Debaser
01/05/2010 21:33
J'aime les éditions Ankama. Sérieusement. Comme l'a dit un jour quelqu'un dont j'ai oublié le nom, mais qui a dit quelque chose qui m'a suffisamment plu pour que je le retienne : « Ça fait plaisir de voir qu'en France, on est encore capable de créer des grosses boîtes tentaculaires multi-activités. » Mais je ne parle pas d'Ankama en général aujourd'hui, je parle de leurs éditions, plus particulièrement d'un titre de leur label 619, le bien nommé en ce qui nous concerne ici « cultures urbaines ».
Je veux parler de
BD dont trois tomes sont parus pour l'instant et dont la parution, heureusement, ne semble pas être près de s'interrompre, dessinée et scénarisée par Raf.
Tout d'abord, que signifie le titre ? Comme nous l'explique la jaquette :
Debaser [Deubeïzeur] : Celui qui détruit les fondations d'un système... Pour créer un monde meilleur ! Rock'n'Roll is not dead!
Cette dernière phrase caractérise la BD à elle tout seule. Debaser est complètement rock'n'roll, que ce soit dans son style graphique, narratif, ses propos ou ses délires. Et évidemment, c'est ça qui fait tout son charme. Encore plus évidemment, l'histoire parle de gens qui bousculent l'ordre établi. En même temps, quand on voit l'ordre en question, on ne peut qu'approuver. Tout se passe dans la France de 2020, une France gouvernée par le président le plus winner de l'histoire : Patrick Premier. Dont la ligne gouvernementale peut se résumer en quatre mots : la droite SOUS STÉROÏDES. Considérez que dans cette France, toute musique est interdite, sauf celle produite par la seule et unique major résultant de la fusion de toutes les autres : Mundial. Ainsi, tout ce qui est légalement autorisé d'écouter est un ersatz de pop sursucrée chantée par des greluches refaites. À côté de ça, le téléchargement illégal d'une seule chanson est passible de plusieurs années de prison, avec bien sûr présence obligatoire d'un programme mouchard dans chaque ordinateur et l'interdiction d'assister à un rassemblement de plus de deux personnes. Dès le début du récit, on a l'impression d'être plongé dans un épisode de la quatrième dimension où les pires travers de la société française moderne ont grossi comme une belle tumeur. La France compte deux catégories de population (les français et les étrangers), le bac est le plus haut diplôme accessible, à 16 ans l'immense majorité des filles sont refaites de la tête aux pieds, lire un livre est considéré comme relevant de la science-fiction. Et bien sûr, les forces de l'ordre sont toutes composées de mutants ultra-baraqués ayant le droit de tabasser tout ce qui semble ne serait-ce que sortir des clous et ont le taser facile. J'en passe, et des meilleures. Car l'un des plus grand plaisir de la lecture de Debaser, c'est de découvrir une nouvelle dérive sociétaire. La mise en scène complètement barrée et parodique de la chose aide beaucoup.
Heureusement, qui dit société oppressante, dit résistance. Elle a la particularité d'être peuplée presque exclusivement de raconteurs. Ce sont des personnes qui ont la capacité de donner forme physique à leur expression artistique. Pour mieux comprendre, prenons les héros par exemple. Anna, une jeune fille issue des quartiers aisées mais suffisamment éveillée pour se rendre compte que rien ne tourne vraiment rond dans cette France de 2020, peut donner forme aux mots qu'elles prononce. Joshua, jeune homme venant des quartiers pauvres qui pense que les gens, c'est tous des cons, peut lui manifester physiquement sa musique. Seulement, au début, ils ne s'en rendent pas vraiment compte. Une bonne partie du récit sera donc consacrée à leur faire accepter leur capacités et les responsabilités qui vont avec. Et comment vont-ils les exploiter ? En faisant du rock, quelle question ! Le récit poursuit sa logique rock'n'roll en montrant une progression des personnages comme le ferait un groupe de musique. Puisqu'ils montent un groupe de musique. Mais pour vraiment changer les choses. Sauf bien sûr qu'ici, les vilaines major ont le pouvoir d'enfermer ceux qui sortent du rang si ça les amuse, voire de leur péter la gueule. C'est forcément un peu plus animé que la réalité.
