Le Pavillon de la culture


Mais qui était Kaspar Hauser

28/02/2010 16:38
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L'enfant apparait le 26 mai 1828, comme par miracle, sur une place de Nuremberg, grognant, vociférant, très mal à l'aise. Il est très pauvrement vêtu et tient à la main une lettre, son unique pièce d'identité. La missive est adressée à l'un des capitaines commandant au 6e Chevau-légers.
Quelques passants l'interpellent. Les yeux hagards, il demande à être conduit auprès de cet officier. La lettre contient deux messages. Le premier trace en quelques mots le passé du jeune inconnu, en substance "Il m'a été confié le 7 octobre 1812, j'ai moi-même 10 enfants et beaucoup de mal à me tirer d'affaire. On me l'a confié pour assurer son éducation ..." . Le second message, censé émaner de la mère, encourage le destinataire à veiller à l'éducation de cet enfant et à en faire, comme son père, un militaire, en lui faisant intégrer les corps des Chevau-légers.

Les autres informations mentionnées dans les lettres permettent de retracer le passé de l'enfant. Non déclaré aux autorités à sa naissance, il a passé, à l'évidence, une enfance dramatique, littéralement emprisonné dans la maison de son tuteur, sans aucun contact avec le monde extérieur, sans même jamais mettre le nez dehors...
Au vu des documents fournis, l'officier de cavalerie ne peut que suspecter une tromperie. Les messages semblent, en effet, rédigés d'une seule et même main et non, comme annoncé, de celle du tuteur et de la mère. L'enfant, s'exprimant avec d'extrêmes difficultés, est jeté en prison. Son sort commence à émouvoir une partie des habitants de Nuremberg, notamment le maire de la ville qui décide de s'occuper de ce pauvre inconnu. La presse se fait également l'écho du triste sort de Kaspar, devenu à la première page des journaux "l'orphelin de l'Europe".

Ayant quitté sa geôle, Kaspar est accueilli par une première famille qui tente de lui faire rattraper le temps perdu. Il est la cible d'une tentative de meurtre en 1828. Qui a voulu intenter à la vie de ce misérable et pourquoi ? Cette mystérieuse agression va nourrir une thèse qui va rapidement faire fureur : le jeune homme serait en fait de noble naissance et une vulgaire question d'héritage l'aurait précipité dans la plus sordide des disgrâces. Qui plus est, le comportement de Kaspar, son allure noble, semblent conforter cette thèse. L'une des pistes suivies remonterait à la maison de Bade et à son Grand-duché. En décembre 1833, le cruel dossier concernant l'inconnu de Nuremberg se referme tragiquement : il est poignardé par un inconnu dans un parc de la ville et succombe rapidement à ses blessures.
Il y a quelques années, le magazine allemand Der Spiegel finança une opération visant à comparer l'ADN retrouvé sur l'un des vêtements du jeune homme et celui des descendants de la Maison de Bade. L'étude ne donna rien de probant. Le mystère Kaspar Hauser reste donc entier.


Voici un poème de Paul Verlaine, Gaspard Hauser chante :

Je suis venu, calme orphelin
Riche de mes seuls yeux tranquilles,
Vers les hommes des grandes villes :
Ils ne m'ont pas trouvé malin.

À vingt ans un trouble nouveau,
Sous le nom d'amoureuses flammes,
M'a fait trouver belles les femmes :
Elles ne m'ont pas trouvé beau.

Bien que sans patrie et sans roi
Et très brave ne l'étant guère,
J'ai voulu mourir à la guerre :
La mort n'a pas voulu de moi.

Suis-je né trop tôt ou trop tard ?
Qu'est-ce que je fais en ce monde ?
Ô vous tous, ma peine est profonde :
Priez pour le pauvre Gaspard.



Ce poème est extrait d'un recueil de Paul Verlaine, Sagesse, publié en décembre 1881 et écrit pendant son séjour en prison de 1873 à 1875 (pour avoir blessé son ami Rimbaud de deux coups de pistolet), durant lequel le poète fait un retour douloureux sur son passé.
Verlaine donne ici la parole à Gaspard Hauser, ce personnage étrange qui avait intrigué l'Europe un demi-siècle auparavant, et dont le désarroi lui rapelle le sien.
Verlaine rend ici un hommage à Gaspard Hauser, en témoignant sur les différentes périodes de sa vie, une vie morne et empreinte de solitude à laquelle le poète cherche finalement un écho à sa propre vie.




