Avec l'escalade, j'ai trouvé ma voie

15/10/2009 15:37

L'escalade, qu'elle soit pratiquée en milieu naturel sur des parois rocheuses, ou en salle sur un mur équipé de prises, est un sport complet qui permet aussi bien de s'enrichir personnellement que de porter secours aux autres.
Nous verrons dans un premier temps le matériel de base du grimpeur, avant de nous intéresser aux différentes techniques de montée et nous finirons sur les capacités physiques et mentales que ce sport peut développer.


1. Le matériel

Quand on pense au matériel d'escalade, on imagine tout de suite une corde et un baudrier. En ajoutant un huit et un mousqueton à vis à l'assureur, on obtient le minimum pour grimper à deux en toute sécurité.
Le huit est l'objet le plus courant pour assurer l'autre : il permet de faire coulisser la corde pour donner plus ou moins de mou à son coéquipier, c'est-à-dire plus ou moins de longueur de corde. Plus on donne de mou, plus celui qui grimpe risque de tomber de haut en cas de chute. Au contraire, plus on est sec sur la corde, plus le grimpeur monte facilement et peut se reposer un peu sur l'assureur. Les bons grimpeurs exigent souvent qu'on leur laisse du mou, afin qu'ils puissent escalader librement et sans aide extérieure. De plus, il vaut mieux avoir de la longueur de corde en cas de jeté, cette technique qui consiste à se lancer littéralement à l'assaut d'une prise en bondissant sur elle.
Le réverso est un autre système d'assurage, comme le huit, mais il abîme moins les cordes. Le grigri aussi, mais il possède une fonction supplémentaire : il est auto-bloquant. Il est aussi responsable de la plupart des accidents en salle : bien que pratique au premier abord, puisqu'il permet de retenir le grimpeur en cas de chute sans effort particulier de la part de l'assureur, il va à l'encontre des réflexes naturels. En effet, pour libérer la corde bloquée, il faut actionner une manette. Or en cas de chute inopinée, le stress génère souvent une crispation chez l'individu qui ne pense pas naturellement à tout lâcher pour éviter l'accident. Au contraire, il se cramponne à la manette et réalise trop tard son erreur, ne pouvant enrayer la chute. Mon seul accident en six ans s'est produit avec un grigri : j'assurais quelqu'un du haut d'un dévers, j'ai voulu lui donner du mou, mais la corde passait sur ma main et mon coéquipier ne se tenait pas à la paroi. La corde a défilé d'un coup et m'a brûlé la main en moins d'une seconde. Heureusement, mon réflexe a été de tout lâcher, lui évitant une chute de dix mètres.
Le mousqueton à vis permet de fixer le système d'assurage au baudrier de l'assureur. A cela on peut ajouter la vache, composée de deux mousquetons à vis reliés par une corde doublée attachée au baudrier et qui permet au grimpeur de la passer dans un piton de la paroi pour se reposer sans solliciter d'aide extérieure.
Un rapide mot sur les dégaines : elles permettent de s'assurer au fur et à mesure de la montée en tête, c'est-à-dire lorsque la corde n'est pas directement accrochée en haut de la voie. Je développerai cette technique dans la partie suivante.
Enfin, outre le matériel d'assurage, on peut également utiliser des chaussons d'escalade. Épousant la forme du pied, ils permettent au grimpeur d'être au plus proche de la paroi. Leur revêtement et leur bout pointu autorisent à s'appuyer sur des prises ou dans des creux minuscules, voire à faire des pas d'adhérence, c'est-à-dire à poser le pied sur un morceau de mur sans prise. Quant au sac à pof, il s'agit d'une sacoche que l'on accroche à la taille et qui contient de la magnésie, cette poudre blanche qui absorbe l'humidité et que l'on met sur les mains pour éviter de ripper durant la montée.


2. Les techniques

Passons maintenant aux techniques. On distingue deux grandes façons de monter : avec un coéquipier et sans.

2.1 Avec un coéquipier
Lorsque l'on grimpe avec un coéquipier, l'un des deux escalade tandis que l'autre assure. Comme je l'ai déjà mentionné précédemment, l'assureur peut aussi bien se trouver en haut qu'en bas, mais j'y reviendrai. Ici, on peut encore séparer les façons de monter en deux : celle avec la corde attachée en haut de la voie et que l'on nomme "monter en moulinette" et celle où la corde relie directement l'assureur au grimpeur et que l'on appelle "monter en tête". Monter en moulinette est moins dangereux et moins fatiguant que monter en tête. En effet, lorsque la corde est en haut de la voie, seule la quantité de mou que donne l'assureur détermine la hauteur de la chute éventuelle. Mais lorsqu'il s'agit de grimper en tête, il faut passer des dégaines dans le pitons de la voie pour s'assurer au fur et à mesure de la montée. Deux éléments interviennent ici : quand on pose la dégaine, une main installe le matériel sur la voie, tandis que le reste du corps lutte pour rester dans la même position, et cet état statique est plus fatiguant que l'état dynamique de la montée. Lorsque l'on arrive au point suivant, on sait qu'en cas de chute, on tombe du rayon de la corde. Et tandis qu'une voie en moulinette peut se faire facilement même sur des passages un peu techniques, en tête c'est une autre histoire. Là où en moulinette on ose tout parce qu'on ne craint pas grand chose, en tête on se bloque parfois psychologiquement à cause de la peur d'une chute éventuelle.
Pour terminer avec la montée à deux, un mot sur le relai. En montagne, les voies sont souvent plus hautes qu'en salle et on ne peut pas se permettre de tout grimper d'un coup. Déjà parce que le corps a besoin de se reposer et ensuite parce que les cordes ne sont pas suffisamment longues. Une grande corde étant lourde et encombrante. Pour y remédier, on effectue un relai. Le premier monte en tête pendant que l'assureur reste en bas. Le grimpeur pose donc des dégaines et s'arrête au bout d'un moment. Il se vache, installe son matériel pour assurer celui en bas qui s'encorde et grimpe en ramassant les dégaines au fur et à mesure de son ascension, qui se passe donc comme s'il était en moulinette. Arrivé au même niveau que le premier, soit il continue en tête, soit le premier repart en tête et ainsi de suite.

