Le Pavillon des BD/Manga
Le sommet des dieux
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Ou « Le résultat de l’adaptation de la fusion de l’intégrale des Frison-Roche avec l’Himalaya en manga »
Il existe des montagnes de bouquins parlant de l’ascension des plus hauts sommets du monde*, réputés inaccessibles** (avant que quelqu’un ne réussisse à les vaincre, bien entendu) en raison de leur hauteur, des conditions climatiques effroyables qui y règnent ou encore de leurs parois impossibles à escalader. Les grandes Jorasses, le K2, le Mont McKinley, le Mont Blanc, le Cervin/Matterhorn, j’en passe et des meilleures, la liste n’en serait que trop longue.
La plus haute montagne – je ne vous apprendrai sans doute rien en vous révélant cela – du monde n’est autre que l’Everest, qui, du haut de ses 8848 mètres (au-dessus du niveau de la mer), est la plus proche du ciel, ce qui a pour conséquence d’être l’un des monts les plus convoités que les meilleurs alpinistes se doivent d’avoir grimpé au moins une fois dans leur vie, cela même s’il a été officiellement « vaincu » pour la première fois par Edmund Hillary et Tensing Norgay en 1953.
Ce magnifique édifice naturel trônant parmi ses sœurs de l’Himalaya s’est vu attribuer divers surnoms, parmi les plus flatteurs, outre ses autres appellations dans diverses langues (notamment locales). Ainsi, la montagne s’appelle Sagarmatha (népalais) et Chomolungma (tibétain).
Je vais arrêter de dévier ma prose afin que cet article qui – vous vous en douterez, vu son emplacement – traite d’un manga ne devienne pas un documentaire géographique indigeste à lire (car force est de reconnaître que ce genre de reportages passe bien mieux à la télévision, l’image à l’appui des commentaires) et surtout très/trop chiant. D’une part parce que ça me fera arrêter de faire des copier-coller réguliers de Wikipedia, et d’autre part parce que je suis en train de changer de sujet. Bref. Je discourrai donc d’un manga dans quelques lignes.
Je viens de vous le dire, l’Everest étant la plus haute montagne du monde, divers surnoms lui sont attribués. L’un d’entre eux retient particulièrement mon attention. Vous l’avez vu dans le titre de cet article, c’est Le Sommet des Dieux, pour une raison que vous pourriez deviner facilement.
Qu’est-ce que Le Sommet des Dieux ? Où veux-tu en venir, Von ?
Et c’est tout simplement le nom d’une adaptation d’un roman à succès de Yumemakura Baku par les pinceaux de Jirô Taniguchi (que l’on connaît entre autres pour avoir dessiné Quartier Lointain), qui a donc donné un manga en 6 volumes que voici.

Une image type qui représente le concept de L'Homme face à la Nature. Malgré l’impression de cliché que ça peut donner, c'est beau, quand même...
Commençons donc (vous avez l’habitude maintenant) par
Le Synopsis
Fukamachi, la trentaine, est photographe alpiniste de métier. Alors qu’il va accompagner une équipe japonaise prévoyant d’escalader l’Everest, une bonne partie de celle-ci meurt dans la montagne, rendant l’expédition compromise.
Avant de rentrer au Japon, un événement mystérieux se produit. En se promenant dans Katmandou, il met la main sur un vieil appareil photo dans une boutique douteuse de la ville. En l’étudiant, il commence à penser que cet appareil aurait appartenu au célèbre George Mallory. Cet homme avait tenté deux ascensions sur le plus haut sommet du monde : une en 1922, qui échoua, et une autre en 1924, à propos de laquelle on n’a jamais su si son expédition avait vraiment atteint le sommet, de laquelle proviendrait l’appareil photo.
Revenons à Fukamachi. Quelques jours après l’acquisition du fameux objet, on le lui vole. Il se met alors à sa recherche, et rencontrera Habu Joji, un alpiniste japonais qui vit dans la région.
En parallèle avec son enquête, il prendra connaissance de l’histoire de cet homme, mouvementée par bien des abords. Il finira également par découvrir que le fait que ce grimpeur exceptionnel, mais mal-aimé, ne stationne pas à Katmandou pour rien, et vivra une aventure inoubliable à ses côtés.