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L'emplacement de l'attentat : une inscription indique aujourd'hui encore « hic occultus occulto occisus est » (ici, un inconnu fut assassiné par un inconnu).


el-d-brokeur

Comment fut inventé le Scrabble ® ?

31/01/2010 20:30
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Tout le monde a déjà joué à ce jeu ... Certains des fous qui peuplent ce pavillon ont même joué à une variante. Mais savez-vous comment il est né ?

Nous sommes là dans le domaine des exceptionnels succès commerciaux qui ont marqué le siècle dernier. Avec, à l'origine, tous les ingrédients qui forgent une légende : une idée simple, un inventeur ruiné, discret, travailleur et tenace, des fabricants et des distributeurs arrogants, des rebondissements salvateurs au moment où tout semble définitivement perdu, une petite dose de chance et, enfin, un triomphe planétaire.

La terrible dépression économique de 1929 commence par le retentissant Krach de la Bourse de New York, le 24 octobre. La crise va durer trois ans. Elle touche toutes les catégories sociales. Les faillites s'enchainent, les consommateurs endettés ne peuvent plus rembourser leurs dettes, les revenus diminuent, l'activité s'effondre et 25 % de la population active se retrouve au chômage.

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Alfred Mosher Butts(1900 - 1993) fait parti de ces millions d'Américains privés d'emploi.
Architecte à New York, Alfred a depuis toujours une véritable passion pour les mots. Aussi profite-t-il de cette inactivité forcée pour explorer plus avant son penchant favori. Tant et si bien qu'il développe un premier jeu de lettres vers la fin de l'année 1931. Il l'appelle le Lexico. Les joueurs doivent alors concevoir des mots avec des lettres tirées au sort. Mais il n'y a pas encore de plateau. En revanche, la valeur du mot écrit dépend déjà des lettres utilisées. Autrement dit, Alfred Butts avait attribué des points différents aux lettres en fonction de leur fréquence d'utilisation dans la langue anglaise.

Le génial architecte venait donc de mettre au point l'une des originalités du jeu en décortiquant un exemplaire du New York Times. Il se livra à une statistique sur la répétition des lettres contenues dans le journal, et il en déduisit une fréquence d'utilisation entre les lettres courantes, rares ou exceptionnelles. Et il leur attribua donc des valeurs différentes. De surcroit, cette analyse lui permit également de déterminer la bonne répartition du nombre de lettres identiques parmi les cent jetons à tirer au sort.

En 1933, deux fabricants de jeux refusent le Lexico. Mais Butts ne désarme pas. Pendant les cinq années qui suivent, il fabrique de façon artisanale deux petites centaines de boites de jeu qu'il donne ou tente de vendre. L'histoire aurait probablement pu en rester là. Mais notre homme s'intéresse aux mots avec une réelle ferveur. Et il ne peut bien évidemment pas passer à côté de cette mode qui fleurit dans tous les journaux : les mots croisés. En les voyant, Butts a l'intuition de composer un tableau qui ressemble à une grille de mots croisés. Puis il modifie son jeu afin que les termes s'entrecroisent. En 1938, le Lexico cède donc sa place au Criss-Cross, puis au Criss-Crosswords. Ce jeu possède déjà les caractéristiques du futur Scrabble : plateau de quinze cases par quinze et chevalets de sept lettres. Même la répartition et la valeur des lettres sont identiques à celles que nous connaissons aujourd'hui (version anglaise ^^).

Malheureusement pour Butts, les fabricants rejettent son Criss-Crosswords. Déçu, Alfred hésite à se lancer personnellement dans l'aventure d'une véritable production. Convaincu qu'il n'a pas la carrure d'un entrepreneur, il renonce d'autant plus volontiers qu'il vient de retrouver un emploi d'architecte. Là encore, l'histoire aurait très bien pu s'arrêter là ...

Survient alors James Brunot. Convaincu de l'énorme potentiel du Criss-Crosswords, il négocie auprès de Butts l'autorisation de fabriquer le jeu, moyennant le versement de royalties à son inventeur. James Brunot opère quelques modifications (notamment la place des cases bonus) et cherche un nom plus attractif.
Après maintes interrogations et tergiversations, son choix se porte sur le verbe scrabble qui signifie entre autre "Tâtonner dans le but de trouver quelque chose". Ne reste plus pour James qu'à déposer la marque Scrabble ® le 16 décembre 1948. L'aventure continue donc avec la famille Brunot qui assemble les premières boites à la main, dans le salon de leur maison du Connecticut. En 1949, ils vendent environ deux mille jeux. Mais l'affaire reste largement déficitaire. Toutefois, pendant les trois années qui suivent, le bouche à oreille leur permet tant bien que mal de maintenir l'activité à flot. Mais rien ne laisse encore présager le succès qui couve.

