Docteur Raymond-La Science
C'est bien connu, on a tous besoin d'exutoire à notre colère dans la vie de tous les jours afin de ne pas rompre le câble qui nous serait peut-être fatal. Sous couvert de préserver notre équilibre, nous cherchons sans répit les victimes qui auront l'honneur de servir de vannes salvatrices à ces trop-plein néfastes que l'on entretient consciencieusement chaque jour. Des fois, nous avons de la chance : on nous offre des cibles toutes faites que l'on peut abattre dans la joie et la bonne humeur, et de façon collective de surcroît. Si c'est pas pratique ça, on peut allier l'utile à l'agréable en compagnie des proches grâce à de telles têtes-à-claques que l'on nous offre très généreusement.
Des noms et des visages doivent déjà se dessiner dans votre esprit, ce n'est pas ce qui manque en ce moment les personnages publics qui sont voués à une telle fonction honorifique dans notre société. En politique, à la TV, dans les rayons de votre magasin culturel préféré, sur les grands et petits écrans ; ils sont partout et il serait vraiment étonnant de savoir que vous n'ayez pas arrêté votre choix sur l'un d'entre eux (auquel cas vous avez le respect profond du rédacteur qui se demande encore comment c'est possible). Aujourd'hui, nous allons voir ensemble, si possible en détails, le portrait de l'un de ces grands héros de notre quotidien ; un héros si populaire qu'il doit probablement slalomer entre les canettes vides et les objets divers qui sont envoyés à son encontre à chaque fois qu'il met un pied en dehors de chez lui. Que vous connaissiez ou non le monde où il gravite, il est très difficile d'échapper à son évocation ; notamment depuis les derniers mois où il a éclipsé tous les autres pour occuper tout l'espace médiatique. L'homme qui va nous intéresser dans les quelques lignes qui vont suivre, c'est Raymond Domenech.
Dis Raymond, c'est quand que tu es remboursé à 100% par la Sécu ?

Bah oui, on va parler un peu de football grâce au brave Raymond. "Qu'est-ce que j'en ai à faire de ce sport pour multimillionnaires aux jambes atrophiées sur le Pavillon ?!" se demandent alors avec raison les lecteurs pour qui le football est synonyme d'ennui profond. Eh bien, Raymond est, en dehors du simple microcosme du football, un reflet intéressant de notre société, et notamment de sa relation avec les médias (carrément ? Rien que ça ? On n'y va pas avec le dos de la cuillère alors...) Sans que l'on s'y attende, Raymond s'est installé insidieusement dans nos vies depuis 2004 de par ses nombreuses visites dans nos médias quotidiens. En 2004, Raymond est appelé à devenir le sélectionneur de l'équipe de France, soit le grand manitou du football français. Mais d'où venait Raymond alors ?

Il y a bien longtemps de cela, même Raymond s'amusait à faire des Cosplays de Mario dans la plus grand impunité...
Comme la plupart des entraîneurs, Raymond a lui aussi été joueur dans une autre vie. Puis le destin a voulu que Raymond devienne le sélectionneur des Espoirs, l'équipe qui regroupe les joueurs avant qu'ils ne soient sélectionnés pour l'équipe de France. Le palmarès de Raymond est pléthorique durant cette période, contrairement à maintenant, et se compose de... seulement une victoire dans un festival des Espoirs de Toulon. C'est maigre, mais on s'en fiche, Raymond est le sauveur de la situation après l'Euro 2004 au Portugal. La suite, vous la connaissez même si vous ne vous y intéressez pas : Raymond a la chance d'avoir dans son équipe un joueur qui s'appelle Zidane, qui avant de partir à la retraite décide d'inscrire grâce à ses exploits une nouvelle ligne sous son nom dans les dictionnaires, et il se retrouve sans s'y attendre en finale de Coupe du Monde en 2006 en Allemagne. Raymond, connu pour son goût prononcé pour l'astrologie, avait raison quelques mois auparavant : il avait donné, tel une Elizabeth Teissier des grands jours, rendez-vous aux journalistes à Berlin à la date de la finale. Hasard ou conviction, chacun a son hypothèse sur cette période mais ce n'est pas celle-ci qui va nous occuper aujourd'hui. En effet, nous allons plutôt nous attarder sur la période actuelle, celle qui se révèle la plus intéressante : le déclin annoncé de Raymond.
