Les gens écrivent comme de la merde
Vous êtes tranquillement installé(e) devant votre ordinateur. Ou vous êtes avachi sur votre canapé/lit, votre ordinateur portable sur vos genoux, peu importe. Vous êtes connecté(e) au Net. Vous tapez sur votre clavier, pour laisser votre opinion sur un article de blog, voire pour en écrire un. Peut-être en fait que ce que vous tapez n’a rien à voir, que vous communiquez de façon instantanée avec quelqu’un, ou que vous griffonnez virtuellement un mot sur un mur non moins virtuel et encore plus allégorique. Peu importe pourquoi vous tapez, au final. L’important c’est que vous tapez quelque chose qui ressemble vaguement à ceci :
« ta tro réson, c juste pa possible… lol »
À ce moment là, on sonne à la porte d’entrée. Vous pestez contre le fait d’avoir à bouger de votre place, mais vous le faites quand même. Quand vous ouvrez la porte pour voir qui vous importune, vous n’avez pas le temps de reconnaître qui que ce soit, puisqu’une hache vient s’abattre en plein de milieu de votre visage. Vous vivez probablement encore une demi-seconde et souffrez beaucoup. Heureusement pour les voisins, votre cri d’agonie est interrompu par un chargeur complet de semi-automatique vidé dans votre poitrine. Une fois que votre cadavre est tombé à terre comme une vieille serpillère gorgée de sang, votre assassin enjambe votre corps, le traine jusqu’à votre coin cuisine puis entreprend de découper votre cadavre en morceaux, qu’il passe ensuite dans un mixeur industriel qu’il a apporté pour l’occasion. Pour finir, il vide l’intégralité du liquide obtenu dans vos toilettes, non sans se soulager par-dessus. Puis il quitte l’endroit aussi vite qu’il est venu.
Ceci est ce qui se passerait si la réalité était gouvernée par des lois plus justes envers les langues en général et le français en particulier.
C’est un fait : sur le net, les gens écrivent mal. Vraiment mal. Le français souffre particulièrement de ce mauvais traitement. Cet abus de la langue atteint parfois des sommets qui semblent répondre d’une volonté inconsciente et collective de passer au presse-purée plusieurs siècles d’héritage culturel avant de les dévorer bruyamment en rotant, puis de les déféquer.
Non, je ne vais pas parler des abrutis qui parlent en langage SMS. Leur statut d’abruti a déjà été rendu public, s’acharner sur eux serait comme battre un cheval en putréfaction. Oui, cela signifie, par extension, que si vous n’êtes pas choqué par le langage SMS, vous êtes un(e) abruti(e). Ou un cheval en putréfaction. Vous n’avez surement de toute façon pas saisi les phrases précédentes, elles sont bien trop longues pour vous.
Dans cet article, où je me laisse aller à vomir un fiel qu’il me plaît d’étaler à la face de nos rares lecteurs, je vais taper sur, ou battre à mort, je ne garantis pas de me retenir, des pratiques de langage écrit moderne plus subtiles mais tout aussi horribles.
Prenons la phrase d’exemple du premier paragraphe, elle nous fournira bon nombre d’éléments.
Le premier est, en toute logique, situé en tout début de phrase. TOUT début. Je parle bien sûr de la majuscule. Il semblerait que chez certains spécimens, appuyer sur une touche supplémentaire en commençant chaque phrase demande beaucoup trop d’énergie. Probablement que cela les priverait de celle nécessaire pour cliquer sur le lien vers cette vidéo YouTube avec quinze points d’exclamation à la suite dans le titre. Un bonus est accordé à ceux qui n’utilisent pas de point et ne font donc pas de phrases, pensant ainsi détourner cette règle. Raté. Cette pratique peut aussi être mise sur le compte de l’utilisation abusive de logiciels de traitement de texte, qui se chargent automatiquement de transformer la première lettre en majuscule. Encore que prêter le réflexe d’ouvrir régulièrement un traitement de texte à des semi-analphabètes me semble être un peu trop clément.
Ensuite, nous avons l’oubli de l’apostrophe. Je ne m’étendrai pas dessus, vu que cela relève du langage SMS, l’enfant bâtard arriéré mental du français.
