L'imaginarium du Docteur Parnassus
J’ai déjà vu des films originaux.
J’ai déjà vu des films poétiques.
J’ai déjà vu des films magnifiques.
J’ai déjà vu des films incompréhensibles.
J’ai déjà vu des films au taux de bizarrerie qui atteint des sommets.
Mais là… Je viens de m’en taper un qui contient à peu près toutes ces caractéristiques, et bien d’autres attributs encore, qui pourront s’ajouter à la liste qui est tout sauf complète. Quel genre de long-métrage peut provoquer ce genre d’effet chez l’insignifiant spectateur (que je suis) qui le regarde ? La réponse ci-après.

Si j’ai choisi cette affiche plutôt que la version francophone, c’est parce que je trouve qu’elle claque nettement mieux que celle arrivée dans nos contrées.
Question de goût… Mais avouez qu'elle a la classe, hein?
C’est bien simple, il s’agira ici de l’Imaginarium du Docteur Parnassus, un film du fameux Terry Gilliam, réalisateur que l’on connaît notamment pour ses films d’un genre (osons le dire) vraiment particulier, Brazil, La Vie de Brian, Sacré Graal (en gros, les films des Monty Python), et d’autres, pour en citer quelques-uns sans toutefois prétendre à l’exhaustivité. Mais comme je suis trop bon pour vous – ou trop flemmard, à vous de voir – je vous prierai tout bonnement de cliquer sur ce lien si vous brûlez d’en savoir plus.
C’est aussi un film qui fait office d’hommage au à présent regretté Heath Ledger (filmographie ici), acteur à la célébrité relativement importante dans le monde du cinéma, décédé d’une intoxication suite à une overdose de médicaments, alors qu’il n’avait même pas dépassé trente printemps.
Mais venons-en plutôt aux faits (ne suis-je pas cruel ?), et passons au...
Synopsis Vous commencez à connaître la musique je suppose…
L’Imaginarium du Docteur Parnassus est un spectacle de saltimbanques qui se produit de nos jours dans des quartiers plus ou moins miteux de Londres, avec pour particularité principale un miroir magique qui donne accès à un univers imaginaire (voire même idéal pour certains) à celui qui le traverse. Le chef de la troupe, c’est-à-dire le docteur éponyme, est un vieillard immortel âgé de plus de 1000 ans qui doit son extraordinaire longévité à un pari gagné face au Diable. Cependant, lorsqu’il tombera enfin amoureux, il passera un autre accord avec ce dernier afin de rajeunir. En échange, il devra lui fournir toute progéniture le jour de ses seize ans. Or, actuellement, la fille du Docteur Parnassus n’est qu’à quelques pas de cet âge fatidique… Et le vieillard est prêt à tout pour la sauver, ce qui lui fera jouer dans une étrange et dangereuse course contre la montre, qui commencera réellement après une rencontre avec un... pendu.
NB :. J’ai tenté – contrairement à mes fainéants de collègues rédacteurs – de résumer la chose sans passer par Allociné, ce qui ne fut pas chose aisée croyez-moi ; vous aurez pu constater par vous-même la mauvaise foi indéniable de l’auteur qui se dégage de cette phrase.
L’avis
C’est plutôt difficile de commenter ce film. Car, selon moi, il n’existe que quelques mots qui pourraient le résumer de manière générale. Le premier d’entre eux : Indescriptible. Ledit mot est bien sûr à prendre dans le sens positif du terme, car, pour tout vous dire franco en quatre syllabes, j’ai a-do-ré.