Ah oui, depuis juin dernier, il est bien difficile d'échapper dans les médias à l'évocation de ses malheurs suite à l'élimination de l'équipe de France dès le premier tour de l'Euro 2008 en Suisse et Autriche. D'une éthique redoutable, les médias étaient généralement complaisants avec Raymond, le résultat de 2006 servant de sauf-conduit auprès d'eux indépendamment de ce qu'il pouvait faire ou dire. Mais dès 2008, c'est la rupture du statut-quo : Raymond est le Mal incarné et tout lui est reproché, surtout les faits qui n'avaient pas fait l'objet de critiques publiques auparavant. Il faut dire qu'il a alors commis le pire des crimes de lèse-majesté envers les médias : il a réussi à éliminer prématurément l'équipe de France de cette compétition, privant ainsi les journalistes d'un thème bateau pour noircir des feuilles au moment où l'actualité était inexistante. Outre ses choix professionnels, on reproche surtout à Raymond ses envolées lyriques d'un type inhabituel. Ah, Raymond et ses sorties légendaires, toujours un "bon" mot à dire sur son actualité ou celle de ses joueurs... Devenu maître en la matière, Raymond a enseigné sa logique très particulière durant de longues années grâce à celles-ci. "Je suis le maître et Makélélé est mon esclave", il y a quand même chez Raymond un "bon" goût de tous les jours pour expliquer clairement son point de vue, c'est parfois très renversant... Raymond est un grand prestidigitateur avec les médias car il les emmène là où ils ne s'y attendent pas, notamment parce qu'il a objectivement plus de matière grise en ébullition que la plupart de ses collègues. On essaye de nous prouver le contraire chaque jour mais Raymond reste un grand communiquant avec les médias : il brise net le discours policé avec ceux-ci pour entrer dans les recoins sombres du second, voire du Xème degré.
Si Raymond est la bête médiatique et populaire à abattre, c'est parce qu'il nous est présenté comme quelqu'un qui se moque ouvertement des journalistes et du public. Et ça, c'est on ne peut plus vrai et c'est bien ce qui fait de Raymond une tête-à-claque incontournable et intéressante au fond. Raymond s'amuse avec ses interlocuteurs, mais au moins cette inclination fait réagir ceux-ci. Après l'Euro 2008, la tête de Raymond était demandée par tous, suite aux mauvais résultats de son équipe. Alors que tout joue contre lui, Raymond a, soit une bonne étoile, soit un destin qui l'attend, toujours est-il qu'il survit au lynchage et s'amuse à lancer des paroles bien sarcastiques à ses détracteurs. La fédération lui demande de s'assagir, d'être plus lisse, Raymond n'en a cure et continue de plus belle. Son meilleur fait d'armes de ces derniers mois, c'est de comparer les journalistes à des enragés dignes de la Terreur et qu'il remercie la providence que la peine de mort soit abolie de nos jours. Raymond est un provocateur dans l'âme mais cette provocation donne au moins une saveur, qu’elle soit bonne ou mauvaise au goût de chacun, à son passage fugace ou non dans notre quotidien. Grâce à ses sorties fracassantes et relayées très largement par les médias, il nous apprend sans le vouloir à nous interroger sur cette question de fond : est-ce que l'on peut être plus ironique ou moins lisse que la moyenne et avoir une image sympathique relayée par les médias ?
