Nos billets d'humeur
Putain, quatre ans...
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En bon disciple de la procrastination, et aussi parce que j'ai beaucoup de choses à faire ce mois-ci, je fais mon article à la dernière seconde. En effet, à l'heure où j'écris ces quelques lignes, le Pavillon fête ses 4 ans pendant encore 1h37.
Alors non, je ne vais pas faire comme tout le monde, je ne vais pas vous parler de quelque chose qui s'est passé il y a 4 ans, parce que je trouve ça trop restrictif. En gros narcissique, égoïste, mégalo, j'en passe et des meilleures, je vais vous parler de ce que je faisais à cette époque, en 2006.
C'était au moment du bac, je devais être en pleines révisions. Je ne connaissais pas Liloo à cette époque, non. Ma vie n'avait pas grand intérêt. Ma préoccupation du moment se résumait à avoir le meilleur rapport (moyenne au bac) / (temps passé à réviser). À ce titre, j'avais rapidement estimé qu'apprendre tout le programme d'Histoire-Géo en une soirée, était loin d'être une bonne idée, vu le coefficient attribué à cette matière en section Scientifique. Le jour de l'épreuve, je n'ai d'ailleurs passé que 40 minutes à ne traiter que l'Histoire. c'était le strict minimum pour une épreuve au bac, j'avais demandé à la surveillante. J'eus donc tout le temps pour réviser l'épreuve de l'après-midi, la Physique-Chimie. Ce qui m'a valu un 3 en Histoire et un 0 en Géographie, ainsi qu'un 18 en Physique-Chimie.
Quant au Pavillon des fous, ce n'est que bien plus tard, en août, que j'en appris l'existence. Je me souviens parfaitement de cette soirée. Je discutai avec Leto, quand ce dernier décida, suite à un cheminement de sa pensée que je ne parviens toujours pas à retracer, de me présenter Liloo. Après à peine quelques mots échangés avec la folle aux tronçonneuses, je me rendis immédiatement compte à qui j'avais affaire ! une fille capricieuse au point de me demander un service immense, alors que nous nous connaissions depuis seulement 27 secondes : transformer un blog en un site.
J'étais alors bien loin de me douter qu'il s'agissait du Pavillon, et encore moins que j'en ferais un jour parti. Malheureusement, entrant en Maths Sup dans quelques jours, il m'était impossible de céder à son envie. Ce n'est que l'an dernier, et encore, pas grâce à moi, que le blog a pu devenir un site. Comme quoi, la patience de notre chère Liloo s'est finalement vue récompensée.
C'est en voyant les articles de temps à autre, et parce que j'avais enfin fini la prépa, que je décidai en août dernier de présenter ma candidature en tant que correcteur et rédacteur sur le site. J'ai toujours voulu écrire, depuis tout petit, et faire découvrir aux gens ce qui me passionne. Le Pavillon était l'endroit rêvé pour ça, d'autant que je connais à peu près tous les internés.
Alors merci Liloo de nous avoir donné l'occasion à tous de faire parti de cette grande aventure, et longue vie au Pavillon des fous !
Shaolan
Découvertes, passions et camisoles
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Extrêmement protectrice et à première vue peu farouche la « rana azzurum » est spécialement dangereuse, réputée pour son état mental particulièrement instable et sa fâcheuse tendance à agresser les gens à coup de blague pourries.
Grenouille Bleue, 1er Pavillon
Tout ce que je peux dire, c'est qu'un jour, j'ai vu une grande et vive lumière blanche. Une voix mécanique, peu rassurante, m'a enjoint à ne pas paniquer. Docile de nature, j'ai obtempéré. La lumière m'a enveloppé, je me suis assoupi, et me suis réveillé là, au milieu des ces personnes maladroitement camisolées. Je ne comprends pas... Et non, je ne prendrai pas mes "petits cachets du soir", j'en ai assez!
Seleniel, 1er ¨Pavillon
Schizophréne, nous sommes deux sur ce compte, et nous allons dans le mur.