Un nouveau protagoniste entre en scène à l'automne 1952. Directeur du Macy's, un très grand magasin new-yorkais de l'époque, notre homme a découvert le Scrabble pendant ses vacances. Séduit par la subtilité du jeu, ce passionné entre dans une violente colère lorsqu'il découvre que son magasin ne dispose pas de la moindre boite de Scrabble en rayon. Non seulement ses cadres s'empressent de réparer l'erreur, mais le Macy's s'engage aussitôt dans une puissante campagne de promotion en faveur du Scrabble. Cette fois, la véritable carrière commerciale du jeu commence.
L'année suivante, bien que produisant 6000 boites par semaine, James Brunot ne peut plus répondre à la demande. Aussi doit-il céder sa licence à l'un des principaux fabricants de jeux du moment, Selchow & Righter. Entreprise qui ramasse finalement la mise alors qu'elle avait précédemment rejeté le Criss-Crosswords d'Alfred Butts.


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Le Scrabble débarque en Australie et en Grande-Bretagne dès 1953. S'ensuivent les premières adaptations en d'autres langues, dont le français en 1955.
Mais le Scrabble ne s'implante réellement dans notre pays que dix ans plus tard, notamment grâce au soutien du Club Méditerranée. A ce jour, un centaine de millions de boites de Scrabble a été vendue à travers le monde.


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el-d-brokeur

[Quai Branly] Teotihuacan

31/01/2010 20:20
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Généralement, j’évite soigneusement d’aller dans les expositions, surtout lorsqu’elles sont temporaires. Je ne rechigne pourtant pas à aller visiter des musées entiers, même si ce genre de sorties a un caractère exceptionnel (qui a dit « comme toutes tes sorties » ?).
En fait, ce qui me rend réticent à acheter un billet pour une expo temporaire, c’est que souvent il doit y avoir une ou deux choses que je tiens spécialement à voir et le reste qui ne m’émoustille pas plus que cela. La gratuité des musées existe (preuve à l’appui), mais la culture se paie dès lors qu’elle a un caractère exceptionnel (et donc parfois temporaire).
Il m’arrive d’aller dans des expos, il ne faut pas exagérer. Je profite parfois du fait d’habiter Paris autrement que pour une connexion haut-débit. La dernière que j’avais dû faire, si mes souvenirs sont bons, était la BD s’invitant au Louvre, en compagnie de SneV, de passage sur Paname. Mais c’était surtout parce qu’il y avait trois planches d’Akari et que ça valait le déplacement. Depuis, j’ai été culturellement au point mort jusqu’à ce que je me dégourdisse les jambes pendant ces vacances de Noël en allant au Quai Branly voir Teotihuacan.

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J’entends d’ici les cris d’indignation et les protestations sur le fait que je sois sorti de chez moi autrement que pour aller en cours. Mais cela tient surtout de la curiosité (j’aurais pu dire passion, mais ce serait exagéré vu le temps que j’y consacre) que j’entretiens à l’égard des arts primitifs (le Quai Branly est une sorte de Temple pour moi), surtout concernant les masques. Masques primitifs, je veux dire, tout ce qui est vénitien (pour le style le plus connu) ne m’intéresse pas. Enfin bref, les masques ont un caractère religieux assez fascinant et en même temps grotesque, limite proche de la bande-dessinée. Quand je serai riche, j’aurai une collection de masques rien qu’à moi (et un Totoro géant, mais là n’est pas la question).
Donc, en voyant l’affiche de l’exposition et le musée dans lequel elle avait lieu, je ne pouvais qu’y faire un saut moyennant une somme indécente pour passer une heure et demie dans cinq pièces.

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Pour donner un ordre d’idée de la gueule de la cité.

