Johnny Got His Gun
21/11/2009 23:55

"Johnny Got His Gun - Johnny s'en va-t-en guerre" est un film réalisé par Dalton Trumbo, sorti en 1971. Le film est tiré d'un livre éponyme, dont Trumbo est l'auteur; ce même Trumbo fut un des hommes inscrits sur la fameuse "Black List" d'Hollywood. Si le roman écrit en 1939 renvoie de façon anachronique à la Seconde Guerre Mondiale, le film s'inscrit bien sûr dans l'époque de la Guerre du Vietnam. Mais peu importe le contexte, le film est universel...
Le synopsis est simple comme chou : "Joe Bonham est blessé par un obus durant la Première Guerre Mondiale. Il perd quatre de ses sens et quatre de ses membres, mais pire que tout, son cerveau est bien intact et Joe bien conscient..."
Voila une des expériences cinématographiques les plus traumatisantes qui soit. Pour tous ceux qui ont trouvé dur le déjà très bon "La Chambre des Officiers", passez votre chemin... Ces deux films ont en commun le synopsis, ainsi que la période traitée, néanmoins, si le second s'attache au corps et est donc plutôt réaliste, celui-ci se tourne vers l'esprit et est nettement plus fantasmagorique. Trumbo utilise une idée très simple et ingénieuse, pour ne pas transformer ce film en un gros bout de pathos idiot, il fait rêver Johnny. Johnny rêve donc et en couleurs s'il vous plait ! Mais de quoi rêve-t-il ? On oscille en fait entre deux styles : un passé qu'il n'a jamais l'air d'avoir pleinement vécu, malgré la présence rassurante d'un père compréhensif et le souvenir d'un amour déçu... à côté de cela, ce n'est que divagations et fantasmagorie, une vraie rêverie qui fait bien étrange dans le climat austère que propose l'hôpital, où se situe la majeure partie de l'action. Johnny discute alors avec un Jésus compatissant et un peu dépassé qui a presque du mal à rester chrétien, participe à des fêtes patriotiques plus saugrenues les unes que les autres et surtout, se lamente sur le seul amour qu'il ait connu, amour qu'il a bêtement et au mauvais moment jugé moins important que son devoir envers son pays. Chaque séquence est un pur petit bijou digne de Fellini ou de Kusturica totalement déjanté, d'autant plus si l'on les met en parallèle à la très dure réalité qui l'attend à chaque réveil.


Joe est finalement condamné, car il a montré aux hommes de guerre la forme de la fin de leur humanité et personne ne peut le supporter... Joe est un avatar de la violence moderne, dans son caractère le plus insoutenable, ainsi que le pasteur le dit au colonel comme note de fin :
"He is a product of your profession, not mine"

SneV