TheLetoWalker, 2éme Pavillon
MMfffh h'h'ffrroo !!B'hudda hudda, fhofffo loh h' h' mmmfh.Huff mmfff mmf huu'u. Gff mhua ?Hudda ^___^ Metal D. Luigi, Pavillon actuel
"Autour des clous", pour faire comprendre que tous les sujets peuvent être librement abordés ? "Autour de bouts", pour signaler le côté pas loin d'être orgasmique de l'aventure ? Autour de Rondoudou, d'un caribou, d'Alain Afflelou, de cailloux, poux, hiboux, genoux ?... Comment décrire en une seule phrase ce lieu de découverte et de partage, un petit peu Pavillon des Fous-loir sans être Pavillon du Fou-toir ?
Blinky, Pavillon actuel
Vous l’aurez remarqué, certains ne sont plus parmi nous. La vie réelle, la perte d’enthousiasme, quelles que soient les raisons de leur départ, ils ont marqués le Pavillon à leur manière de bons souvenirs, d’amitiés et d’articles.
A sa création le Pavillon ne comptait que sur l’enthousiasme et la motivation des gens pour vivre. Aucun rêve de gloire, pas d’ambitions pharaoniques de conquérir le net, juste envie de parler de ce que nous aimions, à notre façon, sans chercher à adopter un type d’écriture uniforme. Nous voulions un espace libre de toute contrainte.
Puis un jour Dop_ est venu avec une idée géniale : et si nous offrions à cet espace de liberté un lieu digne de ce nom ? Quitte à vouloir interner des fous pour qu’ils s’expriment, autant le faire dans un lieu avec électricité, eau et chauffage, n’est-ce pas? Le Pavillon des Fous a donc quitté le monde des blogs pour aller se faire une petite place dans celui des sites.
L’idée restait la même, un peu plus structurée, toujours aussi folle. Nous sommes ici chez nous donc, et nous nous vautrons joyeusement dans notre folie et dans notre envie d’en parler.
Finalement ce qui a changé en quatre ans ce n’est ni notre enthousiasme, ni notre capacité à nous écorcher les doigts sur un clavier, simplement le support.
N’allez pas croire que je dénigre ce changement, au contraire, il est extrêmement agréable. Une idée en l’air jeté un soir sur MSN avec Ssof D Belge, une idée qui paraissait sans lendemain, qui avait l’allure d’un bon délire se transforme en quelque chose de concret, qui nécessite une mise à jour mensuelle, qui suscite encore plus d’enthousiasme chez les membres, qui nous offre tout un tas de possibilités, jusqu’à celle de recevoir des candidatures spontanées, ce qui fut un moment magique.
Quelques tristes personnages pourraient nous faire remarquer que nous ne sommes que très peu lus. Je leur répondrais simplement que lorsque le plaisir est à l’écriture, la lecture des autres n’est que la cerise sur le gâteau.
Finalement c’est un peu fourre tout et pas forcément représentatif.
Merci à tout ceux qui ont participé à cette aventure, auteurs, lecteurs, ainsi qu’à tout ceux qui nous donnent envie de parler d’eux, sans qui nous ne serions pas là.
Je finirai sur cette citation :
Et aussi, dans le Pavillon, bah, tout le monde il s’entend avec tout le monde, les gens sont unis, et on peut même s’insulter qu’on se répondrait pas – ou alors avec les poings. C’est un petit morceau de terre où ses habitants ont une case en moins, mais, oh vous savez, ils ont surtout une amitié en plus.
Dop_
Liloo
Le Sabotage Amoureux
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Aujourd'hui j'ai décidé de vous parler d'un sujet assez personnel, puisque je vais vous décrire précisément ce qui m'arrive depuis, allez, on va dire deux décennies, en matière de comportement face au sexe opposé.
1 Conditions initiales
Prenez une fille, soit jolie, soit avec qui je m'entends vraiment bien, soit pire, les deux ! Au début, rien de bien méchant, je la considère comme une amie. Et puis ensuite, il suffit de peu pour que je bascule de l'autre côté. Et là, c'est le drame. N'importe qui ou presque tenterait sa chance dès les premiers symptômes, usant, selon la personne, d'un rite amoureux plus ou moins poétique, plus ou moins subtile. Moi non.