La faute suivante est récurrente. Beaucoup trop d’ailleurs. Tellement répandue que c’en est presque devenu un phénomène de société. Il s’agit bien entendu de la tendance, encore inexpliquée à ce jour, d’ajouter le mot "juste" à chaque phrase, comme un individu atteint du syndrome de La Tourette déverserait ses insanités verbales de manière compulsive. Cet innocent mot de cinq lettres est devenu une sorte de super-superlatif, dont l’emploi pour augmenter l’impact d’un adjectif ou d’un adverbe est désormais obligatoire pour ceux incapables de se rendre compte de leur propre connerie. Ou, pour reprendre leurs termes, en sont juste incapables. Putain, mais n’ont-ils pas les yeux qui brûlent et les oreilles qui saignent à chaque fois qu’ils écrivent ou disent cela ? LE MOT JUSTE N’A PAS ÉTÉ INVENTÉ POUR ÊTRE EMPLOYÉ COMME UN PUTAIN D’ÉLÉMENT DÉCORATIF POUR EMBELLIR VOTRE PROSE D’ATTARDÉ. L’ajouter à tout bout de champ, c’est moche, c’est con et ça démontre une totale incompréhension de la notion d’emphase.
Après cela, nous sommes confrontés à une pratique qui permet en un clin d’œil de cerner la personnalité de celui qui s’en sert. Il s’agit des points de suspension. Il n’est pas rare de retrouver des messages DONT CHAQUE PUTAIN DE PHRASE FINIT PAR DES POINTS DE SUSPENSION. Petite leçon à l’usage de ceux qui se reconnaitraient dans cette pratique : les points de suspension sont utilisés pour marquer soit un sous-entendu, soit une hésitation, soit une ellipse. La dernière notion étant trop compliquée pour que ce soit ce que vous visiez, il reste les deux autres. La plus probable est la première. En plaçant des points de suspension, vous pensez vous montrer malin en laissant entendre que vous voulez dire plus que ce que vous écrivez. Vous savez quoi ? ÇA N’EST PAS DU TOUT CRÉDIBLE SI CHACUNE DES PHRASES FINIT COMME ÇA. Ça donne l’impression que vous ne savez absolument pas de quoi vous parlez si vous cachez autant de choses, ou que vous êtes un crétin mou incapable de finir, pire, de PENSER ses phrases autrement que de la manière traînante des dégénérés neuronaux en phase terminale. Dans tout les cas, VOUS ÊTES UNE MERDE. Et personne ne voudra vous lire.
Dernier élément de l’exemple. Le fameux lol. Comme une philosophie ne manque surement pas de nous l’enseigner, les choses ne sont pas mauvaises ou bonnes en elles-mêmes. C’est le cas du lol. On peut en faire une utilisation intelligente. Ou tout du moins, pas trop conne. Mais comme nos amis les chimistes nous le rappellent, le poison, c’est la dose. Donc, placer lol à la fin de chacune de ses phrases, C’EST FAIRE PREUVE D’UNE DIARRHÉE VERBALE TRADUISANT L’ÉTAT DE DÉCOMPOSITION FÉCALE AVANCÉE DE VOTRE CENTRE DU LANGAGE. L’autre extrême est aussi vraie : « lol » tout seul n’est pas une phrase.
Attaquons maintenant d’autres pratiques horripilantes. Penchons-nous sur les smileys. Ou émoticônes, ça dépend quel niveau atteint votre fanatisme de l’Académie Française. L’usage veut que désormais les smileys exprimant la joie ou le rire soit placés en fin de phrases négatives, voire violentes, afin d’en atténuer l’impact. Exemple : « Mais si t’étais moins con, t’aurais compris la blague =D » Et l’hypocrisie générale d’être propulsée au rang d’art. Cette pratique donne envie de vomir. Non seulement ceux qui emploient cela n’en sont pas rendus moins agressifs, mais ils deviennent surtout des couilles molles lâches incapables d’assumer leur propres actes. Je t’insulte mais c’est pas grave parce que je met un ^^ à la fin donc je t’aime bien quand même. Fils de pute XD. PUTAIN, MAIS QUAND VOUS VOULEZ CHIER À LA GUEULE DE QUELQU’UN, FAITES-LE PLEINEMENT OU ALLEZ VOUS FAIRE ENLEVER VOS PENCHANTS TROLLS À COUPS D’ÉLECTROCHOCS.