Teotihuacan est une exposition sur la grande cité mexicaine du même nom et qui s’étend de 300 AV J.C à 450 AP J.C. Elle situe cette culture sur la grande fresque des civilisations mésoaméricaines et montre l’héritage qu’elle a pu avoir sur les Empires qui ont suivi. Elle retrace ainsi à travers des pièces d’époque l’architecture, la politique, l’économie, le sociétal, la religion (la partie la plus passionnante) et l’artisanat. L’expo a de particulier de s’intéresser à une culture dont les 95 % des vestiges n’ont pas encore été fouillés, et constitue donc un incroyable patrimoine potentiel que les archéologues rêvent de découvrir. De ce fait, la place est plus à la spéculation sur les objets (450) trouvés, qu’à de réelles affirmations. Allergique au conditionnel, passez votre chemin.
Même si le prix de l’entrée peut paraitre prohibitif au premier abord, il faut avouer que l’expo a bien été dosée : pas trop vide pour qu’on apprenne des choses, pas trop précise pour être accessible aux néophytes (il y a même une fresque qui permet de la situer par rapport aux mayas/incas/aztèques/autres civilisations non-connues et pourtant bien plus imposantes). Comme je m’y attendais, j’y ai trouvé pour ma part la proportion de choses qui m’intéressaient et de choses qui ne m’intéressaient pas : certains objets sont tellement anodins qu’il faut vraiment être connaisseur pour s’extasier devant ; d’autres sont éblouissants au premier regard (dont le masque qui symbolise l’exposition). Masques, peintures murales, sculptures gargantuesques prises des vestiges de la cité (Quetzalcóatl, le Serpent A Plume !)... Une magnifique collection qui vaut le coup d’œil.

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La « Poule Folle » ! Très drôle, très kitsch et très intéressante à découvrir.

C'est triste à dire, mais si je vous ai donné envie d'aller voir l'exposition, elle n'est malheureusement plus d'actualité, car finie depuis le 24 janvier ! Désolé, mea culpa, toussa. En attendant, je suis sûr que vous pouvez trouver d'autres expositions sur la culture amérindienne d'aussi bonne qualité, donc n'hésitez pas !


Leto

Mutilation et plus si affinités

15/05/2009 19:23
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Aujourd'hui, je m'en vais traiter d'un sujet qui me tient à cœur, comme j'ai pu vous le prouver à de nombreuses reprises. Je vais en effet aborder un thème vieux comme le Monde, un thème qui a intéressé toutes les cultures, tous les peuples, de tous temps... Je vais vous causer de la Mutilation... (Grande musique terrifiante, dans le style Psychose ou Carrie)

La mutilation donc et les mutilés qui vont avec... Il y a bien entendu différents types d'infirmités avec différentes causes et différentes explications. Je vous illustrerai plusieurs cas, en restant dans des exemples restés célèbres et immémoriaux et on va sauter dans le bain avec les sacrifiés...

La mutilation-sacrifice est quasi systématiquement une auto-mutilation expiatoire; on retrouve par moment des sacrifices destinés à autrui ou plus rarement à soi. La cosmogonie nordique n'étant pas avare de cas du genre, on ne va pas se priver. Chez les nordiques, le Père de Tout et Chef des Dieux, Odin (Woden, Wotan, Jolnir, Istwô, etc...) a accepté, pour prouver sa valeur et acquérir le pouvoir, de sacrifier un de ses yeux dans la fontaine dite de Mimir. Après cette épreuve, son unique œil borgne était capable de discerner le monde invisible, il avait des pouvoirs hypnotiques et sa connaissance du monde chthonien était complète.
Le plus grand exemple reste probablement Tyr, Dieu du combat (Dieu du Duel plus vraisemblablement). Lors de la saga qui oppose les Aesirs au monstre Fenrir, les Dieux demandèrent aux nains une chaîne si puissante, que même Fenrir ne pourra s'en détacher. Est alors crée Gleipnir, un ruban indestructible, fabriqué à partir de six instruments surnaturels. Sentant la supercherie et la fourberie, Fenrir accepte le défi et consent à se laisser emprisonner, sûr de sa force; toutefois, il veut en gage la main d'un des Dieux. Aucun n'a assez de courage pour se laisser dévorer la mimine et finalement, seul Tyr, Dieu du combat, place son bras droit dans la gueule du loup géant, bras, qu'il ne tarde pas à perdre, car Fenrir ne parvenant pas a se détacher, récupère son gage. Tyr a perdu son membre, pour un Dieu tel que lui, c'est une infamie terrible, mais pourtant, il a sauvé Asgard tout entier. Son influence, qui s'exerce naturellement par ses mains est semble-t-il décuplée par le caractère unique de son bras gauche. Le Dieu représentant le combat singulier n'est-il pas encore mieux représenté par un unique bras ? Ce membre seul symbolise par là même la main de justice, le jugement divin, qui est incarné dans le duel, l'ordalie d'honneur. Tyr a perdu son bras et a gagné le respect éternel, ainsi qu'un mélange de crainte et de mépris pour un Dieu si puissant et pourtant si diminué...

