Franny et Zooey

21/11/2009 23:20

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J. D. Salinger est un auteur américain, connu pour son roman phare L’attrape-cœurs, paru en 1951. Il n’a rien publié depuis 1965, faisant état de son isolement naturel. Surtout remarquable pour ses nombreuses nouvelles, Salinger ne demeure pas moins un très grand romancier, pas tant quantitativement, c’est évident, mais qualitativement, il est certain. Si L’attrape-cœurs a sans aucun doute laissé une marque indélébile dans l’histoire des États-Unis par l’influence majeure qu’il a pu engendrer, ce n’est cependant pas le roman qui va nous intéresser dans les lignes à suivre. Publié en 1961, Franny et Zooey est un livre peu connu sur nos terres, du moins populairement parlant, mais qui pourtant cache des trésors insoupçonnés.

Publié à l’époque comme une histoire courte et une nouvelle, divisé en deux parties presque indépendantes l’une de l’autre, Franny et Zooey, frère et sœur d’une vingtaine d’années, sont des membres de la famille Glass (connue pour leurs nombreuses apparitions disséminées dans toute l’œuvre de Salinger). Prenant place un week-end de novembre 1955, ce roman s’articule donc sur deux axes à la fois. Le premier fragment, titré Franny, bien plus court que le second, raconte l’invraisemblable histoire d’une adolescente s’éveillant à la constatation qu’à travers son entourage tout entier dansent des êtres toujours unanimement égoïstes. Lors d’un rendez-vous avec son petit ami, Franny va lui faire confidence de ses états d’âme. Toute la particularité de ce passage se trouve dans le fait qu’il ne se passe exclusivement que dans un seul lieu, un restaurant, autour d’une table unique, où se tient un échange endiablé entre deux protagonistes sensiblement éloignés par leurs psychologies. Portant perpétuellement un bouquin russe sur elle, Franny s’est faite à l’idée qu’une prière incessante et continue ne peut être qu’une source de bénédiction à qui la pratique. Par les yeux de son héroïne, Salinger nous offre une réflexion prégnante à propos de sujets tels que la prétention, la fierté, la nécessité et la valeur de l’éducation, et bien entendu, l’égoïsme.

Zooey. Ce second fragment est lui-même séparé en deux parties qui, si elles ne sont pas distinctes, sont tout de même assez disparates l’une et l’autre. D’abord lancé par un long dialogue, s’installant dans la salle de bain de la famille Glass, entre Zooey et sa mère, ce fragment se poursuit par un dernier dialogue, cette fois-ci mettant en scène Franny et Zooey. Toute l’essence de l’œuvre se trouve précisément dans les dernières pages du roman, car si le reste n’est pas dénué d’intérêt, loin de là, il ne sert en définitive qu’à nous donner les clefs de compréhension nécessaires à une bonne interprétation de ces dites dernières pages. Également, c’est à ce moment-là que l’on peut comprendre la démarche de Salinger, et sa méthode. En effet, Salinger n’est pas un auteur qui cherche constamment à enjoliver ses écrits comme peuvent le faire un certain nombre de ses semblables ; ses descriptions et son style restent toujours simples et précis, allant droit au but, sans chichis. Toutefois, sa construction est très difficile d’accès parce que, c’est la subtilité, il fait justement tout pour déconstruire son récit. Son but n’est donc pas de livrer clef en main une œuvre élaguée de toute zone d’ombre à ses lecteurs, au contraire, il souhaite que ceux-ci fassent une démarche intellectuelle supplémentaire afin de saisir la substantifique moelle de son œuvre. C’est la raison pour laquelle la vox populi peut ne pas apprécier son travail. Dans ces conditions, quelle peut être par conséquent l’enseignement qu’on peut tirer de la lecture de Franny et Zooey ? Pour Salinger, l’homme doit chercher à progresser toujours davantage d’un point de vue spirituel et philosophique. Une prière incessante, en plus d’être impossible à exercer, est vouée à l’échec. Ce qu’il faut chercher au final consiste à atteindre une certaine forme d’illumination qui permettrait à l’Homme de s’évader de son ignorance pour acquérir une profonde sagesse.


dop_

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