Ce que j’en pense
N’ayant pas lu le roman de base éponyme de Yumemakura Baku, je ne pourrai certainement pas faire un commentaire sur la retranscription/adaptation du roman en manga. Néanmoins je peux dire quelques mots sur le sujet, sinon je n'aurais certainement pas créé cet article, vous vous en douterez. C’est ce que je vais donc faire, évitant donc la comparaison avec l’œuvre originale, afin de ne pas m’aventurer en territoire inconnu.
Je n’irai pas par quatre chemins, Le Sommet des Dieux est un manga tout simplement magnifique, autant visuellement que du côté du scénario. Sous une trame qui se révèle être bien plus ficelée qu’elle ne le paraissait au premier abord, on a un véritable délice visuel, avec des dessins de montagnes vraiment superbes. On voit bien que le sieur Taniguchi a dû faire un paquet de recherches photographiques (à moins qu’il ne se soit lui-même déplacé sur les sites qu’il a dessiné, ce qui paraît moins probable) pour les produire, et le résultat est plus qu’à la hauteur, on s’y croirait. Les décors sont presque en train de surclasser les personnages visuellement. Non pas qu’on ne les voit pas, bien au contraire… Parlons-en justement !
Je ne sais pas si vous avez déjà entendu parler de ces gens que l’on pourrait qualifier d’ « amoureux » de telle ou telle activité. Vous savez, le genre de personne qui est un tel passionné de la chose qu’il en fait une obsession. Ces derniers ne peuvent pas vivre sans rester au contact de ce qu’ils aiment et se sentent mal s’ils n’essaient pas de pratiquer régulièrement leur activité. C’est le cas des alpinistes chevronnés qui vivent toujours auprès de massifs montagneux, ce afin de pouvoir pratiquer leur passion.
Habu Joji est ce genre d’homme, détenteur, entre autres, d’une volonté inexpugnable de devenir le meilleur dans son domaine. En effet, tout au long du manga, ce dernier est empreint de la soif inextinguible de grimper n’importe quelle paroi, ce même s’il doit en mourir. Sa combattivité émane de lui tout au long de l’histoire, ce qui lui fait parfois prendre des risques inconsidérés. De plus, il est également doté d’un mental à tout épreuve (qualité essentielle de l’alpiniste), et d’une volonté inébranlable. En effet, comme il le dit lui-même, « si je ne grimpe pas, je ne vaux pas mieux qu’un déchet », raison pour laquelle il s’obstine à rester près de sa dangereuse amante qu’est la montagne.
C’est ce qui lui donne, en dépit de son caractère – avouons-le – d’ours mal léché doublé d’une mule, ce côté attachant qui nous donne envie de le soutenir jusqu’au bout dans son objectif.
Fukamachi, de son côté, même s’il n’est pas le narrateur de l’histoire (alors qu’il pourrait tout à fait l’être vu la manière dont l’histoire nous est contée), pourrait totalement l’être tant l’œuvre est basée sur sa personne. Il sera tour à tour observateur, puis acteur, ce qui occasionnera de nombreux changements chez lui. En effet, on verra en lui une lente évolution tout au long de ses recherches. D’abord intrigué, puis fasciné, puis passionné et enfin obsédé, ce sont pratiquement deux hommes différents qui sont dépeint aux deux extrémités du manga. Son sujet d’étude et son caractère si particulier aura complètement déteint sur lui, le transformant en une sorte de – je cite – « démon » assoiffé d’efforts et de dépassement de soi. Mais est-ce en bien ou en mal ? C’est au lecteur de se faire sa propre idée.
La Nature elle-même joue un rôle déterminant, vu qu’il est impossible de ne pas y faire référence lorsqu’on parle d’alpinisme. La montagne, ses dangers en tout genre, tout constitue un obstacle visant à raviser les « fous » qui oseraient les défier. Sagarmatha en constituant la représentante principale de ces dernières, car défi ultime pour tout alpiniste qui se respecte, constitue le pilier central de l’histoire, jouant ainsi le rôle d’un genre de « décor observateur », donc neutre, mais qui n’hésite pas à se montrer cruel pour les personnages.
