantes de la série, tout en laissant derrière les gros bonnets (Jimmy Mc Nulty, encore une fois). Cet approfondissement et cette richesse des personnages ne se limite jamais (et c’est quelque chose de rare dans une série, et c’est donc délicieux) à un passé qui les a conditionné à devenir gentil ou méchant parce que parce que parce que. Non. Ils sont tous plus ou moins ambiguës, révèlent parfois des côtés de leur personnalité qu’on ne soupçonnait pas, mais sont toujours cohérents et profondément humains (ce qui ne veut pas dire aider toutes les vieilles du quartier ou sauver le monde d’une attaque terroriste). Il arrive aussi que parfois, la narration fasse en sorte de cacher certains passages bien larmoyants qui construisent les personnages, et ce afin de ne s’intéresser qu’à la post-réaction et non pas la réaction en elle-même.
L’anti-manichéisme intervient donc, en mettant en scène des personnages aussi socialement compartimentés que complexes : un dealer ne sera pas forcément un mauvais garçon, de même qu’un flic ne sera pas obligatoirement un saint ; mais cela ne veut pas pour autant dire que le crime se justifie et que la loi, même brutale, n’est pas juste ; de même que la criminalité peut s’expliquer et la justice être confuse... Autant de problématiques qui renvoient à d’autres et ce indéfiniment, comme si les auteurs ne cherchaient qu’à nous embrouiller. A moins que ce ne soit une manière d’admettre qu’un problème en apparence simple révèle souvent des données beaucoup plus subtiles qui viennent compléter le tableau, sans pour autant y apporter une explication unique. Malin...
Mais ne parler que du travail formidable sur les personnages ne serait que voir l’arbre cachant la forêt, car l’histoire (servie par les personnages) se révèle être un bijou de questionnement social et de tentative de réponses.
Chaque saison (à l’exception de la deuxième, qui est vraiment à part dans la série et qui donne l’impression de temporiser l’action entre la première et la troisième ; un chaînon indispensable en somme) se propose de résoudre les problèmes de Baltimore par différents moyens. Avec des conséquences bonnes ou mauvaises, mais toujours dans un souci de faire plus qu’un constat, d’aller plus loin que la représentation filmique bête et méchante et de donner des pistes pour améliorer les choses. Car il n’est question que de ça dans THE WIRE, au fond. Aller vers l’avant, en essuyant des revers, mais sans jamais faiblir. En substance, c’est le message qu’elle veut faire passer ; en pratique, elle le fait passer de manière très subtile. Après tout, les réponses qu’on fournit, quelles qu’elles soient, ne seront ni noires ni blanches, il y aura des aspects positifs et négatifs, et THE WIRE rend terriblement bien ce constat pessimiste – pessimisme relativisée par le fait qu’elle n’arrête jamais de proposer des solutions. Que ce soit pour arrêter la criminalité (saisons 1 et 3) ou changer les institutions (saisons 4 et 5 ; la 2 étant vraiment très à part dans son propos et son ambiance), la série explore les possibilités avec gourmandise.
Cette force de la série de présenter problématique et solutions potentielles est ahurissante et démontre bien des qualités qui lui sont attribuées, et qui ont fait sa renommée auprès des média américains.
"All in the game..." - Traditional West Baltimore

On pourrait croire à l’ambiance d’un film d’horreur. C’est une scène incroyablement badass en vérité. Sans être abusée, si si, c’est possible et c’est dans THE WIRE. Notez au passage l’aspect granuleux de l’image, tournée au numérique.
On voit donc que THE WIRE a une volonté autant artistique que thématique de brouiller le spectateur dans sa narration (pourtant très fluide) et son propos ; et ce afin de faire une peinture gigantesque, phénoménale et passionnante où questions et réponses s’entrechoquent. Mais si la série est d’un point de vue intellectuel excellent, ce n’est pas pour autant qu’il faut croire qu’elle n’est pas divertissante. Loin de là même ! L’humour intervient par petites touches, au même titre que la tragédie ; rien n’est surjoué, tout est parfaitement dosé. A tel point que même si les épisodes durent une heure, ils passent toujours à une vitesse incroyable. On ne s’emmerde pas une seule seconde ! De son rythme lent et posé surgit alors une puissance sans pareille, sans égale, dont le revisionnage est conseillé et se fera sans rechigner !
Autant de qualités qui font de THE WIRE l’une des meilleures séries américaines, oui, mais aussi l’une des plus grandes productions filmiques (c’est-à-dire que ce soit un film ou une série – THE WIRE a d’ailleurs une structure très proche d’un film de 13H par saison, comme dirait dop_) jamais faites. Et en plus d'être vrai, c’est succulent.
