Dude, do you feel elitist this morning ?
Vous ne le savez peut-être pas, mais avec les membres du Pavillon on discute assez souvent. Je ne sais pas quelle impression on donne du dehors, si on a l’air d’être enfermé chacun dans sa chambre matelassée avec des camisoles et qu’on ne se parle que lorsque les bourrea... infirmières nous laissent sortir, soit toutes les semaines pendant une heure, ou alors si on a l’air socialement sain et capable de se parler. Toujours est-il qu’en réalité il nous arrive de discuter entre nous, sur les articles, sur la gestion du Pavillon, sur les sondages etc.
Là où je veux en venir, c’est qu’en soumettant mon article du mois, MARS ATTACKS!, il y a eu pas mal de réactions et on a fini par dériver assez loin, jouant à la limite du débat et du trolling. Quand je dis on, c’est Shaolan et moi. Je ne reviens pas sur le débat en lui-même, qui a été clos depuis un petit moment, mais le gredin susnommé me reprochait d’avoir des goûts trop élitistes et de ne pas savoir apprécier les choses simples (les derniers Burton, pour être concret). Il s’est rendu compte un peu tard que c’était le fruit de son imagination et que non, il n’y a pas que Kubrick que j’aime comme réalisateur, et que et que et que. Je vous spoile la fin, on s’est fait la bise, on s’est excusé, pas de mal et on est parti troller sur Haneke parce que c’est toujours drôle.
N’empêche qu’avec ces évènements, j’en suis venu à cogiter sérieusement sur quelque chose qui me turlupine depuis longtemps : Suis-je élitiste ? Si oui, est-ce une bonne chose ? Si non, est-ce une mauvaise chose ?
La question étant hautement philosophique, il est évident que toutes les réponses possibles et imaginables sont correctes, et donc on pourrait clore le débat ici, tout le monde s’en cognerait profondément. Sauf que le bien-fondé de cet article (s’il existe) s’effriterait méchamment la gueule, et donc je ne vais pas m’arrêter là.
D’abord, est-ce que je suis élitiste.
Je ne crois pas qu’on puisse se définir soi-même de la sorte, mais si « être » et « se sentir » sont deux termes qui s’équivalent dans cette question, alors déjà j’ai une réponse plus claire : je ne me sens pas élitiste. Depuis toujours. Et lorsque je le prétends, c’est toujours avec une dose de second degré très puissante.
J’veux dire, se prétendre élitiste parce qu’on aime Noir Désir, Stanley Kubrick, Pink Floyd, Dexter, Osamu Tezuka, Frank Herbert ect., c’est comme dire qu’on est scientifique parce qu’on a lu Science et Vie Junior. Qu’on se comprenne, SVJ est un bon magazine de vulgarisation de la science pour les adolescents qui n’aiment pas la voir au travers des faciès de schistes verts. Mais tout ce qui est dit dans cet hebdomadaire, tout comme ce que j’aime, n’est pas niche. Que SneV soit un élitiste, à la vue des articles sur des groupes inconnus qu’il nous pond (et il a bien raison), cent fois oui ; mais moi ? On peut ne pas connaître tout ce que j’aime, mais il y a quasiment toujours une case qui s’allume dans votre cerveau et qui vous dit "Tiens, ça me dit vaguement quelque chose". Je ne dis pas non plus que ce que mes goûts sont mainstreams au point de faire parti de la culture populaire ; rares sont mes rencontres avec des gens qui ont un chouïa de goûts comme moi (et même, rares sont mes rencontres, mais là n’est pas la question !), mais il y a un juste milieu dans lequel j’ai l’impression de me trouver.
Maintenant, deuxième question, faut-il se sentir fier d’être élitiste ou non, et faut-il conspuer « l’autre camp » ?
La tournure est bizarre, mais c’est parce que j’ai souvent l’impression que chacun se sent oppressé* par l’autre camp (rigolez pas, moi le premier – mais c’est peut-être dû à ma paranoïa) et qu’on en revient toujours au traditionnel « chacun fait ce qu’il veut, les goûts et les couleurs ça se discute pas, mais la tolérance d’admettre qu’on puisse avoir des goûts différents des tiens sans être une loque ». Certes. Mais cet argument n’autorise pas les débats sur les qualités d’une œuvre.
Donc laissons les honnêtes gens** dire que le Burton des années 2000 il a fait des films nazes*** sans les taxer d’élitiste. Et laissons les honnêtes gens dire que Michael Bay c’est pas si pourrave**** sans ricaner bêtement (ma résolution de l’année 2010).
Bien. Ce qui m’irrite, c’est que j’arrive à la fin de cet article, et que mes talents philosophiques étant ce qu’ils sont, je remarque que je n’ai rien démontré, j’ai agité du sable dans tous les sens, vous avez mal aux yeux et rien n’a changé. Ça a juste eu l’effet d’un psy, sans les commentaires, le fauteuil, l’analyse et les 40 € par séance. Pas grave, je me rattraperai le mois prochain en faisant un article de trois lignes.
* Attention tout de même, le terme n’est pas à prendre au sens fort : je sais que des fumeurs de roulées ne viennent pas tous les matins vous tabasser au pied du lit parce que vous avez aimé – grand bien vous fasse – le dernier Emmerich.
** Ben oui, je suis assez ouvert pour accepter de revoir mes opinions - même si je sais être parfois drôlement buté et non-constructif.
*** Je ne dis pas qu’on ne peut pas les apprécier, mais objectivement parlant, j’y trouve plus de défaut ou de paresse que d’inventivité et de qualité.
**** Que de notes de fin d'article, n'est-ce pas ? On m’a démontré brillamment que la démarche du réalisateur n’était pas si merdique ; mais la démonstration avouait elle-même que ses films étaient irregardables.
Leto