Quelle vandale cette femme!

En fin de compte, le surnom de « Sommet des Dieux » n’est peut-être pas si exagéré que ça…
*L'auteur rit encore de cette vanne vraiment trop facile
**Pas les bouquins, les montagnes... Faut suivre un peu!
VonSturm
Yotsuba&!
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Ce mois-ci je viens vous parler d'un petit manga bien sympa et très frais.
Yotsuba&! (よつばと!) est un manga comique dessiné par Kiyohiko Azuma, l'auteur de la série Azumanga Daioh. Yotsuba (trèfle en Japonais), fait référence à la coiffure particulière de notre héroïne. Quant au & (と), il sert à annoncer ce que la petite fille va découvrir dans chaque nouveau chapitre.
1 Histoire
Koiwai Yotsuba est une petite fille âgée de 5 ans, pleine de vie, qui découvre le monde et s'émerveille de tout. Chaque chapitre est l'occasion d'apprendre et de connaître un sujet nouveau comme le vélo, la ferme, la pêche, la pluie, la plage...
Elle vit avec son père dans une maison voisine de celle d'une famille de trois enfants, que des filles, qu'elle côtoie régulièrement.
Mais au-delà de l'aspect comique des situations que vit notre petite héroïne, l'auteur glisse également des éléments sur son passé, tels que son adoption, ses origines, sa phobie des motifs en forme d'yeux... afin de créer un univers un peu plus solide qu'une suite de gags.
2 Personnages
2.1 Chez les Koiwai
Yotsuba Koiwai (小岩井 四葉) / "Yotsuba" (よつば)
Cette petite fille aux cheveux verts s'émerveille du moindre détail, de la moindre nouveauté qui peuple son quotidien, et son enthousiasme est très communicatif. À chaque page que l'on tourne, on ne peut s'empêcher de la trouver trop mignonne.
Avant de déménager, elle vivait avec son père et sa mère sur une île "vers la gauche", comme elle dit. On sait juste qu'elle est née en dehors du Japon et qu'elle a été adoptée par Mr Koiwai.
Un peu excentrique, elle se rend souvent chez les voisines à l'improviste, pour jouer avec elles.
Mr Koiwai (小岩井) / "Papa" (とうちゃん, tō-chan)
On ne connait pas le prénom de son père adoptif, ni les circonstances de cette adoption.
Il travaille chez lui en tant que traducteur, ce qui lui permet de passer pas mal de temps avec Yotsuba. Même s'il n'est pas toujours le père parfait, il essaie de donner une bonne éducation à sa fille et doit parfois s'excuser pour les frasques qu'elle commet, surtout chez les voisines.
2.2 Chez les Ayase
Asagi Ayase (綾瀬 あさぎ)
L'ainée des trois sœurs, elle vit chez ses parents en attendant de trouver un logement près de l'université qu'elle convoite. C'est une jeune femme plutôt belle, qui adore taquiner ses amis et sa famille. C'est celle qui contrôle et manipule le mieux Yotsuba dans toute la famille.
Fuka Ayase (綾瀬 風香)
La sœur du milieu, âgée de 16 ans et lycéenne en seconde année. C'est la plus responsable des trois, mais aussi la plus maladroite et la plus excentrique. D'ailleurs, cela lui vaut très souvent des moqueries de la part des autres personnages, surtout à propos de sa façon de s'habiller et de son sens de l'humour assez spécial.
Ena Ayase (綾瀬 恵那)
La cadette, un peu plus âgée que Yotsuba et sa compagnon de jeu. Assez sensible pour son âge, elle tente de devenir plus responsable en faisant le tri sélectif et en limitant l'usage de l'air conditionné. Il lui arrive de mentir à Yotsuba, lui faisant croire par exemple que le costume de son amie Miura est un véritable robot. C'est toujours pour voir sa réaction, et non pas pour l'humilier, mais Yotsuba est tellement incontrôlable que cela finit toujours par se retourner contre elle et Miura.