Passons maintenant à une habitude caractéristique d’une sous-catégorie d’internautes. Les wannabe japanese. Autrement dit, les abrutis qui pensent que le Japon c’est trop bien et que du coup parler le japonais c’est trop cool ! Seulement voilà. Le japonais, c’est difficile. Comment faire alors pour donner l’illusion de parler la langue sans attendre plusieurs années à chier des briques sur l’une des syntaxes les plus ardues du monde ? Utiliser les suffixes d’appréciation japonais. Vous savez, les -kun, -san et autres que l’on retrouve dans quasiment tous les anime, les rendant très facile à retenir. Ce qui donne des assemblages contre-nature du genre Géraldine-chan ou Raoul-sama. Putain. Putain. PUTAIN ! MAIS COMMENT VOUS POUVEZ TROUVER ÇA ÉLÉGANT ? Non seulement cette utilisation des suffixes relève d’un pan culturel japonais qui n’a AUCUN ÉQUIVALENT FRANÇAIS, rendant cette incorporation totalement absurde, mais en plus c’est IMMONDE ! Comment pouvez-vous imaginer une seule seconde que mélanger du français et du japonais puisse donner quelque chose d’harmonieux ? L’écoute prolongé de J-Pop a dû griller peu à peu votre centre de la linguistique.
Puisque j’en suis à parler de mélange contre-nature et de sous-catégorie d’internautes, j’en viens aux joueurs. Ou gamers. Au nom on ne peut plus révélateur de leur penchant pervers : l’intrusion de mots anglais dans leur vocabulaire courant. Oui, je sais que c’est une des choses qui fait évoluer la langue. Non, personne ne me fera utiliser mél pour parler d’un email. Mais quelle autre réaction que l’incompréhension la plus totale peut-on avoir face à un mot tel que rusher ? Ou fragger ? Ou BUILDER ? Pour les plus innocents, il ne s’agit pas de formes nominales de verbes anglais, mais bel et bien DE VERBE ANGLAIS TRANSFORMÉS EN VERBE FRANÇAIS, par une horrible greffe de terminaison de verbe du premier groupe. Toujours la même. Le deuxième et le troisième n’existent pas dans leurs esprits. Cette pratique atteint des sommets dans l’absurdité. Quelle peut bien être la motivation derrière une telle mutation ? Parler plus vite ? Pas en rajoutant des lettres. Franciser ? Les traductions sont parmi les plus simples de la langue. La vérité c’est qu’au lieu d’avoir leur centre du langage détruit, les joueurs développent un cancer du cerveau dans cette région qui altère définitivement leur perception du vocabulaire. C’est la seule explication quant au fait qu’ils survivent dans cet état permanent du viol de leur langue maternelle.
Et je ne parle même pas du leetspeak. Ou 13375p34k, ce qui donne un bon aperçu de la catastrophe.
Pour finir cet échantillonnage des pratiques du massacre du Français, je rends hommage à l’une des pires pratiques qui soit. Une pratique qui, malgré son statut reconnu de connerie sans nom, continue encore et toujours de polluer les écrits et conversations, virtuels ou non. Deux mots : ou pas. J’ai des crampes dans les doigts rien qu’à taper ces mots sur mon clavier. L’emploi de ces deux mots regroupe les pires tares des exemples précédents. Utilisation joker, la rendant totalement inutile : ils peuvent être placés à la fin de N’IMPORTE QUELLE PHRASE. Tentative d’insertion d’humour pour racheter une phrase : et pourtant, à force d’être utilisée, cette expression a perdu tout son potentiel comique POUR PEU QU’ELLE EN AIT EU LA MOINDRE PUTAIN DE PARCELLE AUPARAVANT, TELLEMENT ELLE EST INTRINSÈQUEMENT MERDIQUE. Le constat est simple : tous ceux qui utilisent le « ou pas » sont : has-been, dépourvus d’humour, dépourvus d’imagination et dépourvus de sens commun. Mais le pire est encore ceux qui rient effectivement de ces deux mots. Avec les utilisateurs, ils forment une sorte de troupeau de débiles, s’adonnant à leur pratique répugnante entre eux, toujours prêts à perdre quelques neurones dans le rire gras et décérébré que leur procurent leurs deux mots favoris.
L’esprit humain n’étant jamais à court d’imagination quand il s’agit de perversion, il existe encore beaucoup d’autres habitudes à la con du même genre, certaines ne demandant qu’à émerger du cloaque putride où elles ont germé. Car aussi incroyable que cela puisse paraitre, au-delà du con/de la conne à l’origine de la mutation du langage, il y a toujours plus con(ne) pour la réutiliser ensuite. Toutefois, j’estime avoir suffisamment déversé ma bile pour me sentir soulagé.
Bravo si vous avez tenu jusqu’au bout.
Toutes mes félicitations si vous ne vous êtes reconnu dans aucune de ces pratiques.
J’emmerde profondément tous les autres.
TheEdgeWalker