Je terminerai en vous conseillant de vous jeter dessus, si ce n’est déjà fait. Après tout, les 50 € déboursés pour chaque saison sont justifiés pour chaque seconde passée, et en ratio temps/prix, c’est beaucoup plus vite rentabilisé qu’un film de 1H30 à 20 €. Et au pire, pour les radins, je vous pousserai à vous précipiter sur Amazon.co.uk, où l’on trouve l’intégrale des cinq saisons dans un coffret pour 60 € environ, sachant que la VF et la VOSTFR sont comprises à l’intérieur ! Si après ça, vous ne vous laissez pas tenter...
Leto
Scrubs, toubib or not toubib
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Cette série diffusée pour la première fois aux États-Unis en Octobre 2001 raconte la vie du Sacré-Cœur (Sacred Heart), un hôpital au personnel quelque peu allumé. John Dorian, JD pour les intimes, en est le personnage principal. Les épisodes sont le plus souvent tournés de son point de vue (c'est lui qui fait la voix off dans presque tous les épisodes). D'abord interne comme la plupart des autres personnages importants, chaque saison marque une nouvelle année de médecine. Enfin, son titre "Scrubs" signifie blouse en Anglais.
Des personnages complètement déjantés
Les personnages de Scrubs ont tous une dose non négligeable de folie les rendant très attachants.
- John Michael Dorian (JD) est le narrateur de l'histoire, puisqu'il fait la voix off de tous les épisodes ou presque. Durant les quatre premières saisons, JD est un interne en médecine générale sous les ordres du Dr Perry Cox, en lequel il voit un mentor et un modèle. Il passe son temps à essayer de trouver de l'amour et du respect auprès de ce médecin mégalomane et définitivement aigri. Souvent dans la lune, ses fantasmes, sexuels ou non, sont tous plus délirants les uns que les autres, allant de la découpe d'un bras à la scie circulaire à l'explosion d'une guitare sur un mur. Hétérosexuel, il a pourtant des comportements féminins par moment, notamment dans ses relations avec son meilleur ami Turk, ou dans le choix de ses cocktails. Totalement immature, il est incapable de garder une relation amoureuse avec une fille.
- Christopher Duncan Turk est le meilleur ami de JD, ils se connaissent depuis la fac de médecine. Lui, c'est la chirurgie qui l'attire. Avec JD, il font les pires frasques, que ce soit se mettre sur les épaules de l'autre et habillés d'une immense blouse pour jouer au "plus grand médecin du monde", ou encore jouer avec leur chien empaillé Rowdy, comme s'il était encore en vie. Plus mature que son meilleur ami en terme de relation amoureuse, Turk sort avec une infirmière de l'hôpital, Carla, dès la première saison et ne la quittera pas de la série.
- Elliot Reid est une interne qui fait sa première année en même temps que JD et Turk. D'abord très timide et maladroite, elle s'affirme de plus en plus au fil des saisons. Martyrisée par les Dr Cox et Kelso durant ses quatre premières années d'internat, il lui arrive fréquemment de s'enfermer dans le placard pour y pleurer. Elliot est une vraie névrosée qui raconte souvent des histoires incroyables qui lui sont arrivées durant son enfance et qui concerne souvent des relations particulières avec ses parents, ou se terminant par un décès. Ses relations avec JD sont dignes de celles qu'entretiennent Rachel et Ross dans Friends.
- Carla Espinosa est la chef des infirmières, dans la maison bien avant l'arrivée de nos internes. Dotée d'un fort caractère, elle n'hésite jamais à dire ce qu'elle pense. C'est elle qui porte la culotte dans son couple avec Turk. C'est la seule que le Dr Cox semble écouter et apprécier. Elle adore donner des conseils à tout le monde et materner les internes, dont JD qu'elle surnomme affectueusement Bambi. Issue d'un quartier défavorisé, elle n'apprécie guère les manières bourgeoises d'Elliot dans un premier temps, avant de finir par devenir sa meilleure amie.
- Percival Ulysse Cox (Perry) est le docteur tyrannique, mégalomane, aigri et colérique de l'hôpital. En charge des internes en médecine générale, et donc de JD quand ce dernier est interne, il passe son temps à l'affubler de prénoms féminins et prend un malin plaisir à le ridiculiser. Pourtant, il sait reconnaître à sa façon les talents de son bizut, comme il l'appelle également, mais ne le montre jamais. Il excelle dans la médecine, comme dans la joute verbale : ses tirades alambiquées et interminables semblent emprunter leur juxtaposition d'épithète à un certain Proust, et sont toujours destinées à envoyer balader une personne. Il aime et déteste Jordan, son ex-femme, seule personne qui ne se vexe jamais de ses monologues cinglants. Cox désobéit souvent au directeur de l'hôpital, Bob Kelso, et fait passer l'intérêt des patients avant celui du budget.