Ena adore dessiner (d'ailleurs elle est plutôt douée dans ce domaine) et jouer avec ses ours en peluche.
Mme Ayase (綾瀬家の母) / "Maman" (かーちゃん)
La mère des trois filles. Elle accueille très souvent Yotsuba chez elle et ne semble pas s'étonner de se faire appeler "maman" par la petite fille. Elle se dispute souvent avec Asagi, sans doute car, comme le souligne son mari, elles ont des caractères assez similaires.
Mr Ayase (綾瀬家の父)
Le père des trois filles. Vu qu'il n'est quasiment jamais chez lui, on suppose que c'est un cadre dans une entreprise. Asagi le taquine souvent à propos de cette absence, en parlant notamment de lui au passé, comme s'il était mort. Mais il s'entend bien avec sa famille d'une manière générale.
2.3 Les amis
Takashi Takeda (竹田 隆) / "Jumbo" (ジャンボ)
Ami avec Koiwai et Yotsuba, il se connaissent depuis l'enfance. Ce géant de 2m10, qui se fait toujours appeler Jumbo, rend très souvent visite aux Koiwai. Plutôt placide, et doté d'un sens de l'humour assez sec, il sait se montrer spontané et organiser des activités pour les enfants comme la pêche ou l'étude des étoiles. Il entre d'ailleurs étrangement en compétition avec Miura, notamment la fois où ils partent à Hawaï, simplement parce que la petite fille y était déjà allé.
Asagi ne le laisse clairement pas indifférent, mais trop timide pour se lancer, il utilise son amitié avec Yotsuba pour se rapprocher de la jeune femme, même si ça n'a pas l'air de bien fonctionner...
Miura Hayasaka (早坂 みうら)
Amie et camarade de classe d'Ena, elle fait un peu garçon manqué dans sa façon de parler et de s'habiller. Elle semble parfois sans cœur et quelque peu agressive, surtout quand elle sent qu'on se moque d'elle. Pourtant elle est assez perspicace pour analyser les sentiments des autres : elle remarque immédiatement que Jumbo a craqué sur Asagi, et n'hésite pas à s'en servir contre lui.
Elle est aussi extrêmement sensible : elle refuse de se servir d'appât à la pêche et a peur de la grenouille que lui tend Yotsuba.
Torako (虎子)
Une amie d'Asagi qui semble vouloir la même université. Elle fume constamment et semble avoir besoin d'être toujours cool. D'ailleurs elle a du mal avec les excentricités de Yotsuba, même si elle admet ne pas être habituée aux jeunes enfants.
"Tora" signifie tigre en Japonais et "Ko" fille. Mais Yotsuba se contente de l'appeler Tora.
Yasuda (安田) / Yanda (ヤンダ)
C'est un ami de Koiwai et Jumbo. Il n'apparait pas souvent dans la série. Lors de sa première visite, il tente de rentrer chez les Koiwai, alors que Yotsuba est chargée de garder la maison en l'absence de son père, ce qui rend la petite fille très méfiante à son égard. D'un caractère puéril et je-m'en-foutiste, il est toujours en guerre contre Yotsuba pour des broutilles telles que des bonbons ou des questions de principe. Mais on le soupçonne d'apprécier la petite fille malgré tout.
3 Avis personnel
Yotsuba&! est un manga plein de vie qui change des habituels shonen et shojo aux scénarios bien réglés. Suivre la vie de cette petite fille, la voir s'étonner de tout, agir à sa guise, se faire gentiment avoir par les autres, ou encore avoir un regard tellement différent de celui que l'on a habituellement sur le monde, transforme la lecture de ce titre en un pur moment de bonheur et de simplicité.
Je finirai par la petite phrase qui clôture chaque tome : Yotsuba, enjoy everything.