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"Our Friend Tyr is showin' us how it is done... !"

Si la mutilation peut parfois servir à accroître la Badassitude de quelqu'un (tout le monde a déjà vu l'exemple classique du "guerrier aveugle") ou d'une manière plus générale à le sublimer, faut pas oublier que perdre un bout de soi, c'est tout de même pas super valorisant. Dans la réalité, on pourrait trouver un max d'exemples (comme de contre-exemples d'ailleurs), mais on va repartir sur la base mythologique, plus fun... Un exemple type est le légendaire Nuada "Airgetlám", Roi du peuple des Tuatha Dé Danann. Lors de la bataille de Mag Tuired, il perd son bras et par cet état, perd la royauté. Manchot, le roi perd son caractère guerrier ; il perd de même son rapport aux dieux, car son imperceptibilité le déchoit de son lien avec le divin. Nuada retrouve finalement sa puissance lorsqu'on lui fabrique une prothèse en argent, le roi, de nouveau symétrique, droit, équilibré, peut reprendre sa place légitime.
Lors de l'affrontement mythique entre Seth et Horus, ils perdent respectivement un bras et un œil. Le Dieu des hommes perd une partie de lui qui échoit donc à l'être humain. Horus perd de sa divinité, l'homme perd de son humanité, mais l'un dans l'autre, n'est-ce pas la même chose ? La violence de l'affrontement montre l'échec d'Horus, Dieu censé être le digne fils d'Osiris : un être parfait. En cédant à la force physique, en se complaisant dedans pour vaincre son adversaire, il y laisse de lui-même.
Séquence "Learn Your History !", En 1559, Henri II, Roi de France, joute avec le chef de la garde écossaise, Gabriel de Montgommery. Lors de la charge, la lance de Montgommery glisse et éborgne accidentellement le monarque. Henri II s'est cru avec cette mimique moyenâgeuse dans un autre temps, un temps de lutte chevaleresque, quand celle-ci était devenue obsolète depuis plus d'un siècle. Henri II refuse d'oublier, de voir que le temps change, le prix à payer est lourd, Henri II ne survivra pas à sa blessure, mais le Roi de France ne meurt jamais...

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"Henri II, Roi de France. Mords-y l'œil Jonson... !"

La mutilation, c'est également un tournant, un changement, physique en premier lieu, mais naturellement mental en même temps. Sans que ce soit un procédé très classique, la mutilation dans un récit sert à dramatiser et proposer un changement pour la victime. Dans la réalité, est-ce utile de dire qu'un mutilé voit sa vie totalement transformée ? (N'importe quelle personne ayant eu une jambe ou un bras en vrac pendant un bout de temps confirmera que ça change pas mal de trucs²).
Dans les 7 vies de l'épervier, Gabriel de Troy est un personnage iconique de cet état. Dans le premier tome, il perd, de manière, certes symbolique, son visage. Il perd par là même une partie de son humanité, il devient tel le masque écarlate qu'il porte, avide de violence, alors qu'il savait se contrôler dans le passé. Ce nouveau Gabriel, l'épervier, est juste un soudard jouant au super-héros et il va falloir lui donner une sacrée leçon pour qu'il change. En perdant son bras gauche de façon assez humiliante, le bretteur se détache en partie du Diable qui le hante. Les crimes qu'il a commis sont exorcisés par la perte du premier responsable et Gabriel se retrouve incapable de jouer au fou dangereux qu'il était. Sa guérison se fait dans la douleur la plus extrême, physique d'abord, mais aussi parce qu'il ne peut plus être l'épervier, ce qui scelle la fin de ses relations avec son frère et sa fille. Gabriel se retrouve hors du monde, il lui faut en gagner un autre. Gabriel appartient pourtant encore au Diable, il lui faut une deuxième ordalie. La perte de son œil, la destruction du masque rouge sang et la prison détruisent définitivement l'épervier, lors de sa sortie, il est libre d'être qui il veut. Que veut donc être Gabriel de Troy ? Ce qu'il devient, c'est bien la mort incarnée. Du rouge de la violence sanglante, il troque ses guêtres pour le noir funèbre. L'épervier devient le Condor. Impavide, impitoyable, Condor ne joue plus, il foudroie quiconque se dresse sur son chemin. Il s'est délesté de ses sentiments, son passé, mais le Diable est joueur et Gabriel ne s'est pas totalement débarrassé de lui. Gabriel de Troy va par la mutilation, se délivrer de son calvaire, il va redevenir avec dix ans de plus ce qu'il était autrefois. C'est le dur prix à payer pour sa tragique erreur de jugement. Sec, froid et sans merci, voila ce qu'est Gabriel après avoir tant perdu. Une lente chute, brutale et traîtresse, c'est ce qui attend le cadet des Troy...
Dans Akira, Tetsuo subit également son ordalie. Trop rapidement, il devient un monstre qui se prétend tout puissant, la première bataille contre Kaneda et son ancienne bande le ramène un peu sur Terre, mais point trop, ayant réussi à survivre à la drogue, il reste persuadé de sa force. Il va falloir qu'il perde plus et ce plus, ce sera son bras. La puissance, la violence du moment, SOL tel la foudre divine, faisant retomber l'ado à ce qu'il est, en voila une scène-clé d'Akira. Tetsuo se recroqueville, disparaît de la circulation. Lorsqu'il revient, il est changé, crasseux, encore plus cynique et désespérément seul. Lui aussi est coupé du monde par cette mutilation. Il va tenter sans succès de se raccrocher avec ses pouvoirs mais, et c'est d'autant plus vrai dans le film, ce nouveau bras le condamne, il n'est plus lui et se refuse à aller de l'avant. Lentement mais surement, ce vide physique rejoint le vide mental et le bout de métal qu'il espère voir remplacer son membre de chair et de sang, témoigne bien de l'inutilité de sa tentative, comble de l'ironie, lorsqu'il pense avoir retrouvé ses états, c'est bien sa prothèse qu'il tend à Kaori, la seule à avoir encore un peu à espérer de lui...
Il y en aurait encore beaucoup à citer : Guts (et Götz von Berlichingen par la même occasion), Johnny Joestar, etc. Je me contenterai de ces deux exemples qui sont mes préférés.