Le propos est donc punchy, mais ce n'est rien à côté du dessin. La fusion du propos, de la narration et du style graphique est parfaite. Ça faisait un bail que je n'avais pas vu un dessin aussi dynamique et nerveux à la fois, puissant et, j'ose le jeu de mot douteux, rauque. Les traits, presque des ratures, sont nombreux, donnant des nuances et un aspect agressif à l'ensemble. Le dessin transmet tellement de puissance, qu'on prend son pied rien qu'en regardant. De plus, l'auteur possède des tas de gimmicks graphiques drôles. Par exemple, tous les personnages féminins, à quelques exceptions près, ont des seins énormes, du genre trop gros pour être vrais. C'est justifié dans le scénario par les pratiques de la société, mais quand on regarde ce que Raf dessine en temps normal, on comprend que c'est tout simplement son truc. Alors évidemment, tous les gags débiles possibles avec ce fait sont exploités. L'auteur maîtrise aussi terriblement bien le déformé, le simpliste, pour rendre les situations encore plus ridicules. Tout ceci s'ajoute aux propos volontairement lâchés, jusqu'au vulgaire parfois, pour ajouter à la folie ambiante qui règne dans Debaser. Et je me répète, mais on prend vraiment son pied. Debaser, c'est un défouloir géant qui fait un bien fou.
Dans le genre détails qui tuent, Debaser se pose aussi un peu là. Déjà, tous les chapitres sont des références musicales, références qui pleuvent aussi tout au long du récit (normal). Très ancrée dans son époque, la BD est découpée en chapitres, avec des pages-entre-les-chapitres-qui-informent-sur-l'univers. Ce qui permet d'en savoir plus sur les personnages secondaires, les lois françaises et autres joyeusetés. Au sein des chapitres eux-mêmes, l'auteur est une pratiquante du gag d'arrière-plan (les panneaux publicitaires sont un vrai Eldorado pour ça), ce que j'adore personnellement. La sous-culture d'Internet est très utilisée aussi, avec même l'apparition d'un Démotivator dans le dernier tome. Enfin, last but not least, la fin des tomes est consacrée aux fanarts, voire au récit d'un personnage secondaire dessinée par quelqu'un d'autre que Raf, mais qui s'insère totalement dans le récit ! Et pour revenir aux fanarts, ils claquent tellement que c'en est pas humain. Ils sont fait par des pros, donc c'est normal. Mais c'est une excellente initiative que de les mettre.
Un dernier conseil toutefois. Debaser, de part son propos, est une BD extrêmement subjective. C'est-à-dire que si l'on n'accroche pas à « Seul le rock nous sauvera ! », ça peut coincer. D'autant plus que les idées de l'auteur vis-à-vis de la musique et de l'art en général de la société et de la rébellion en elle-même sont clairement transmises dans le récit. Même si elle sont souvent pertinentes, il faut s'attendre à être martelé. Mais c'est l'idée même de la BD : si l'on n'est pas prêt à lire quelque chose d'engagé et sans concession, autant ne pas commencer. Reste que, si vous cherchez un BD qui déménage graphiquement et dans le propos, sans toutefois se prendre trop au sérieux et surtout, que vous aimez le rock sous toutes ses formes, Debaser est indéniablement un indispensable.
Les liens de fin d'article :
Le blog Raf : Calm like a bomb
Site collectif d'auteurs dans lequel Raf participe : Draw or die! (Plus mis un jour depuis un bail par contre.)
Je veux parler de

BD dont trois tomes sont parus pour l'instant et dont la parution, heureusement, ne semble pas être près de s'interrompre, dessinée et scénarisée par Raf.
Tout d'abord, que signifie le titre ? Comme nous l'explique la jaquette :
Debaser [Deubeïzeur] : Celui qui détruit les fondations d'un système... Pour créer un monde meilleur ! Rock'n'Roll is not dead!