Shaolan
100 Bullets
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"Avez-vous déjà rencontré l'agent Graves ? C'est un vieil homme gris avec une mallette noire. Une mallette pour vous, que vous le désiriez ou non. Dans cette mallette ? La raison pour laquelle vous avez une vie de merde; car vous êtes un peu spécial, le saviez-vous ? Quelqu'un vous a fait du mal, beaucoup de mal; vous l'ignoriez peut-être, mais c'est le cas et croyez-nous, oh oui, croyez-nous, cette personne là, elle le mérite, de mourir. C'est de vengeance dont je vous parle, de revanche froide, de vendetta sordide, mais celle-ci est un peu spéciale, comme vous, car Mr Graves a un autre cadeau. Un produit de ces chers Mr Smith et Mr Wesson, accompagné par cent petites amies, cent copines indétectables, intraçables, du genre qui n'existent pas, pour les messieurs de la police. Le crime parfait à portée de main ! Attention quand même, ne vous prenez pas pour le maitre du Monde, elles ne "fonctionnent" qu'avec la cible associée, généreusement donnée et indiquée par une photographie. Ne vous réjouissez pas trop vite non plus, regardez donc cette photo avant ! Car que vous connaissiez le responsable de vos malheurs ou pas, vous risquez d'avoir de drôles de surprises au long du chemin. Et n'oubliez pas, un meurtre ne reste jamais totalement impuni..."

"100 Bullets" est un comic écrit par Brian Azzarello et dessiné par Eduardo Risso. Il se place dans une veine directement Hardboiled / Noir : personnages tragiques et sombres, poids de la fatalité, bagarres sèches et nerveuses, dialogues enfumés et tutti quanti. Terminé aux USA après cent chapitres, la série en est à son neuvième volume en France, un peu moins de la moitié en fait.
Ce que raconte 100 Bullets est de prime abord très simple : une personne que la vie n'a pas raté, se voit offrir sa vengeance par mallette interposée. Se pose donc, dès cet instant, deux problèmes : doit-on accepter cette "chance" ou la rejeter ? Quelle que soit la réponse à cette première question, vient ensuite la seconde : qu'est-ce que cela amène pour la suite ? Ceci étant particulièrement important, si la vengeance est effectivement accomplie. Graves ne prétendra jamais le contraire : la vengeance qu'il permet n'est rien d'autre qu'un meurtre et donc, si le meurtre est parfait à chaque coup, le poids moral, lui, ne disparait pas par enchantement.
Pourtant, si ces histoires de vengeance occupent le début du comic, elles ne sont que la partie émergée de l'iceberg "100 Bullets". Graves n'est pas le bon samaritain, c'est une pourriture, bien sapée, peut-être, mais n'empêche que c'est un "crénios", un vrai de vrai. Graves n'aide personne, il précipite en général les gens dans la direction qu'il voudrait qu'ils prennent. Tout est lié à un plus grand plan, à quelque chose immensément plus grand... véritablement titanesque. Graves n'est pas qu'un costard grisonnant, c'est le warlord, ou plutôt c'était et semble-t-il, il n'apprécie guère de devoir conjuguer son activité au passé. Graves n'est pas seul et s'il parait dangereux, c'est que vous n'avez pas vu ses amis !
"100 Bullets" propose donc une lutte terrible entre deux bandes au travers d'une kyrielle de personnages. Vous connaissez déjà Mr. Graves, voyez donc Lono, le chien fou, un p*tain de colosse increvable; Cole, suave et raffiné, s'il ne vous a pas filé un coup de schlass ou un coup de son S&W avant. Voici quelques-uns des Minutemen. Introduisons aussi la plantureuse Megan, belle, séduisante, jeune, la vie devant elle, la femme parfaite ? En tout cas lui tourner le dos risque d'être votre dernière erreur. Mais tout n'est pas à jeter chez les gens du Trust. Prenons le petit Benito, une petite frappe richarde ? Un peu, mais surtout, quelqu'un de fatigué d'à peine 20 ans, une chance de cocu et un avenir tout tracé qui n'est pas pour lui. Les rôles sont donnés, certains comme la tragique Dizzy ou l'intriguant Mr Shepherd ont eux aussi leur place dans cette grande valse meurtrière, mais il n'est pas sûr qu'ils sachent réellement ce qu'elle est.
