Mars Attacks

27/12/2009 20:42

On est tous nostalgiques des années 50. Le Baby-boom, le début des Trente Glorieuses, le plan Marshall, les communistes... Toute cette période historique, économique, sociologique et culturelle magnifique a disparu en une décennie (triste sort qu’ont connu elles-aussi les années 60, 70, 80, 90 et 00, et le coupable court toujours). Mais plus que toutes les autres, les années 50 ont marqué un tournant dans l’Histoire contemporaine, sans doute parce qu’elles ont suivi la WWII et qu’elles nous ont progressivement amené à aujourd’hui, une époque sans nationaux socialistes et sans favoris sur les présidents américains.

De plus, les années 50 ont été un grand tournant pour l’art cinématographique, parce que c’est pendant cette décennie que la couleur a commencé à grappiller du terrain sur les conservateurs du noir et blanc ; et c’est l’émergence de genres cinématographiques qui vont peu à peu se codifier tant et si bien que beaucoup de classiques sont encore aujourd’hui reconnus comme certains des plus grands films de l’Histoire.

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Tellement parlant que ça se passe de commentaire.


Parmi eux, les plus populaires et sans doute les plus évocateurs de cette époque sont la multitude de films sur les extra-terrestres, invariablement à l’origine d’une invasion de notre planète où Américains gentils et protestants vont devoir affronter leur adversaire dans un combat inégal. Affrontement qui se solde souvent par une explosion nucléaire. Voilà, de plus, un bon exemple de genre codifié à outrance, ce qui a mené à sa condamnation et sa disparition au profit de James Bond.
Car tout individu lambda ayant un tant soit peu de culture n’osera plus répéter l’énième analyse comme quoi les envahisseurs et les films qui en ont découlé sont en fait la représentation de la peur du communisme (parce qu’il est bien connu que les soviétiques sont verts, petits et aux yeux globuleux), si bien que je ne vous ferai pas l’outrage. De toute manière, c’est comme si on disait que 2012 était en fait la représentation de la peur du virus H1N1 et autres épidémies imaginaires actuelles. C’est de la connerie, mais c’est marrant. D’ailleurs, je pose un ©opyright sur cette analyse filmique de haut vol qui me permettra de toucher des royalties sur tous les bouquins sur le cinéma qui feront cette remarque sur ce film ; ce qui me rendra certainement plus pauvre qu’actuellement puisque je ne doute pas que les analystes cinématographiques n’auront jamais le mauvais goût de nommer ne serait-ce du regard son réalisateur (ceci dit, je n’ai pas vu le film, mais ça m’a l’air d’être du Emmerich dans toute sa splendeur).
Mais je divague, je m’égards, je déblatère ma prose stercoraire et j’en oublie ce où je voulais arriver en faisant cette introduction, je parle bien sûr de...

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Oh really ?


Car avant de faire des films estampillés émo et gothico-ado, Tim Burton a aussi fait des très bons films. C’était il y a longtemps, vous n’étiez pas encore né ou vous regardiez Hé Arnold ! sur TF! quand il les sortait. MARS ATTACKS! fait partie de ses films qui ne paient pas de mine : regardez l’affiche, vous n’avez rien de burtonien là-dedans. Ce qui prouve, par la même occasion, qu’il n’y a pas besoin de faire dans la navrante référence de son propre univers (comme depuis une décennie) pour donner un film potable, si ce n’est plus.
J’irais même jusqu'à créer une expression pompeuse pour l’occasion : MARS ATTACKS! fait partie de la trilogie fabuleuse de « l’Hommage au Cinéma » de Tim Burton, avec EDWARD SCISSORHAND (film muet) et EDWOOD (le nanar, voire le cinéma tout simplement), et il représente les années 50. Je sais, c’est une réflexion ridicule, mais merdouille, ça ne l’est pas plus que la trilogie sur « l’Histoire de l’Amérique » dont l’un des volets se passe au Mexique. Et puis je suis fier de mon idée alors allez copuler avec votre maman la femme de joie.

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Image garantie à haute teneur en lulz.
Mais aussi intéressante : Mars Attacks a été inspiré par des vignettes rétros de la jeunesse du réalisateur, fou non ?