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"Why so Painful ?!"

Il reste encore d'autres exemples mythiques. Les cyclopes étant à la base dotés de trois yeux, mais leur père, Ouranos, jaloux et craintif de leur puissance, leur enleva leurs deux yeux, ne laissant que celui du front, puis il les jeta dans le Tartare. Les cyclopes Ouraniens sont les grands artisans, les faiseurs de foudres. Ce sont des divinités chthoniennes, liés aux caves et aux grottes, où ils placent leur forge et en parallèle, ils dominent la force du ciel. Ce sont les forgeurs des armes et les parents des trois grands Olympiens : Zeus, Poséidon et Hadès. Il s'agit plus de faiseurs de rois qu'autre chose. Ils sont puissants et craints, respectés et redoutés. Leur œil unique les spécialise et les isolent du Monde, les plaçant dans un autre univers, où ils sont seuls à y voir clair et donc, les seuls vrais rois. Les trois Cyclopes étaient de même les frères des trois Hécatonchires, monstres aux cent bras et cinquante tètes. Ils symbolisent aussi la force détournée : Si les Hécatonchires sont la force brute et surpuissante, les cyclopes borgnes et boiteux sont ceux qui forgent la destruction. Héphaïstos se place dans le même ordre d'idée, rendu infirme et boiteux par son père, il s'enferme dans ses forges. La claudication, est typiquement associée à ceux qui ont la maitrise du feu et du métal. Comme beaucoup, ils ont sacrifié leur intégrité physique, volontairement ou pas, pour acquérir la connaissance, l'autre force. Dans un autre ordre d'idée, Achille n'est pas différent. S’il est invincible, son talon n'est pas protégé. Dans un sens, n'est-il pas infirme lui aussi ? Il est celui "Aux pieds agiles" et pourtant, sa faiblesse vient bien du pied. Il n'est pas stable, il bouillonne, il est sanguin et violent. Il ne sait tirer compte de sa faiblesse et elle se retourne contre lui.

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"On en dit beaucoup dans cet article, mais certains trucs... ça reste à voir..."

Nous en avons presque fini avec nos unijambistes, manchots, borgnes et autres. Il est clair que cet article n'a pas pour but d'être exhaustif mais de présenter de grands traits et de grandes figures. De manière générale, l'infirmité s'oppose traditionnellement à l'équilibre créé par la dualité, c'est pour cela que l'on utilise par exemple le mot "impaired" en anglais pour désigner les infirmes. Curieux jeu de mot qui fait rimer l'imparité avec l'infirmité. Un être ainsi diminué, c'est quelqu'un qui se "coupe" du Monde. Il sort du monde "réel", "humain" et pénètre dans l'univers chthonien, souterrain. Il passe du Yang au Yin, du diurne au nocturne. Si la normalité est symbolisée par un équilibre, la mutilation admet sa victime dans un autre système, une autre société. Il perd sa place, mais gagne une connaissance, une puissance autre, surnaturelle...