Dans ce monde, comme dans toute œuvre de Noir qui se respecte, il n'y a pas de chevalier sur son cheval blanc et Cie. Tout le monde est gris... ou rouge. Graves, qui parait respectable avec son air poli mais tranchant, ne semble plus si sympathique après sa rencontre avec son "ami" Daniel. Cole et sa gueule d'ange est à peine moins violent que l'abominable Lono, mais il est plus "délicat". C'est presque insensé qu'un si beau visage appartienne à une enflure pareille. Il n'y a pas de "méchants" ni de "gentils", il y a deux camps, ceux qui ont choisi le leur, ceux à qui cela à été imposé et ceux qui feraient bien de se grouiller de se décider. C'est une histoire triste, très violente, implacable, qui est narrée et il n'y a éventuellement que les "purs", Dizzy et Loop, pour s'en sortir intact moralement, pour l'instant. La galerie de persos est proprement phénoménale et il m'a été impossible de ne pas m'attacher à chacun, car tout le monde a quelque chose à offrir et rien n'est simple ici-bas. Chaque individu est léché dans sa conception et on assiste presque à une pièce de théâtre gigantesque et vulgaire où tous sont le personnage principal à un instant donné. Un véritable travail d'ensemble qu'il est bon de saluer. Comme toute œuvre hardboiled qui se respecte, le badassism dégouline bien entendu de partout.
"100 Bullets" s'appuie donc sur des personnages bétons, un scénario très riche, plein de mythes américains, on baigne réellement dans l'American Dream, ou plutôt on s'y noie, car ce n'est bien sûr qu'une façade, un mythe somptueux, réservé à quelques privilégiés. Un travail de langue savoureux est de même à l'œuvre. Chaque dialogue est délicieux et il semblerait que l'auteur ait réfléchi à un style pour presque chacun de ses protagonistes : tantôt agressif, animal, cynique, précieux, sophistiqué, vulgaire, sarcastique,... Il y en a pour tous les gouts, mais pour un peu qu'on s'y intéresse, c'est un régal !
Côté graphique, on est loin d'être en reste : le travail sur l'ombre et le contraste lumineux est le plus saisissant et le plus évident. L'atmosphère sombre qui s'en dégage et qui saisit l'image à chaque page est lui aussi, parfaitement maitrisé. Que ce soit au niveau des visages, qui apparaissent subitement comme des dents et prunelles déchirant la nuit ou cette même nuit qui s'engouffre partout, comme un océan noir dans la ville et sur les gens, l'effet est partout au rendez-vous. Le découpage des planches et le rythme sont presque cinématographiques et on s'étonnerait peu de voir les personnages s'animer pour de bon. L'action est extrêmement bien gérée, entre poses et jeux de regards et violence sèche et instantanée. Quelques exemples semblent de rigueur... Glace sanglante et sourde / On déconne pas sur Dieu devant Milo ! / MIB dans le désert / Discussion dans une église
Breffons, "100 Bullets" est sans le moindre doute un des plus grands comics que j'ai lu à ce jour (avec "Transmetropolitan" et "Hellblazer" je crois). C'est puissant, sombre, beau, badass, maitrisé, complexe. Surtout, on sent que les auteurs prennent leur temps, se plaisent à raconter leur histoire, la densifie sans cesse, puis prennent une pause pour narrer quelque chose d'autre. Le travail d'ensemble est impeccable, chaque personnage se renvoyant la balle intelligemment, on saute d'une intrigue à une autre pour les raccorder petit à petit, avec beaucoup de fluidité. Graphiquement, ce n'est peut-être pas révolutionnaire, mais l'essence du Noir passe très bien dans ce monde de couleur du XXe siècle. Et pour finir, les questions que l'œuvre pose sur la vengeance, l'amitié, la violence, le destin, sont très justement développées.
Un magnifique travail pour un magnifique comic. Impérial.
SneV
Andy et Gina de Relom
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Andy et Gina, vous dites ? C’est quoi ?
Andy et Gina est la première série de bandes dessinées de Relom, éditée chez Fluide Glacial.
Il y a actuellement quatre tomes.

Tome 1

Tome 2

Tome 3

Tome 4
Une BD ? Chouette ! Et y’a de l’humour dedans ?
