Après le livre...

13/06/2009 21:04

Vous avez connu Millénium, la trilogie livresque de feu Stieg Larsson, par un article de VonSturm...

Maintenant voici… Millénium, le film, de Stieg… ah non lapsus. Je reprends.
...De Niels Arden Oplay (qui c’est ce gus ?) Et dans un article de…

VonSturm ! (encore !)

L’ayant vu il y a peu, je me suis donc mis à écrire ces lignes. Et cette décision soulève un épineux problème : comment faire pour ne pas vous servir un copier-coller d’une partie de l’article éponyme pour ce sujet ? J’ai donc tenté de faire pour le mieux, en essayant d’écrire un truc qui soit quand même lisible et pas trop fade.
Par conséquent, voilà votre dose de gothique sataniste :

http://www.pavillondesfous.com/images/millenium_1.jpg

Le film de Millénium, sorti le 13 mai dans nos contrées, donc, est une adaptation du volume 1 Män som hatar kvinnor, qui dure environ 2h30. Vous imaginez bien que le réalisateur n’arriverait pas à adapter les trois volumes en un seul film qui soit plausible et synthétique à la fois.

Synopsis
Je vous demanderai simplement de vous reporter à l’article correspondant dans la section « Littérature » du site, ce serait gentil de votre part. Cela m’éviterait de perdre mon temps à vous expliquer en quoi consiste l’histoire…



Vous me faites de la peine. Ce n’est pas difficile à trouver pourtant ! Oh et puis zut cliquez .

Maintenant que vous l’avez lu, on peut passer à la suite.

L’avis
Je ne suis pas un grand fanatique du cinéma scandinave. Je n’ai même, à part l’excellent Adam’s Apples (je vous en parlerai plus en détails une prochaine fois) vu aucun film provenant de ces contrées.
Pour être franc, j’étais plutôt réticent à l’idée d’aller voir une adaptation cinématographique de série à succès. Mais, en sortant de la salle, j’ai plutôt été « déçu en bien », comme on dit par chez moi. En somme, j’ai eu une assez agréable surprise car j’ai vu une bonne adaptation qui tenait plutôt bien la route, avec un emploi de raccourcis assez simplistes, mais qui ne font pas sombrer le film dans un délire surréaliste. Par contre, le réalisateur a passé outre certains éléments, qui à mon sens donnent le sens à l’histoire, et les a remplacés par d’autres choses presque futiles.

ATTENTION: SPOIL (par rapport au livre ET au film)

Je m’explique : lorsqu’Henrik Vanger fait sa proposition à Mikael, celui-ci, dans le film, l’accepte sans broncher. Tandis que dans le livre, celui-ci refuse d’abord, et Vanger lui présente une monnaie d’échange (en plus de la rétribution financière) qui consiste en des informations compromettantes sur Hans-Erik Wennerström. Le motif de vengeance, qui avait une plus grande importance dans le livre, s’en retrouve presque effacé dans le film, et on a droit à des flashbacks sur Mikael enfant avec Harriet qui font un peu hors-sujet dans l’ambiance générale de l'histoire.
Ce sont des petits éléments comme celui-ci qui ne gâchent pas le film en soi, car il est tout à fait visible et plausible pour le quidam qui n’a jamais entendu parler de la série, mais qui agacent un peu celui qui aurait lu le livre au préalable. Ce n’est pas seulement au scénario, mais aussi aux personnages que ces différences font effet. Le côté tombeur de Mikael qui est très marqué dans le livre s’est aussi tout bonnement évaporé. Sa seule relation reste Lisbeth Salander...
Je fais mon tatillon, il est vrai, mais voilà, il faut dire ce qui est, il y a des différences notables.

Une autre chose qui m'a gêné, c’est l’introduction du flashback sur un épisode bien précis de l’enfance de Lisbeth car il gâche le suspense d’un des éléments du deuxième opus. Ceux qui auront vu le film sans avoir touché au livre comprennent maintenant le titre de ce dernier. Des éléments relatifs à La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette sont donc insérés pour faire en sorte de terminer l’histoire.

FIN DU SPOIL

Venons-en avec le personnage phare de la trilogie, l’émo/gothique par excellence, j’ai nommé Lisbeth Salander. Je n’irai pas jusqu’à dire que le personnage est parfaitement retranscrit, mais l’image qu’elle donne colle plutôt bien avec le personnage de l’histoire. Elle est tout de même bien plus réussie que Mikael Blomkvist sur ce coup-là. Je ne vous cacherai pas le fait que sa première apparition devant la caméra (lorsqu’elle fait son rapport à Dirch Frode) a soulevé des éclats de rire dans la salle tellement elle contrastait avec son milieu, ce qui, soit-dit en passant devait être le cas. Sinon, presque rien à dire au sujet des autres personnages, Bjurman joue bien le salopard, Henrik est « vangerisé » au possible, et les autres personnages sont plutôt bien incarnés. On part à peu près sur les mêmes suppositions que dans le livre à propos du meurtrier, donc on peut dire que le réalisateur a quand même réussi son coup.

Je préviendrai aussi les âmes sensibles d'éviter ce film, car les scènes les plus horribles du livre y sont reproduites, le réalisateur s'étant montré très cru.

En fin de compte une adaptation plutôt bonne, qui sans être parfaite, peut tout à fait vous divertir et vous plonger dans l'ambiance de ce thriller suédois.

Le commentaire du Leto :
Si je devais résumer en quelques mots cette adaptation du roman de Stieg Larsson, ce serait pour dire qu'elle est bête comme chou. D'une simplicité déconcertante, elle réussit à offrir deux heures rythmées et intéressantes à suivre. Un bon film, en somme.
Le problème vient d'autre part, c'est qu'en l'adaptant, Niels Arden Oplay a – certes – créé une ambiance, mais elle est loin de la relative originalité du roman. Là où les enjeux étaient plus complexes, le début de l'histoire assez fin et convaincant (on voyait réellement un travail pour rendre crédible l'entrée en matière), le film expédie assez rapidement cette partie (question de rythme, c'est compréhensible) en lui ôtant de son cachet. Ce qui fait qu'on se retrouve avec un constat en demi-teinte : une partie de l'identité du livre, et de ce qui peut en expliquer le succès (la cohérence du propos, la psychologie des personnages en relief), a été retiré au profit d'une approche plus simpliste.
Toutefois, on ne peut pas vraiment reprocher cela au réalisateur, puisqu'il y a tout de même un travail au niveau esthétique et cinématographique pour ne pas s'éloigner trop du livre. Seuls les flashbacks de Mikael mériteraient pendaison et bûcher tellement on atteint des sommets du cliché, de la connerie et de l'absurdité (en trois lettres blasphématoires : lol). Pour le reste, l'ambiance glaciale et sombre, sur fond de querelles familiales et viols (l'un des grands gimmick de l'histoire. Stieg Larsson est un peu obsédé par cela, comme Tezuka l'était), n'est guère réjouissante, mais on ne peut plus bien retranscrite.
Et, en définitive, le film est accessible autant aux néophytes qu'aux initiés, chacun y trouvant son compte d'histoires sordides, ce qui n'était pas une mince affaire. Il s'adresse à tout le monde, le pari est donc réussi.


VonSturm

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