2 Troubles
Tout réside dans ce terme : idéalisation. J'ai tendance à considérer la personne désirée comme inaccessible. Ce qui entraine alors plusieurs conséquences. Tout d'abord, je souffre. En effet, si elle est vraiment inaccessible, rien ne pourra se passer entre nous deux, et ça me fait l'aimer davantage, donc souffrir davantage. Ensuite, je me comporte différemment. Je fais tout pour qu'elle me trouve intéressant, je passe le plus clair de mon temps avec, et si elle s'intéresse à quelqu'un d'autre, je le prend mal. Je ne le montre pas, déjà parce que je serais pris en flagrant délit, ensuite parce que je n'ai aucun droit sur elle et que j'ai parfaitement conscience que c'est de la jalousie mal placée. Et j'attends donc, que ça tombe du ciel, comme si par miracle elle allait me prendre dans un coin de porte et me sauter dessus sauvagement... Évidemment, plus j'attends, plus je me dis que je n'ai pas de chance de sortir avec, puisque l'amitié s'installe de plus en plus. Alors j'ose de moins en moins (si c'est encore possible) aller lui parler. Je souffre davantage.
3 Complications
Vous allez me dire, c'est déjà pas mal compliqué. Mais il y a pire. Parfois, je sais dès le début que ce serait possible avec la demoiselle et pourtant je ne fais rien, de peur de me tromper. De plus, si vous avez bien suivi le début, vous avez dû anticiper la réciproque de mon assertion : plus la fille est accessible, moins j'ai envie d'elle. C'est comme ça que l'on se paye le luxe de refuser de sortir avec une fille très populaire qui n'a d'yeux que pour vous...
Et parfois, l'irréparable se produit : nous sommes ivres morts à une soirée et nous nous embrassons. Là, vous vous dites, c'est gagné. Eh bien non, toujours pas. Le lendemain, au lieu d'aller lui parler, comme le ferait toute personne normalement constituée, je me comporte comme s'il ne s'était rien passé. Imaginez qu'elle soit d'accord pour recommencer, ce serait dramatique...
Voilà, maintenant vous êtes au courant que je suis complètement cinglé, et si vous êtes une fille et que je vous plais, vous savez que vous devez me sauter dessus pour espérer quelque chose de moi.
PS : Les amateurs de la célèbre auteur belge/japonaise auront sans doute saisi le clin d'œil du titre, pour les autres, je les renvoie à la description de ce roman autobiographique.
Shaolan
Dude, do you feel elitist this morning ?
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Vous ne le savez peut-être pas, mais avec les membres du Pavillon on discute assez souvent. Je ne sais pas quelle impression on donne du dehors, si on a l’air d’être enfermé chacun dans sa chambre matelassée avec des camisoles et qu’on ne se parle que lorsque les bourrea... infirmières nous laissent sortir, soit toutes les semaines pendant une heure, ou alors si on a l’air socialement sain et capable de se parler. Toujours est-il qu’en réalité il nous arrive de discuter entre nous, sur les articles, sur la gestion du Pavillon, sur les sondages etc.
Là où je veux en venir, c’est qu’en soumettant mon article du mois, MARS ATTACKS!, il y a eu pas mal de réactions et on a fini par dériver assez loin, jouant à la limite du débat et du trolling. Quand je dis on, c’est Shaolan et moi. Je ne reviens pas sur le débat en lui-même, qui a été clos depuis un petit moment, mais le gredin susnommé me reprochait d’avoir des goûts trop élitistes et de ne pas savoir apprécier les choses simples (les derniers Burton, pour être concret). Il s’est rendu compte un peu tard que c’était le fruit de son imagination et que non, il n’y a pas que Kubrick que j’aime comme réalisateur, et que et que et que. Je vous spoile la fin, on s’est fait la bise, on s’est excusé, pas de mal et on est parti troller sur Haneke parce que c’est toujours drôle.