C’est une bd à l’humour particulièrement grinçant, dont les héros sont deux jeunes enfants qui vivent à la campagne et qui multiplient les mauvais coups les uns après les autres.
Mais encore …
Description des persos :
Il y a donc les deux jeunes héros : Andy et Gina.
- Andy : C’est un gentil petit garçon trouillard, chialeur, très crédule (voire carrément naïf), et vaguement homosexuel. Andy – véritable souffre-douleur de sa sœur - se laisse sans cesse entraîner par elle dans des situations vraiment noires ou les pires bêtises : décapiter les oiseaux, jeter le chien familial dans le puits, manger un cadavre...
- Gina : Gina est tout le contraire de son frère : véritable petite peste, elle est sadique, cruelle, sans pitié, détestant les hommes, les animaux et les bons sentiments. Bref, une véritable psychopathe en puissance.
Elle est de toutes façons le personnage-clé de l'histoire : celle par qui tout commence et tout finit !
- Le père : Fan d’Elvis (reconnaissable à sa coiffure à la "Dick Rivers"), homophobe (il déteste notamment le frère de sa femme), alcoolique (il se soigne d’ailleurs au vin du village) et machiste. Il est prêt à tout pour se faire un peu plus d’argent sur le dos de sa famille sans bien entendu trop se fouler.
- La mère : Et enfin vient la mère. On pourrait penser que la famille se relève un peu avec le côté maternel, mais en fait pas du tout ! On a l’impression qu’elle récolte toujours le dernier mot en matière de malheur qui s’abat sur leur famille. Et pour cause : son état physique en prend toujours un coup et ne cesse d’empirer album après album … On se demande ce qui peut bien lui arriver (encore) de pire par la suite...
De l’humour grinçant ?
Derrière un faux air de série humoristique basique et innocente (deux jeunes enfants qui sont les personnages principaux de la série), se cache en fait un ensemble vraiment très glauque et sordide, dans un univers qui l'est au moins tout autant.
Les drôles de situations que vivent les deux gamins sont un peu bizarres, voire fantastiques. Mais une fois de plus, c'est surtout l'humour tordu et dérangé (dérangeant) qui donne tout son intérêt à cette bd.
Mais Relom ne va jamais trop loin dans cet humour noir, même s'il s’y approche souvent (une certaine limite du "supportablement grinçant").
Particularité de l’auteur : L'humour de Relom (notamment dans Andy & Gina, mais aussi dans les autres séries) est fortement teinté d'humour noir, utilisant les pires horreurs pour faire rire le lecteur. Relom utilise également l'absurde, entraînant ses personnages dans les aventures les plus loufoques. Un autre ressort comique important est le contraste entre l'ignorance des enfants et le caractère sordide des situations dans lesquelles ils se retrouvent sans réellement les comprendre.
En effet, dans la série Andy et Gina, nos deux garnements n’ont que 10 ans, mais vivent des situations et perçoivent des choses qui n’ont aucun sens pour eux, car ils sont trop jeunes (ex : Andy est efféminé, mais cela paraît "gros" et insignifiant vu son âge ; pour ce qui est de sa sœur : même si elle est tentée de tester toutes sortes de vices qui l’intéresseraient, elle se maintient vu son âge).
- Particularité des deux premiers albums : ce sont les seuls albums de la série à être en noir et blanc. C’est parfait pour souligner la noirceur de certains passages où l'auteur joue avec le contraste pour arriver à ses fins.
Attention : il est à noter que même si ce premier volume est composé de sketches et d'histoires courtes, les évènements qui s'y produisent influencent néanmoins les épisodes suivants et forment une suite logique dans les histoires qui se déroulent dans les prochains volumes.
Andy et Gina... tentez absolument... c'est totalement dépaysant et décapant !
Attention tout de même à ne pas laisser à portée des enfants, cela pourrait entraîner de graves séquelles...
Mais au fait... c’est qui Relom ?