Durant tout le film, on a un véritable festival, feu d’artifice, que dis-je, une explosion visuelle, avec des images allant de l’obscur au clair et vice-versa, qui nous caressent agréablement la rétine, notamment grâce à des effets spéciaux pas trop exacerbés (quoique, il n'empêche qu'un des mondes imaginaires m'a fait fortement penser à cette pub sur le moment). Ladite explosion est aussi auditive grâce à une bande-son quasi orgasmique (sérieusement, je n’en ai jamais entendu d’aussi bonne depuis pas mal de temps), qui compte des musiques donnant un peu un air de "Mad Circus" que j'affectionne tout particulièrement. Ensuite, côté scénario, puisqu'on passe du rêve à la réalité (bonne ou mauvaise) avec une simplicité déconcertante, donnant accès à des situations plus que mythiques, voire même… magiques. C’est le deuxième mot que j'emploierai ici, car caractéristique maîtresse de la plupart des films « sérieux » de Terry Gilliam (entendez par là que j’exclus ici les Monty Python), et qui sied à merveille à ce long-métrage, puisqu’à chaque fois qu’on franchit le miroir, on se retrouve dans des mondes fantastiques et féériques tous plus beaux les uns que les autres, où se trouvent tous nos fantasmes, positifs comme négatifs, desquels on ne peut pas forcément échapper.
Venons-en aux personnages. Ces derniers, excellemment bien joués, se fondent à merveille dans la trame de l’histoire et donnent une certaine touche de vrai, même lorsqu’il s’agit de l’imaginaire. Mon coup de cœur va à Mr. Nick (surnom du Diable), qui est représenté de manière tout à fait atypique, mais qui reflète bien l’image de ce que j’appellerais « the betting basterd » pour rester en langue originale.

Dans ce rôle, Tom Waits respire la classe de par tous ses aspects, malgré le sale rôle qu’il a.
Cela dit, ce n’est pas forcément lui qui peut être considéré comme le salaud de l’histoire…
Le Dr Parnassus en lui-même, par un combo qui le fait passer du statut de moine-pseudo-bouddhiste puis vieillard-millénaire-ivrogne, possède quand même une personnalité qui le rend à la fois pathétique et touchant/attachant, car on finit par voir que même s’il ne paie pas de mine à première vue, dans son Imaginarium, c’est bien lui qui définit les règles (même si Mr. Nick y joue son rôle). Il suffit de voir le nombre de fois où son visage y apparaît pour s'en rendre compte. Un rôle de choix donc. Sa (sublime) fille Valentina, le nain Percy et le jeune Anton se défendent bien aussi dans ce domaine-là, liés au Docteur malgré l’image qu’il affiche, qui se révèle être aussi décrépite que son Imaginarium tel qu’il nous est présenté extérieurement.
Mais le personnage le plus abouti dans l’histoire reste quand même celui de Tony, qui évolue dans une sorte de quadruple optique, car joué par 4 différents acteurs tout au long du film (Heath Ledger bien sûr, mais aussi Johnny Depp, Jude Law et Collin Farrell). Mais je n’en dévoilerai pas plus, sous peine de tomber dans le spoil pur et dur, ce que j’ai un peu amorcé ici. Ainsi, ne voulant pas tomber dans la fourberie, mais voulant quand même vous faire partager l’expérience que j’ai vécue durant la séance, je me dois d’en dire encore quelques mots.
L’imaginarium du Dr Parnassus n’est pas seulement comme je le disais plus haut un genre de joyeux chaos organisé (pour ne pas employer le terme « bordel » - oups, je viens de le faire) qui flatte notre ouïe et notre vue durant près de deux heures, c’est aussi dans son ensemble, une sorte de conte, poème, ou une histoire fantastique de manière générale qui se révèle être extrêmement bien ficelée et attachante, qui nous scotche à notre siège avec un sourire béat. On est alors transporté au gré de l'histoire, et quand on voit le générique de fin, on a envie d'applaudir, comme à la fin d'une (bonne) pièce de théâtre, car la représentation - car c'en est une - est terminée. Un bis ne serait pas de trop, selon moi...
Donc, pour résumer:
Des personnages originaux et caractéristiques.
Une histoire plus qu’entraînante.
Des scènes d’anthologie.
Je vous dis, mes amis,
Je suis littéralement,
Complètement,
Carrément,
Repu.
J'ai jamais été doué en poèmes, désolé...
VonSturm