N’empêche qu’avec ces évènements, j’en suis venu à cogiter sérieusement sur quelque chose qui me turlupine depuis longtemps : Suis-je élitiste ? Si oui, est-ce une bonne chose ? Si non, est-ce une mauvaise chose ?
La question étant hautement philosophique, il est évident que toutes les réponses possibles et imaginables sont correctes, et donc on pourrait clore le débat ici, tout le monde s’en cognerait profondément. Sauf que le bien-fondé de cet article (s’il existe) s’effriterait méchamment la gueule, et donc je ne vais pas m’arrêter là.
D’abord, est-ce que je suis élitiste.
Je ne crois pas qu’on puisse se définir soi-même de la sorte, mais si « être » et « se sentir » sont deux termes qui s’équivalent dans cette question, alors déjà j’ai une réponse plus claire : je ne me sens pas élitiste. Depuis toujours. Et lorsque je le prétends, c’est toujours avec une dose de second degré très puissante.
J’veux dire, se prétendre élitiste parce qu’on aime Noir Désir, Stanley Kubrick, Pink Floyd, Dexter, Osamu Tezuka, Frank Herbert ect., c’est comme dire qu’on est scientifique parce qu’on a lu Science et Vie Junior. Qu’on se comprenne, SVJ est un bon magazine de vulgarisation de la science pour les adolescents qui n’aiment pas la voir au travers des faciès de schistes verts. Mais tout ce qui est dit dans cet hebdomadaire, tout comme ce que j’aime, n’est pas niche. Que SneV soit un élitiste, à la vue des articles sur des groupes inconnus qu’il nous pond (et il a bien raison), cent fois oui ; mais moi ? On peut ne pas connaître tout ce que j’aime, mais il y a quasiment toujours une case qui s’allume dans votre cerveau et qui vous dit "Tiens, ça me dit vaguement quelque chose". Je ne dis pas non plus que ce que mes goûts sont mainstreams au point de faire parti de la culture populaire ; rares sont mes rencontres avec des gens qui ont un chouïa de goûts comme moi (et même, rares sont mes rencontres, mais là n’est pas la question !), mais il y a un juste milieu dans lequel j’ai l’impression de me trouver.
Maintenant, deuxième question, faut-il se sentir fier d’être élitiste ou non, et faut-il conspuer « l’autre camp » ?
La tournure est bizarre, mais c’est parce que j’ai souvent l’impression que chacun se sent oppressé* par l’autre camp (rigolez pas, moi le premier – mais c’est peut-être dû à ma paranoïa) et qu’on en revient toujours au traditionnel « chacun fait ce qu’il veut, les goûts et les couleurs ça se discute pas, mais la tolérance d’admettre qu’on puisse avoir des goûts différents des tiens sans être une loque ». Certes. Mais cet argument n’autorise pas les débats sur les qualités d’une œuvre.
Donc laissons les honnêtes gens** dire que le Burton des années 2000 il a fait des films nazes*** sans les taxer d’élitiste. Et laissons les honnêtes gens dire que Michael Bay c’est pas si pourrave**** sans ricaner bêtement (ma résolution de l’année 2010).
Bien. Ce qui m’irrite, c’est que j’arrive à la fin de cet article, et que mes talents philosophiques étant ce qu’ils sont, je remarque que je n’ai rien démontré, j’ai agité du sable dans tous les sens, vous avez mal aux yeux et rien n’a changé. Ça a juste eu l’effet d’un psy, sans les commentaires, le fauteuil, l’analyse et les 40 € par séance. Pas grave, je me rattraperai le mois prochain en faisant un article de trois lignes.
* Attention tout de même, le terme n’est pas à prendre au sens fort : je sais que des fumeurs de roulées ne viennent pas tous les matins vous tabasser au pied du lit parce que vous avez aimé – grand bien vous fasse – le dernier Emmerich.
** Ben oui, je suis assez ouvert pour accepter de revoir mes opinions - même si je sais être parfois drôlement buté et non-constructif.
*** Je ne dis pas qu’on ne peut pas les apprécier, mais objectivement parlant, j’y trouve plus de défaut ou de paresse que d’inventivité et de qualité.