- Robert Kelso (Bob Kelso) est le directeur du Sacré-Cœur. Aussi cinglant que Perry, il mène l'hôpital avec une main de fer dans un gant de fer. Son rôle n'est pas enviable : en effet, il est tout le temps contraint de refuser les plaintes des docteurs et infirmières, pour éviter que l'hôpital soit endetté. Tout comme Perry, il a un bon fond, même s'il ne le montre jamais. Bob a une femme qu'il ne supporte pas, et un fils qu'il essaye d'aimer malgré son homosexualité.
- Le concierge (Janitor), dont le véritable nom reste un mystère, est l'homme d'entretien de l'hôpital. Rarement en train de faire son travail, il est capable d'une ingéniosité incroyable pour torturer JD, sa tête de turc depuis le premier jour lorsqu'il l'a désigné arbitrairement comme responsable d'une porte coincée par une pièce de monnaie. Toujours en train de raconter des histoires incroyables le mettant en jeu avec des gens bizarres, on ne sait jamais s'il dit la vérité ou non. Souffrant d'un complexe d'infériorité, il n'est pas rare de le voir se prendre pour un médecin.
- Ted Buckland est l'avocat dépressif, incompétent et pleurnichard de l'hôpital, qui fait partie d'un groupe de choristes de l'hôpital, les Worthless Peons, reprenant des génériques télévisés à Capella avec trois autres personnes de l'hôpital.
- Todd Quinlan (Le Todd) est un interne en chirurgie macho, réputé pour ses "tape-m'en cinq" virils et ne pensant qu'à faire des sous-entendus sur le sexe.
- Jordan Sullivan est l'ex-femme sadique et tyrannique du docteur Cox. Elle siège au conseil d'administration de l'hôpital.
- Laverne Roberts est l'infirmière en chef grincheuse et très croyante qui raffole des commérages.
- Doug Murphy est un interne aussi nerveux et stressé qu'incompétent, qui finit par trouver sa voie en tant que médecin légiste.
Une série originale
Scrubs n'est pas une nième série médicale. Ses épisodes durent 20 minutes, sans public ni rires enregistrés et sont tournés avec une caméra unique, fait rare de nos jours mais également marque de fabrique de Bill Lawrence, le réalisateur. Scrubs ne s'attache pas uniquement aux difficultés qui surviennent dans un hôpital, c'est une série qui se veut avant tout drôle et décalée. L'humour est omniprésent, même si les épisodes ne sont pas tous légers, et les passages graves sont d'autant mieux mis en avant que l'ambiance tranche radicalement avec la plupart des épisodes.
Autre originalité, les fantasmes de JD. Lorsque nos héros rencontrent une difficulté, ou que la situation s'y prête, il n'est pas rare que JD lève les yeux vers le ciel et le voilà parti pour un délire de quelques secondes. C'est comme ça qu'en pleine discussion avec un malade, on voit JD empaillé chez Turk à côté de Rowdy. Chaque fantasme se termine par un retour à la réalité et une phrase de conclusion du style "Ils sont fous ces kangourous..." et c'est encore plus abscons quand on n'a pas vu le fantasme en question.
Enfin, quasiment tous les épisodes portent un titre qui commencent par "mon" ou "ma" puisqu'ils sont tous à peu près narrés par la voix off de JD, comme si chaque épisode était une page de son journal intime, et se terminent par une réflexion philosophique résumant le message passé pendant l'épisode.

Bref, une série très fraiche, pleine d'humour, qui sait ne pas tomber dans la naïveté et faire passer des messages sérieux de temps en temps sans pour autant tomber dans le prêchi-prêcha.
Shaolan
Black Lagoon
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« Hey, toi, espèce de petite tapette en chemisette, tu ne sais pas acheter un DVD et le mettre dans ton lecteur, imbécile ? Si tu ne me connais pas, ça va chier dans ton pantalon de soumis, foi de Revy ! Et oublie pas de ramener le rhum, crevette ! »

Pan ! Opening on ne peut plus représentatif de la série pour débuter cet article.
Si vous n’avez pas aimé, vous n’avez plus rien à faire là.