Olivier Morel (son surnom est en fait, une anagramme de son nom) est né à Tours le 7 avril 1973. Juste avant les épreuves du bac, il déserte le lycée et devient pendant quelques mois animateur radio. Il végète pendant quelques années puis, à 24 ans, décide soudain de se mettre à la bande dessinée. Le magazine Psikopat publie ses premières planches en 1999. Il crée le personnage de Dirty Karl et s'affirme tout de suite avec un humour très noir et glauque. Son trait de crayon, parfois comparé à celui de Larcenet en plus tordu, colle particulièrement à l'ambiance sordide, sous l'apparence d'une série basique et innocente. L'ascension est fulgurante puisque dès l'année suivante, Fluide Glacial le repère. C'est dans son nouveau journal qu'il débute la série qui le rend célèbre : "Andy et Gina".
En utilisant à merveille un art de la chute pourtant en voie de disparition, Relom s'est trouvé un style particulier : faire rire avec le gore, l'immoral, le très méchant. On est 'mort' de rire à chaque fois, même si l'on a un peu honte de rire de telles histoires. Héritier de Franquin et de ses 'Idées noires', Relom s'affirme comme le fer de lance de la nouvelle génération des dessinateurs de Fluide Glacial.
Bonus :
Afin de finir en beauté cet article, je vous propose de découvrir une interview de Relom (réalisé par Mikaël Demets pour Evene.fr en octobre 2005) qui a été réalisée lors de la sortie du quatrième album des aventures d’Andy et Gina. Vous en apprendrez ainsi plus sur la série et son auteur (mais la plupart des choses qui sont dans cette interview, vous les savez déjà ^^)...
Moi, j'aimerais bien savoir à quoi ça ressemble Andy & Gina ...
Allez je vous propose la lecture de deux histoires que j'ai adoré, vous avez juste à cliquer ICI (vous cliquez sur l'image ^^)
el-d-brokeur
Déprime, quand tu nous tiens...
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Bonjour/Bonsoir.
Aujourd’hui, pour une raison pas si absconse que cela, je m’en vais vous parler d’un truc un peu spécial… je suppose que vous avez dû en entendre parler au moins une fois. Je suppose que vous avez déjà entendu parler d’un gars qui s’appelle André Franquin nan ? Eh ben c’est de l’une de ses œuvres que je vais vous parler. Pourtant je ne vais pas prendre une série que vraiment TOUT le monde connaît (comme Gaston Lagaffe, dont je pourrais vous parler un de ces quatre), mais d’une bande dessinée que le susnommé maître a produite pendant une période de grosse dépression. Comme quoi même un état de santé mentale négatif peut être une source d’inspiration, faut croire…
Voilà le titre en question… Vous avez certainement dû le deviner en lisant le titre de cet article je suppose…

Ici nous voyons bien le sieur Franquin en train de faire tout ce que bon dépressif fait à merveille, c’est-à-dire broyer du noir (au sens propre).
Noir comme l’encre avec laquelle il a été écrit/imprimé. Ça nous aide à nous mettre dans l’ambiance, ça nous pose le décor, d'emblée, lorsqu’on voit la couverture. Le tout agrémenté de jolies citations d’Yvan Delporte, qui amusent quelque peu la galerie tout faisant office de « maximes » introductives à chaque strip/gag, si on peut les qualifier ainsi.
Et c’est tout ça qui fait qu’on le trouve génial. Parce qu’il n’existe pas beaucoup de bandes dessinées traitant des sujets avec cet humour qui sont aussi bien représentées, aussi bien travaillées… et surtout, aussi bien recherchées. Voilà ce que c’est : de l’Humour Noir à l’État Brut, tel le pétrole à peine sorti du sol.
Cependant, je vous conseille de vous procurer cette bande dessinée, c’est bien moins cher que le pétrole, et ça ne colle pas aux doigts. De plus, ça vous fera beaucoup plus rire que ce foutu liquide poisseux qui pollue.
Je terminerai avec la fameuse citation de Sacha Guitry que j’ai mentionnée tout à l’heure : « Lorsqu’après avoir lu une page des Idées Noires de Franquin on ferme les yeux, l’obscurité qui suit est encore de Franquin… »
Ah j'oubliais un dernier truc! Si vous voulez lire quelques-unes des planches de cet album, allez donc zieuter chez El-D
VonSturm