**** Que de notes de fin d'article, n'est-ce pas ? On m’a démontré brillamment que la démarche du réalisateur n’était pas si merdique ; mais la démonstration avouait elle-même que ses films étaient irregardables.
Leto
INCULTE TOI-MÊME !
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Aujourd'hui nous allons parler d'un phénomène assez répandu chez l'espèce humaine, une situation que vous avez tous déjà vécue, que vous en ayez été victime, bourreau, ou les deux.
1. Description du phénomène
1.1. Théorème
Quelles que soient deux personnes A et B contenues au sens de l'inclusion dans l'ensemble des Français F, sous-ensemble de l'espèce humaine H, telles que A au moins ait un cercle de connaissances limité.
S'il existe une connaissance C telle que C appartient à A mais pas à B, alors A considèrera B inculte.
1.2. Exemple
A : T'as vu le dernier Harry Potter ?
B : C'est quoi ça, aripoteur ?!
A : Tu connais pas Harry Potter ?! INCULTE !
2. Analyse
Décryptons ensemble les tenants et aboutissants de cette conversation.
2.1. Pourquoi B peut-il se sentir vexé ?
Quelque part, on est tous inculte. Alors pourquoi est-ce si vexant ? Tout simplement parce que ça nous renvoie directement à une faiblesse, celle de ne pas tout connaître. C'est jamais agréable de se retrouver nez-à-nez avec une vérité aussi dure. Dans une société où le savoir est primordial, on pourrait aller jusqu'à dire que A signifie clairement à B qu'il le domine parce qu'il connaît au moins quelque chose que B ne connaît pas.
Mais ce qui se cache derrière ce mot, c'est la force de toute une communauté dans la connivence. En effet, si A était le seul à connaitre ce fait, B pourrait s'en sortir en affirmant que son ignorance n'est pas si grave, puisque peu utile en société. Mais "inculte" renvoie directement à la notion de connaissance partagée par un grand nombre. Et plus cette connaissance est répandue parmi la population, moins B a "d'excuses" pour ne pas être au courant.
Le plus important dans notre société, c'est d'être "normal", c'est-à-dire "comme le plus grand nombre" et en traitant B d'inculte, A l'exclut de la normalité. Il le considère comme anormal, bizarre, en marge de la société, bref, pas comme lui ! Isolé de tous les autres qui ont la chance de connaitre ce merveilleux film, puisque célèbre (oui, je sais, l'argument ne tient pas, mais c'est comme ça que l'on raisonne d'ordinaire), il ne peut ressentir que de la frustration.
2.2. Pourquoi A est-il si violent ?
Deux pistes de réflexions s'offrent naturellement à nous.
2.2.1. Un cercle de connaissances limité
Notre personnage A est une personne qui, comme la plupart de ses congénères, a un cercle de connaissances limité. Entendez par là qu'il ne connaît pas grand chose, quel que soit le sujet abordé. Essayant d'entamer une discussion avec B, il ne peut que se référer à un domaine qu'il connaît un tant soit peu, ici le dernier film qu'il a vu. Et soudain, c'est le drame. En effet, B, qui éventuellement a lui aussi un cercle de connaissances limité, a eu la malchance de ne pas posséder ce film dans sa petite base de données intellectuelle. Je dis "éventuellement", car on peut disposer d'une grande quantité de connaissances dans divers domaines, sans pour autant être au courant de tout, notamment du dernier film sorti dans les salles obscures.
À ce moment là, A ne peut s'empêcher de spécifier à son interlocuteur que ne pas connaître ce film lui paraît être un fait extraordinaire, quelque chose que jamais, dans son petit cerveau étriqué qui contient si peu de connaissances, il n'aurait pu concevoir. D'ailleurs le manque de connaissances et le manque d'ouverture d'esprit vont souvent de pair. En effet, difficile d'imaginer que quelque chose d'aussi répandu puisse ne pas être connu de tous. Et c'est à ce moment que, rejetant la faute sur son interlocuteur, puisqu'incapable de se remettre en question lui-même, A assène à B un violent, mais non moins prévisible "INCULTE !".