Raymond, il est peut-être sans le savoir lui-même un poil-à-gratter détonnant pour tout le monde dans cette époque quelque peu morose où les occasions de rire dans l'actualité se font rares. Quand même, qui d'autre que lui pouvait demander en mariage sa compagne à la TV devant des millions de spectateurs et supporters dépités qui n'avaient alors à l'esprit que la volonté de lui faire une tête au carré ? Qui d'autre peut prendre un pays entier pour des ignorants qui ne savent pas de quoi ils parlent ? Raymond, outre sa capacité à faire le show, et aussi une source d'inspiration pour la plaisanterie populaire, qui ne s'est ainsi pas retrouver à entendre autour de lui la vindicte de monsieur ou madame tout-le-monde sur ce personnage détonnant ? Parmi ce mouvement de création très en vogue en ce moment, on peut remarquer quelques auteurs en particulier qui s'amusent à détourner des classiques de la musique des dernières décennies afin de retracer l'épopée médiatico-fantaisiste de Raymond : découvrez ou redécouvrez les liaisons dangereuses entre Raymond et David Trezeguet (vous savez, le joueur qui a su faire au minimum sauter de joie certains de vos proches lors d'une soirée de juillet 2000), l'empreinte de Raymond sur son équipe et pour terminer, l'idylle naissante entre Raymond et Gourcuff (vous savez, le vrai-faux nouveau Zidane qui sert malgré lui d'os à ronger aux médias actuellement). Raymond devient ainsi une icône à brûler ou à adorer pour beaucoup de personnes actuellement pour ses capacités de communication. Reste à voir si celui-ci a cherché depuis le début à arriver à un résultat d'une telle ampleur.
Personnage médiatique dont on pourrait penser qu'il sort tout droit d'une pièce digne de Guignol, Raymond égaye volontairement notre quotidien, notamment parce qu'il laisse rarement indifférent, que ce soit pour le rejet pur et simple ou bien son adoration. La prochaine fois que vous verrez l'ami Raymond à la TV ou à la une de votre journal, ayez une pensée pour ce grand comédien de notre époque qui de par ses réflexions alambiquées ou absurdes n'essaye au fond que de dessiner sur votre visage un sourire narquois ou de compassion, ou du moins remplir votre conservation pendant cinq minutes avec vos collègues à la machine à café le lundi ou jeudi matin.

Raymond, ce héros des temps modernes... Pour 2010, tu nous conseilles d'acheter
des billets d'avion pour Johannesburg ou pas ?
The Bulltaker
Commentaires
Je regrette cependant quelques raccourcis très dérangeant en "oubliant" quelques précisions très importantes, qui pour un non connaisseur du football peut donner une très mauvaise image de Ray. Je pense notamment au passage avec Makelele (pour rappel c'est Mourinho qui avait déclaré que Makelele était un esclave pour l'EDF, Ray n'avait fait que reprendre cette phrase pour la détourner) ou encore celle où il parle de la peine de mort. Dans ce cadre il faut replacer la situation dans son contexte et ce rappeler que Ray était vraiment l'homme à abattre. C'était presque pire que pour un mec ayant tué un enfant (désolé du comparatif, mais je pense que je ne suis pas loin d'être dans le vrai).
Bref donc excellent article mais où il manquait 2/3 précisions ^^.
Merci de ton commentaire, Blinky. ^^
Ce n'est pas le cas. Bravo et merci.
D'autant plus que l'article met avant tout en exergue l'influence (que l'on peut qualifier de primaire) des grands médias sportifs sur l'opinion publique. En somme, les médias n'aiment pas Ray car celui-ci joue avec eux; donc les gens n'aiment pas Ray : je schématise et généralise un peu, mais pas trop quand même (et le cas est, comme cela a été dit, transposable, sur beaucoup de personnalités). De fait, la fameuse "question de fond" évoquée dans l'article me paraît à moi aussi fondamentale.
Encore une fois je t'adresse (vous adresse ?) toutes mes félicitations pour cet article très pertinent - le commentaire dans sa globalité n'était de toute manière pas destiné à autre chose.
(Par contre, il y a une erreur sur le dernier sous-titre, la Coupe du Monde en Afrique du Sud ne se déroulera pas en 2012 mais bien deux ans plus tôt ^^)