2.2 Sans coéquipier
On peut également monter tout seul. En s'assurant ou non. Pour s'assurer tout seul, il faut un grigri. La corde doit être installée en haut de la voie et on grimpe comme en moulinette, à ceci près que l'on doit ravaler de la corde au fur et à mesure de la montée, ce qui, au final, est aussi fatiguant que monter en tête. En revanche, on peut se reposer sans embêter l'assureur et on gère soi-même la longueur de corde que l'on veut.
Monter seul sans matériel d'assurage est aussi possible. Là, pas le droit à l'erreur. En cas de chute aucune chance de freiner, encore moins de s'accrocher à une prise. Peu de gens sont capables de monter en solo, pour employer le terme ad hoc. Même les très bons grimpeurs qui s'essaient sur des voies simples. En effet, le facteur stress que l'on rencontre en tête se trouve porté ici à son paroxysme.
J'ai fait deux solos en six ans d'escalade : un sur un mur et un sur un bâtiment. Sur le mur, la voie ne présentait aucune difficulté. Je n'ai pas ressenti une grande appréhension, je savais juste qu'il fallait que je reste concentré. Quant au bâtiment, il faisait quatre étages. Je me suis servi d'une gouttière dans un coin pour les mains, du mur en pierre pour le pied gauche et du mur en brique pour le pied droit. La gouttière solidement fixée me garantissait une montée sans grande difficulté. Pourtant, je suis resté vigilant tout le long, surtout en voyant le vide augmenter sous mes pieds. Le risque de chute n'était pas nul, mais c'est ce qui faisait l'enjeu de la montée. De toute façon, la montée n'était pas très compliquée. Mon pied droit a même ripé à un moment, mais à part une petite frayeur, ça ne m'a pas empêché de continuer.


3. Les capacités

Ce qui m'amène naturellement à vous parler des capacités qu'exige l'escalade.
La première idée reçue concerne la musculature : pas besoin d'être bâti comme Stalone pour grimper. Au contraire ! Le muscle, ça pèse lourd... Il faut donc du muscle, mais pas trop. D'ailleurs les escaladeurs paraissent tous maigres et chétifs. L'escalade permet de développer presque tous nos muscles, et en particulier ceux des doigts. Mais il faut également de la souplesse et de l'équilibre. Certaines prises sont souvent très décalées et obligent le grimpeur à se contorsionner et à faire des transferts de poids pour éviter de tomber. Chaque voie a sa spécificité, certaines demandent de la force brute, d'autre de faire preuve d'équilibre etc... Ainsi, il est possible qu'un grimpeur sache monter une voie d'une certaine difficulté parce qu'elle joue sur la souplesse, et ne parvienne pas à escalader une voie du même niveau parce que le relief oblige à se servir beaucoup de ses bras. La force physique n'est donc pas le seul élément à prendre en ligne de compte.
Le mental aussi est très important. Le simple fait d'avoir peur du vide peut bloquer un grimpeur, même s'il a les capacités nécessaires pour monter. De plus, j'ai déjà vu une fille grimper alors qu'elle n'avait qu'un seul bras. Sans parler d'Alain Robert, le Spiderman français qui, malgré les prognostics pessimistes des médecins, est parvenu à récupérer son niveau d'escalade, alors que ses mouvements étaient réduits suite à plusieurs chutes de l'ordre de la vingtaine de mètres.
Enfin, comme je l'ai évoqué plus haut, le mental joue énormément lorsque l'on doit effectuer un passage un peu compliqué en tête et que l'on redoute la chute. Sans parler d'avoir le vertige, le simple fait de se dire "Si je glisse, je vais m'en souvenir" peut en faire hésiter plus d'un.
Et si le succès peut monter à la tête de certains, la paroi est toujours là pour rappeler au grimpeur qu'à tout instant, s'il relâche son attention, il risque vraiment gros.



Conclusion

L'escalade recquiert donc un équipement spécial, surtout pour l'assurage, et peut donc se pratiquer en milieu naturel comme en milieu artificiel, avec un coéquipier ou tout seul. C'est un sport très complet qui permet de se développer aussi bien physiquement que mentalement.
La peur de l'échec est suffisante pour empêcher le grimpeur de franchir un passage. Mais à l'inverse, le mental peut aussi permettre d'arriver à grimper dans des passages que l'on pensait inaccessibles et c'est dans ces moments là que l'on est fier de pouvoir se dire "J'ai réussi, je suis passé.".
Il développe aussi la confiance en soi, tout en évitant de prendre la grosse tête : de toute façon, à ce petit jeu, c'est toujours la gravité qui l'emporte.


Shaolan

Commentaires

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Question antispam : en quelle année sommes-nous ?
27/05 18:23 - isabeling
Je rajouterai tout de même que si on est arachnophobe, c'est chiant. Oui parce que les parois sont pleines de ces grosses araignées à fine pattes... (Oui, je sais, elle ne font pas de toiles et évitent à tout prix de grimper sur les gens, mais dites donc cela à mon inconscient!) Grimpe en salle, me diront les petits malins; oui mais voilà, en salle c'est pas drôle.
En tout cas, j'aime ton titre! Joli jeu de mots ^^
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