Cette dernière phrase caractérise la BD à elle tout seule. Debaser est complètement rock'n'roll, que ce soit dans son style graphique, narratif, ses propos ou ses délires. Et évidemment, c'est ça qui fait tout son charme. Encore plus évidemment, l'histoire parle de gens qui bousculent l'ordre établi. En même temps, quand on voit l'ordre en question, on ne peut qu'approuver. Tout se passe dans la France de 2020, une France gouvernée par le président le plus winner de l'histoire : Patrick Premier. Dont la ligne gouvernementale peut se résumer en quatre mots : la droite SOUS STÉROÏDES. Considérez que dans cette France, toute musique est interdite, sauf celle produite par la seule et unique major résultant de la fusion de toutes les autres : Mundial. Ainsi, tout ce qui est légalement autorisé d'écouter est un ersatz de pop sursucrée chantée par des greluches refaites. À côté de ça, le téléchargement illégal d'une seule chanson est passible de plusieurs années de prison, avec bien sûr présence obligatoire d'un programme mouchard dans chaque ordinateur et l'interdiction d'assister à un rassemblement de plus de deux personnes. Dès le début du récit, on a l'impression d'être plongé dans un épisode de la quatrième dimension où les pires travers de la société française moderne ont grossi comme une belle tumeur. La France compte deux catégories de population (les français et les étrangers), le bac est le plus haut diplôme accessible, à 16 ans l'immense majorité des filles sont refaites de la tête aux pieds, lire un livre est considéré comme relevant de la science-fiction. Et bien sûr, les forces de l'ordre sont toutes composées de mutants ultra-baraqués ayant le droit de tabasser tout ce qui semble ne serait-ce que sortir des clous et ont le taser facile. J'en passe, et des meilleures. Car l'un des plus grand plaisir de la lecture de Debaser, c'est de découvrir une nouvelle dérive sociétaire. La mise en scène complètement barrée et parodique de la chose aide beaucoup.
Heureusement, qui dit société oppressante, dit résistance. Elle a la particularité d'être peuplée presque exclusivement de raconteurs. Ce sont des personnes qui ont la capacité de donner forme physique à leur expression artistique. Pour mieux comprendre, prenons les héros par exemple. Anna, une jeune fille issue des quartiers aisées mais suffisamment éveillée pour se rendre compte que rien ne tourne vraiment rond dans cette France de 2020, peut donner forme aux mots qu'elles prononce. Joshua, jeune homme venant des quartiers pauvres qui pense que les gens, c'est tous des cons, peut lui manifester physiquement sa musique. Seulement, au début, ils ne s'en rendent pas vraiment compte. Une bonne partie du récit sera donc consacrée à leur faire accepter leur capacités et les responsabilités qui vont avec. Et comment vont-ils les exploiter ? En faisant du rock, quelle question ! Le récit poursuit sa logique rock'n'roll en montrant une progression des personnages comme le ferait un groupe de musique. Puisqu'ils montent un groupe de musique. Mais pour vraiment changer les choses. Sauf bien sûr qu'ici, les vilaines major ont le pouvoir d'enfermer ceux qui sortent du rang si ça les amuse, voire de leur péter la gueule. C'est forcément un peu plus animé que la réalité.
Le propos est donc punchy, mais ce n'est rien à côté du dessin. La fusion du propos, de la narration et du style graphique est parfaite. Ça faisait un bail que je n'avais pas vu un dessin aussi dynamique et nerveux à la fois, puissant et, j'ose le jeu de mot douteux, rauque. Les traits, presque des ratures, sont nombreux, donnant des nuances et un aspect agressif à l'ensemble. Le dessin transmet tellement de puissance, qu'on prend son pied rien qu'en regardant. De plus, l'auteur possède des tas de gimmicks graphiques drôles. Par exemple, tous les personnages féminins, à quelques exceptions près, ont des seins énormes, du genre trop gros pour être vrais. C'est justifié dans le scénario par les pratiques de la société, mais quand on regarde ce que Raf dessine en temps normal, on comprend que c'est tout simplement son truc. Alors évidemment, tous les gags débiles possibles avec ce fait sont exploités. L'auteur maîtrise aussi terriblement bien le déformé, le simpliste, pour rendre les situations encore plus ridicules. Tout ceci s'ajoute aux propos volontairement lâchés, jusqu'au vulgaire parfois, pour ajouter à la folie ambiante qui règne dans Debaser. Et je me répète, mais on prend vraiment son pied. Debaser, c'est un défouloir géant qui fait un bien fou.