S'il avait eu un peu plus de connaissances, A se serait rendu compte au fur et à mesure de ce qu'il apprenait qu'il ne connaissait pas grand chose. C'est le fameux paradoxe de Socrate : "La seule chose que je sais, c'est que je ne sais rien." Cela lui aurait permis de faire preuve de tolérance et il se serait rendu compte que B connaît sans doute des choses qu'il ignore. Ainsi, il aurait évité de vexer inutilement son interlocuteur et lui aurait fait montre d'intelligence en saisissant l'opportunité de partager sa connaissance avec B.
2.2.2. Une revanche bien méritée
D'après le théorème ci-dessus, vu que la plupart des gens a un cercle de connaissances limités, presque tout le monde s'est déjà pris un "INCULTE !" dans la tronche. C'est vexant, comme nous l'avons vu plus haut. Et A, qui n'a pas réfléchi plus loin, comme à l'accoutumée, s'est dit que puisqu'on l'avait jadis vexé en lui montrant ses lacunes, il allait en faire de même avec ce pauvre B. Quelle jouissance de pouvoir infliger à quelqu'un ce que l'on a subi dans le passé ! B n'y est pour rien ? pas grave, A n'y était pour rien non plus à l'époque. Et tel une sorte de bizutage sans fin, B, s'il ne l'est pas déjà, deviendra peut-être lui aussi un utilisateur du "INCULTE !". Sous cette forme ou sous une autre, déguisée sous de l'ironie, du cynisme ou encore des sarcasmes.
3. Remèdes
Mais comment faire quand on est à la place de B pour expliquer à A qu'il se fourvoie honteusement dans la bêtise la plus incommensurable qui soit ? Eh bien tout dépend de A, mais il y a une règle fondamentale à observer :
Ne jamais s'énerver, ça ne fait qu'empirer la situation ! Soit l'autre s'énerve aussi et le débat devient stérile, soit l'autre voit en vous quelqu'un de vexé et, soit il jubile, soit il a pitié de vous. Dans tous les cas vous avez perdu la partie à ses yeux, alors qu'en fait, c'est lui le véritable perdant dans l'histoire.
Voici quelques stratégies possibles à adopter :
3.1. S'en foutre
Si A est un sombre crétin, l'indifférence est votre seule issue. De toute façon vous êtes plus intelligent que lui, et maintenant qu'il a partagé cette connaissance avec vous, il ne vous sert plus à rien. Encore quand vous ignoriez ce qu'il savait pouvait-il s'en vanter, mais maintenant que l'imbécile vous a offert son maigre savoir, vous êtes d'égal à égal. Feignez le mécontentement ou l'embarras pour faire plaisir au rustre, et laissez courir. S'il récidive trop souvent, faites-lui un german souplex, les crétins ne comprennent que la violence.
3.2. Faire appel à sa raison
A n'est (habituellement) pas un sombre crétin, mais sur ce coup là, il s'est laissé emporté. Bon, ça arrive. Faites-lui remarquer. Si le bougre ne veut pas reculer, de deux choses l'une, soit il ne représente pas grand chose à vos yeux, et laissez tomber, soit c'est un bon ami, et essayez au moins de lui expliquer que c'est dommage d'en arriver à de tels termes et que vous aussi vous savez probablement des choses très connues et qu'il ignore. Avoir un exemple dans ce cas là est vivement recommandé pour appuyer vos propos.
Voilà, si vous n'êtes pas trop stupide, vous repenserez à cet article quand vous serez sur le point de balancer un "Inculte !" à quelqu'un, et vous y réfléchirez à deux fois en vous disant qu'éventuellement vous n'êtes pas mieux que lui, car vous non plus, vous ne connaissez pas la capitale du Laos (qui a dit "Vientiane !" ? ça va hein, je le savais d'abord), ou le nom du dernier roi de la dynastie des Mérovingiens. Et si vous êtes un jour dans la situation de B, pensez à parler de cet article à votre A du moment ! Ben quoi, j'ai bien droit de faire un peu de pub...
Shaolan