SneV

Beaubourg : (re)découverte du centre Georges Pompidou

11/04/2009 01:04
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Il est entré dans ma vie il y a un bon moment, quand, passant devant cet impressionnant bâtiment plein de tuyaux, mon esprit de petite fille se demandait déjà ce que ce gros complexe industrialo-bariolé pouvait bien faire en plein milieu de Paris.
J’y suis devenue un peu hermétique quand, au détour d’une visite au sein de son exposition temporaire, je me suis trouvée dans l’incapacité d’apprécier la beauté d’une laitue flétrie posée sur un bloc de marbre.
Je m’y suis attachée quand, montée sur sa terrasse, j’ai redécouvert la vue de paris depuis ses hauteurs.
Il faisait partie du décor quand, adolescente, j’étais parmi les jeunes assis par terre sur la piazza qui lui fait face, observant les dessinateurs, écoutant les musiciens et nourrissant les pigeons.

Je l’ai redécouvert récemment, grâce à mes études. Décidant d’aller travailler à la bibliothèque, j’ai eu la chance de pouvoir apprécier le volume impressionnant de la BPI, de ses ouvrages et des services qu’elle propose : Wifi, accès à des ordinateurs, photocopie, tables de travail, mais également musicothèque, cafétéria, piano, visionnage de documentaires, films, documents d’archives, tables rondes, conférences….

Au final, pour avoir passé un bon nombre d’heure en son sein, derrière les tuyaux et les baies vitrées, j’ai pu profiter, apprendre et découvrir une petite part de cette institution atypique. Et même si, pour bien faire, il me faudrait certainement y vivre plusieurs semaines, j’ai décidé de venir en parler un peu, pour partager, vous intriguer, et peut être vous faire découvrir quelque chose.

Beaubourg

Mon histoire de Beaubourg commence un mercredi il y a quelques semaines quand, penchée sur mes cours d’histoire et mon vocabulaire d’anglais, je fus tirée de ma réflexion laborieuse par une annonce faite au micro dans les vastes salles de la bibliothèque.
« Agés de moins de 26 ans, une visite gratuite de l’exposition permanente du musée vous est proposé ce soir à 17h45. Inscrivez-vous dès maintenant à l’accueil de la BPI. »
Une première fois, la voix suave me laisse de marbre. Mais l’hôtesse récidive, et finit par attirer mon intention : la culture ne passe pas que par les livres, le mot « gratuité » résonne à mon oreille.
On se concerte du regard : une de mes camarades d’étude à l’air emballée. On se renseigne : la chose ne dure qu’une heure. On se décide : deux inscriptions à l’accueil nous apprennent qu’un buffet est proposé à la fin de la visite pour donner nos impressions. « Mais seulement si vous voulez hein ! Tous les participants seront raccompagnés au sein de la bibliothèque : pas besoin de faire la queue, aucune obligation. » Quel étudiant digne de ce nom passerait à coté d’un verre de coca gratos ?
A dix-sept heures trente, nous sommes une quinzaine de personnes à nous présenter au rendez-vous : étudiants pour la plupart, une lycéenne, et une touriste polonaise qui cherche du travail, mais pour le moment prend surtout des vacances.


La visite, organisée par une sociologue en poste au centre a un but simple : étudier la circulation du public entre la bibliothèque et le musé, ces deux secteurs étant devenus extrêmement indépendants au fil des années.
Pourtant, la vocation première du centre Georges Pompidou est de présenter une approche extrêmement pluridisciplinaire des productions artistiques modernes : cinéma, musique, peinture, sculpture, arts plastiques, théâtre, littérature… tous les domaines y ont leur place.

