LOST

01/07/2010 21:48

Maintenant que la série LOST est terminée aux Etats-Unis (et donc qu’en bon pirate honnête citoyen j’ai téléchargé patienté en attendant la diffusion de la saison 6 en France), je crois qu’il est temps pour moi de faire un bilan sur cette série qui m’a tout de même accompagné pendant 6 ans. En général, je dois admettre que mon avis est toujours réglé sur une série alors même qu’elle n’est pas finie pour la simple et bonne raison qu’on peut toujours formuler une appréciation objective sans pour autant devoir se taper X saisons/tomes/opus. Pour LOST, j’ai préféré attendre que la série finisse pour en parler avec le plus d’objectivité possible, même si mon avis dessus est à peu prêt figé depuis un petit moment, même si la fin aura été décevante, quoiqu’un poil prévisible.

Le spoil sera plus ou moins crypté de manière à ce que n’importe quel quidam, qu’il n’ait vu qu’une saison, cinq ou aucune, puisse lire ce qui va suivre.

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Le générique a l’avantage d’être concis et pas trop mal fichu. Bon point.



Le synopsis originel de LOST était le suivant : Alors qu’il est en route pour Los Angeles, le vol 815 d’Oceanic Airlines se crashe sur une île déserte en plein milieu du Pacifique. Les 40 rescapés vont devoir apprendre à cohabiter en attendant l’arrivée des secours. Une attente qui commence mal : des phénomènes étranges se produisent sur l’Île et des tensions entre certains survivants apparaissent.

Force est de constater qu’après 6 saisons, l’histoire a bien changé, si ce n’est dégénéré ; ce qui empêche d’en parler ouvertement sans lancer de gros spoils à ceux qui ne l’ont jamais vu. Et je crois que c’est le premier nœud sur lequel il faut mettre le doigt quand on parle de LOST : l’histoire, bien qu’assez intéressante (j’ai tenu jusqu’à la fin !), se comporte de manière étrange, par exemple en avançant plus de mystères que de réponses. Ce qui n’est pas un problème lorsqu’on découvre la série (les auteurs ménagent leur suspens en gardant le meilleur pour plus tard) devient par contre très symptomatique lorsqu’on est enfin arrivé au bout des six saisons et qu’on sait qu’il n’y aura plus jamais rien après : certains mystères qui ont été avancés ne trouveront de toute manière aucune réponse, voire pire, les scénaristes créent des règles à leur histoire, mais ces règles ne seront jamais justifiées réellement et laissent supposer une envie de compliquer inutilement les choses. A ce niveau là, on pourrait déjà se dire que les scénaristes auraient pu dégraisser gentiment leur mammouth histoire de ne garder que l’essentiel, et donc arriver à donner du rythme.
Car l’un des problèmes les plus récurrents sur LOST, que tout le monde même les grands s’accordent dessus, c’est bien son absence de rythme. Ce qui ne veut pas dire que la série possède un rythme lent, parce que c’est foutrement différent et ce n’est pas le cas ici. Au-delà de sa particularité narrative à utiliser le flash-back centré sur un personnage en particulier par épisode qui s’essouffle rapidement (avant d’être reboosté génialement), LOST possède un non-rythme qui a fait naitre l’une des comparaisons les plus délicieuses possibles sur DansTonChat qui était, je ne résiste pas au plaisir de vous la faire partager, « OLIVE ET TOM, c’est 10 épisodes où les personnages ne font que courir après un ballon. LOST, c’est la même chose, mais sans ballon ». La distillation de l’intrigue atteint de tels sommets qu’on en viendrait presque à se demander comment on a pu résister pendant 6 saisons, soit plus de 100 épisodes de 40 minutes. Surtout qu’au-delà de cela, les intrigues révèlent souvent des sous-intrigues qui amènent à d’autres sous-sous-intrigues... et ce jeu de tiroir n’en finit plus, à tel point que les grandes questions d’une saison, qui ont trouvé réponse au bout de 15 épisodes de mystères, deviennent absolument dérisoires en comparaison des mystères soulevés derrière.
Pour en venir aux personnages, la série est très inégale de ce point de vue là : elle peut passer du très attachant (Hurley ou Sawyer) à l’horripilant (Shannon, Kate...) ou au fadasse sans qu’on puisse discerner quelque chose d’homogène ; ils sont assez aléatoires dans l’intérêt qu’on leur porte, et c’est sans doute parce que LOST a le parti-pris de vouloir toujours TOUT expliquer sur leur psychologie. De ce côté-là, c’est parfois catastrophique, souvent gagesque, puisqu’elle se permet au travers des flash-back de donner une résonance sur tous les actes des personnages (actes parfois contradictoires d’un épisode à l’autre, mais le tout expliqué par un flash-back différent qui est censé nous faire accepter le pourquoi du comment). C’est assez souvent navrant en tout cas (sauf pour Hurley, qui n’aura eu de cesse de me confirmer que c’est un putain de bon personnage – excusez mon langage de charretier), alors que THE WIRE ou SIX FEET UNDER auront prouvé qu’on pouvait parler de psychologie sans rien expliquer mais en restant monstrueusement cohérent. Sans compter que pour LOST, les 85 % des personnages auront été au final inutiles, alors qu’on se sera tapé leur dilemme freudien pendant des heures entières...
Et puis il y a cette incohérence spatiale incessante qui permet aux scénaristes de faire comme ils l’entendent : sous prétexte d’être sur une Île tropicale (?), les personnages passent leur temps à se balader dans la jungle en rencontrant pile les gens qui vont permettre aux scénaristes de faire ce qu’ils veulent. Si ce procédé était mineur, pourquoi pas, mais là c’est à chaque épisode, chaque seconde qu’on se tape cette non-maitrise de l’espace qui fait qu’on ne comprend pas trop ce qui se passe, comment machin a retrouvé machine (ils ont beau être dans une jungle depuis 10 jours, comme ils ont chassé une fois le sanglier ils sont capables de retrouver n’importe qui pourvu que les scénaristes l’aient voulu ainsi). Et je ne parle même pas des lieux stratégiques de l’Île, qui se découvrent au fur et à mesure des saisons, et qui apparaissent comme grotesques vu leur taille et le fait que PERSONNE ne les ait vu jusqu’à ce qu’il en ait été décidé autrement.
On a souvent l’impression d’avoir perdu son temps sur pas mal de points, là où la série aurait pu gagner à être resserrée, nerveuse, rythmée, plus tenue et sur moins de temps, ce qui aurait arrangé tout le monde. On aurait eu une bonne petite histoire pas trop alambiquée (surtout que les révélations sont en pétard mouillé généralement) qui aurait comporté moins de défauts, moins de personnages inutiles et de vide (et il y avait moyen de le faire, ne serait-ce qu’en réduisant le nombre de survivant à une dizaine dès le début).