Jeune salaryman d’une grande entreprise (comprendre « japonais faible, lâche, soumis et à l’avenir brillant de terminer toutes les soirées de sa vie inexistante dans les karaokés », un classique), Okajima Rokuro est envoyé par sa hiérarchie dans les mers d’Asie du Sud-Est afin de procéder à la livraison d’un disque. En chemin, son bateau se fait attaquer par une bande de pirates, qui travaillent sous le label de « Black Lagoon Compagny ». Ceux-ci ayant pour objectif de récupérer le fameux disque de données, ils en profitent pour prendre en otage le faible Rokuro histoire de demander une rançon avant d’aller donner à des russes louches (pléonasme) le disque tant convoité. Les négociations faites, les supérieurs hiérarchiques tyranniques (japonais, donc repléonasme) de notre héros malgré lui préfèrent ne pas entacher le nom de leur compagnie et pour cela, décident de faire passer Okajima pour mort (de là à vous dire POURQUOI, c’est bien le problème de leur logique). L’affaire est donc réglée, le disque compromettant ne sera pas diffusé mais voilà maintenant que le personnage principal est sans emploi (la mort est un motif de licenciement économique) et au milieu de nulle part. S’étant pris d’empathie pour ses geôliers, et réciproquement, ils décident de l’intégrer à leur Compagny légale...
Dans les grandes lignes, ce synopsis reprend les deux premiers épisodes de la série, même si on remarque très vite que ce plantage de décor ne va pas avoir grande incidence sur les évènements à venir, si ce n’est intégrer Rokuro, rebaptisé pour l’occasion Rock, dans un univers qui n’est pas le sien. Ben oui, les salarymen ont rarement l’occasion de faire des séminaires pour apprendre à survivre au milieu d’une fusillade. Mais c’est un moindre détail.
Tout simplement parce que le décalage qui pourrait être mis en emphase dans toute la série est, en définitif, très peu exploité, au profit d’un traitement plus animesque et conventionnel de l’histoire.
Animesque, tout d’abord parce qu’il faut savoir que BLACK LAGOON peut être considéré comme un hommage parodique à tout ce que la production japonaise a pu faire. Attention, je ne parle pas d’énièmes clones tsundere et de lycéens boutonneux qui font l’objet de dithyrambes sur 4chan ou Underfoule (deux imagebords dont il conviendra, pour la dignité humaine, de ne pas donner de lien) ; non, ce n’est pas à ce niveau là. C’est autre chose. Imaginez simplement des fusillades interminables entre nonnes, décérébrées de la gachette, nazis, pirates infréquentables, mafia russe etc. Chaque personnage est présenté avec sa nationalité, ce qui permet de prendre du cliché à foison dans la gueule (irlandais cocaïnomane, chinoise aux phrases courtes et sans culotte, allemands nazis etc) pour notre plaisir. C’est la saison 1. Et maintenant, imaginez cette formule, amplifiée, surjouée, déformée dans tous les sens à tel point qu’on ne sait plus si on doit en rire ou en être mal à l’aise. C’est un peu le premier épisode de la saison 2. Pour peu qu’on ait le second degré inné en soi, ça passe comme du petit lait.
Animesque, aussi parce que l’argument de poids de la série tient peut-être en un seul mot qui saute aux yeux lorsqu’on voit le générique : Revy. Une fille en minishort, avec des t-shirts très (trop ?) courts, une poitrine indécente, deux flingues toujours vissés sur elle et une mentalité de psychopathe, c’est vendeur, il faut bien dire. Et à raison, comme toujours. Les femmes alcooliques sont toujours gages de qualité dans la production japonaise. C’est du fanservice en bouteille, c’est parfois bien lamos (originalité : le personnage déglingo et survolté cache en fait un passé triste, mon Dieu que de folies scénaristiques !), mais ça reste quand même bien plaisant, et pas seulement pour les yeux.
Conventionnel, parce que plus l’anime avance, et plus on se rend compte que l’intrigue se dirige vers des eaux déjà usées et que le côté assez original du départ ne va pas être exploité à fond. L’orientation fromagère arrive tôt et met de côté des personnages au potentiel aussi intéressant que Dutch et Benny pour partir dans le délire animesque évoqué plus haut. C’est d’ailleurs le seul gros reproche que je fais à BLACK LAGOON, le reste étant discutable sur sa nature de qualité ou de défaut.
Si cet article parle d’une série pas de la première fraicheur, c’est avant tout parce que j’ai eu très récemment l’opportunité de regarder la deuxième saison et que ses qualités morbido-excessivo-grandguignolesques en font quelque chose de savoureux. Pour peu qu’on aime le too-much à outrance, c’est ce qu’il vous faut. Ce n’est pas l’anime de la décennie, ni même de l’année 2006, mais qu’est-ce que ça fait plaisir de se reposer la tête sur quelque chose d’aussi exagéré. Sans compter que les deux saisons sont trouvables aujourd’hui à 20 € chacune, ce qui n’est pas une mauvaise affaire, croyez-moi !
Leto