Le bâtiment à l’architecture résolument moderne et provocatrice est construit en 1977 selon les plans de deux jeunes architectes : Renzo Piano et Richard Rogers, gagnants d’un concours international d’architecture lancé en 1970. Leur projet est de construire un bâtiment résolument représentatif du XXe siècle, de l’industrialisation et de l’urbanisation.
L’emplacement choisit est le plateau de Beaubourg, situé juste au dessus du trou des Halles, ancien « ilot insalubre de paris ». Le quartier est alors squatté par des artistes et créateurs de tous poils : Le centre Georges Pompidou y est implanté comme une immense pompe à miel, destinée à faire remonter de la rue jusque dans les salles du musé les œuvres les plus percutantes.
L’idée est de créer une institution culturelle ouverte sur la ville : les immenses baies vitrées de la façade principale donnant sur la piazza permettent au regard du visiteur d’entrer et de sortir comme bon lui semble. Toutes les infrastructures, les éléments habituellement camouflés des bâtiments modernes, sont placés à l’extérieur en guise de décoration : structure portante, tuyaux ou escalators. Ainsi la circulation au sein du centre implique un va et vient constant entre le dedans et le dehors.
L’intérieur du bâtiment se prête également à une grande liberté de circulation : peu de cloisons, de nombreux escaliers mécaniques….
Le maitre mot de Beaubourg est donc le mélange, la circulation : le dedans est le dehors, la bibliothèque est le musée, les badaud sont des visiteurs assoiffés de culture.

Aujourd’hui malheureusement, l’utilisation du centre l’a quelque peu détourné de sa mission : les touristes venus pour le musé s’aventurent peu dans les autres espaces et les étudiants travaillant en bibliothèque ne sont pas des habitués des expositions. Les différents secteurs sont devenus très indépendants, au point que même les membres du personnel ne sont pas toujours habitués au contact.
Pourtant Beaubourg propose encore une immense diversité culturelle faite d’expositions, de visites ou de conférences ouvertes au public. Le centre est également lieu de rencontre et de création : l’esplanade sur lequel il ouvre, aussi passante que la sorti d’une fourmilière, grouille d’étudiants, de touristes, de dessinateurs, et résonne toujours des accords de quelque musicien.

Le Musé d’Art Moderne

J’y suis allée intriguée, sceptique et curieuse. J’en suis ressortie avec l’agréable impression d’avoir apprit quelque chose.

Le gros défaut de la collection d’art moderne de Beaubourg, c’est avant tout d’être une collection d’art moderne. Par ce que, généralement, le spectateur est rebuté dés le premier regard posé sur ses œuvres, souvent atypiques, qui prétendent décrire la société industrielle.
Là ou il semble parfois très aisé d’apprécier la beauté d’une Joconde ou d’une Nature morte, l’exercice devient plus ardu quand, en lieu et place de Mona Lisa, se trouve une toile vierge, un bloc de marbre ou un cube de polystyrène.
Ainsi, pour le spectateur non initié, peu d’œuvres trouvent grâce en dehors des quelques toiles de Matisse, Picasso, Braque ou Chagall.

Pour être apprécié comme il se doit, la collection du musé d’art moderne, doit être commentée et expliquée, et la meilleure solution est encore d’être accompagné d’un conférencier.
Animée, interactive, vivante, la visite donne aux œuvre toute leur dimension. Cette statue, impossible à décrire, devient un hybride d’équidé et de locomotive, figurant le progrès en marche et la complexification de la société. Cette croix noire sur fond blanc, inexpressive et monolithique semble soudain s’animer, s’emplir d’un mouvement vivant et organique, incarnant l’équilibre fragile entre le vivant et le mort.

Non, ce n’est pas de la magie, du pipeau ou de la masturbation intellectuelle : simplement un élargissement de l’esprit, la découverte d’un nouveau point de vue. Par ce que ces œuvres demandent une approche délicate, à mi-chemin entre la spontanéité purement instinctive de l’enfant et le regard éclairé de l’historien, capable de mettre en parallèle la création avec son contexte.
On comprend et on ressent dans le même temps, on réalise, surtout, combien la vision de certains de ces artistes colle encore parfaitement avec notre perception du monde.



Beaubourg c’est bien plus encore : c’est la terrasse de la cafèt’, qui donne sur la piazza et son effervescence, c’est le dernier étage et sa vue imprenable sur la capitale, c’est le cinéma, les conférences, les expositions temporaires, c’est un quartier éminemment vivant et parisien, dans le bon sens du terme….
Il y a tout un petit monde, une ambiance, une institution à découvrir, des milliers de choses à faire et beaucoup de connaissances futures, passée, proches ou lointaines à y croiser.
Si le Centre Pompidou est un peu trop clos sur la ville, si ses différents secteurs sont un peu trop cloisonnés, cette formidable Pompe à miel n’en remplit pas moins sa mission première : nous ouvrir l’esprit.


Grenouille Bleue

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