Pourtant, il n’y a pas que du mauvais dans LOST.
Ne serait-ce que d’un point de vue filmique, la série est assez bien faite : caméra à l’épaule certes, mais ne tanguant que dans les scènes les plus hystériques (les scènes d’action sont rarement lisibles, ça c’est dommage) et échelle de plan évitant le gros plan ad lib (ce n’est pas pour ce qu’il y a à voir d’intéressant dans le décor, mais c’est toujours ça de pris), et au contraire se permettant une diversité qui plaira à nos amis de chez Matière Focale. La transition entre flash-back et présent est elle aussi finement faite, évitant toute photographie monochrome ou dégueulasse et jouant sur un fond sonore lointain de ressac pour annoncer la rupture.
Quelques rebondissements de la série étaient très bien amenés et ont donné du tonus à l’ensemble, permettant lorsque LOST perdait de son intérêt de le refaire apparaitre par à-coups et donc de tenir les 6 saisons sans trop pester. Notamment, il y a là-dedans une utilisation très intelligente (ou en tout cas très bien vue) des « temporalités » différentes, qui permettent d’appuyer la pédale de l’embrayage quand les choses tournent au vinaigre et de prévoir un peu mieux les évènements à venir.
Les dialogues de la série auront de l’intérêt (ou tiendront à de la cuistrerie pour certains) dans le fait qu’ils s’amusent souvent à sous-entendre plus qu’à dire clairement les choses, lorsque les personnages se comprennent mais que le spectateur n’a pas la scène-clef qui permet de recomposer la discussion. Ce qui peut s’apparenter à de l’arnaque sur ce point là m’a personnellement bien amusé, parce qu’elle donne un brin de réalisme au niveau des échanges.
D’ailleurs, pour finir, l’un des points forts de LOST a été de créer une ambiance très spéciale : virant d’un drame psychologique à une histoire fantastique, passant d’un réalisme poussé (poussif ?) à un délire paranormal. Cela a pour avantage de donner une atmosphère « crédible » à des situations qui finalement ne sont que loufoqueries inexpliquées, mais qui ont donné envie d’avoir des réponses. La seule chose que l’on regrette là-dedans est que la série se soit ultimement retournée vers le drame psychologique, alors que c’est la part irréelle qui fascinait et faisait théoriser sur toute la Toile.

En définitif, je ne regrette pas ces six années passées à suivre la série, mais je trouve dommage qu’elle n’ait rien créé de totalement inoubliable et qu’elle ait soulevé plus d’attente que de résultat. LOST est une série synthèse des années 2000 : tout se joue sur le buzz, on s’en amuse bien au début et puis après il est temps de passer à autre chose.



Leto

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