En tant que référence, hommage, parodie et satyre du film de science-fiction classique, le synopsis n’est pas difficile à deviner ni même à expliquer : les martiens, petits êtres ridicules et verts, envahissent audacieusement la Terre ; mais les bons américains aux valeurs franchouillardes vont leur botter le cul dans les règles. Comment ? Pourquoi ? Doucement garçon ! Là est tout le délice du film.

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L’ordure ! Il tient en joue notre bon vieux Président ricain !


Ce qui fait que MARS ATTACKS! est si excellent, c’est que le film combine des qualités sur tous les plans, à savoir, pour commencer, une réalisation qui tend vers le rétro (hmmm, la langue/porte du vaisseau) sans oublier d’être neuve. Les références au bon vieux temps sont légions, les clins d’œil jamais loin ; la forme y est, mais pas le fond ! Tout y est parodié, amplifié, joué jusque dans l’humour noir. Je parlais tout à l’heure des valeurs franchouillardes, c’est seulement vrai si vous imaginez que les noirs qui jouent à dézinguer des zombies dans un jeu vidéo est une image qui vous évoque la sainteté familiale. Je parlais de bons américains, c’est uniquement si vous considérez Jack Black comme fréquentable.
Ce qui nous amène au deuxième point sur lequel MARS ATTACKS! excelle : son casting. Je veux dire, depuis combien d’années est-on à la limite de VOMIR devant son duo pourtant très bon, mais ô combien usé Bonham Carter/Depp ? Quelle est la dernière fois qu’on n’a pas eu le droit aux mêmes refrains, mêmes gueules, mêmes douves stagnantes ? Ce devait être pour BIG FISH, mais ce n’est pas une référence. Même, on se dit parfois, au regard de ce dernier et de PLANET OF APES, qu’il a préféré s’enfermer dans un donjon et éviter de tels dérapages. Et on le comprend. Néanmoins, MARS ATTACKS! a un casting en or, genre qu’on se demande si c’est pas Tarantino qui l’a réalisé, avec Jack Nicholson, Glenn Close, Pierce Brosnan, Danny DeVito, Sarah Jessica Parker, Michael J. Fox, Nathalie Portman et, fin du fin, clou du spectacle, cerise sur le gâteau, Tom Jones. Ce dernier, jouant son propre rôle, est tellement énorme qu’il mériterait des haïkus sur tous les blogs de la Terre : imaginez que lorsque la première fois qu’il apparaît, vous vous dites « Burton, il a fait une référence avec un chanteur has-been, cool, maintenant qu’il se fasse buter par les martiens et passons aux renois rigolos ». Sauf que non. Tom Jones, c’est un des personnages qui sauvent la Terre, parce que Tom Jones c’est le Mâle réincarné. Jamais, de mémoire, un cinéaste n’a osé avant Burton prendre une personne existant réellement pour lui donner une importance énorme dans un film qui n’a pas pour ambition de retracer l’Histoire.
Ce qui nous conduit au dernier point (mon Dieu, quelle construction de mon article impressionnante ! Si seulement je pouvais faire ça pour mes dissertations de management !) qui est l’humour. C’est bien simple, MARS ATTACKS! est un pur concentré de fun, de cervelles vertes qui éclatent (juicy), de personnages clichés et drôles (Pierce Brosnan ! Quel anti-charisme de héros bellâtre !), de situations ridicules et hilarantes, de genres humoristiques variés et réussis (du kitsch – scène culte de Tom Jones entouré de biches ! – à l’humour noir en passant par le bon enfant). Et le mieux, c’est qu’il n’y a pas de fausse note !

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TOM JONES. FAUCON. BICHES. CHANSONS CUCUL. Que vous faut-il de plus ?


Tout en faisant son hommage, Tim Burton le triture, en joue, le démonte et le remonte pour donner un mélange au premier abord bâtard, mais qui passe en fait comme une lettre à la Poste (et sans grève). MARS ATTACKS! est un film au dosage fin, délectable et parfaitement maîtrisé, ce qui en fait l’un des films les moins burtoniens du réalisateur et pourtant l’un des plus réussis (parce que les deux n’ont aucun rapport) ! A tel point qu’on aimerait bien qu’il abandonne un peu son univers parasité par les émos et le déjà-vu, pour faire des projets peut-être moins vendeurs, mais cent fois mieux. Mais bon, avoir réussi un tel film (parmi d’autres !), c’est bien la preuve de son talent, et c’est suffisant.


Leto

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