Dans le genre détails qui tuent, Debaser se pose aussi un peu là. Déjà, tous les chapitres sont des références musicales, références qui pleuvent aussi tout au long du récit (normal). Très ancrée dans son époque, la BD est découpée en chapitres, avec des pages-entre-les-chapitres-qui-informent-sur-l'univers. Ce qui permet d'en savoir plus sur les personnages secondaires, les lois françaises et autres joyeusetés. Au sein des chapitres eux-mêmes, l'auteur est une pratiquante du gag d'arrière-plan (les panneaux publicitaires sont un vrai Eldorado pour ça), ce que j'adore personnellement. La sous-culture d'Internet est très utilisée aussi, avec même l'apparition d'un Démotivator dans le dernier tome. Enfin, last but not least, la fin des tomes est consacrée aux fanarts, voire au récit d'un personnage secondaire dessinée par quelqu'un d'autre que Raf, mais qui s'insère totalement dans le récit ! Et pour revenir aux fanarts, ils claquent tellement que c'en est pas humain. Ils sont fait par des pros, donc c'est normal. Mais c'est une excellente initiative que de les mettre.
Un dernier conseil toutefois. Debaser, de part son propos, est une BD extrêmement subjective. C'est-à-dire que si l'on n'accroche pas à « Seul le rock nous sauvera ! », ça peut coincer. D'autant plus que les idées de l'auteur vis-à-vis de la musique et de l'art en général de la société et de la rébellion en elle-même sont clairement transmises dans le récit. Même si elle sont souvent pertinentes, il faut s'attendre à être martelé. Mais c'est l'idée même de la BD : si l'on n'est pas prêt à lire quelque chose d'engagé et sans concession, autant ne pas commencer. Reste que, si vous cherchez un BD qui déménage graphiquement et dans le propos, sans toutefois se prendre trop au sérieux et surtout, que vous aimez le rock sous toutes ses formes, Debaser est indéniablement un indispensable.
Les liens de fin d'article :
Le blog Raf : Calm like a bomb
Site collectif d'auteurs dans lequel Raf participe : Draw or die! (Plus mis un jour depuis un bail par contre.)
TheEdgeWalker
Commentaires
11/06 10:16 - Vonny
Par curiosité et surtout par soif de nouvelles découvertes, les sorties des mangas que je lis habituellement se faisant rares, j'ai donc commencé Debaser, et j'ai fini le volume 1.
Que dire... Nous avons-là un manga intéressant, simple dans le concept (ça me rappelle vaguement le jeu Elite Beat Agents pour le coup) et très accrocheur. Moi qui me méfie des "mangas" français, je dois dire que j'ai été plus que déçu en bien en parcourant ce premier tome. La seule critique négative que je pourrais faire serait au niveau des dessins, faits en un style que je n'apprécie pas particulièrement (très cassé, agressif) malgré le fait qu'ils collent très bien à l'ambiance créée par le titre.
En définitive, nous avons-là une bonne série. Je me mettrai sous peu à la suite, ça promet!
Rock'n'roll Rules!
Que dire... Nous avons-là un manga intéressant, simple dans le concept (ça me rappelle vaguement le jeu Elite Beat Agents pour le coup) et très accrocheur. Moi qui me méfie des "mangas" français, je dois dire que j'ai été plus que déçu en bien en parcourant ce premier tome. La seule critique négative que je pourrais faire serait au niveau des dessins, faits en un style que je n'apprécie pas particulièrement (très cassé, agressif) malgré le fait qu'ils collent très bien à l'ambiance créée par le titre.
En définitive, nous avons-là une bonne série. Je me mettrai sous peu à la suite, ça promet!
Rock'n'roll Rules!
05/06 20:12 - Shaolan
Bon, hier, vendredi, je me dis : "tiens, vais aller m'acheter des manga, j'ai pas eu ma dose depuis un moment." Et là, que vois-je ? Debaser. Les trois volumes. Je prends. Je prends pas. Je prends, TEW dit que c'est génial. Je prends pas, j'ai pas beaucoup de sous. Je feuillete... MAIS C'EST DE LA BONNE ! Allez, je prends.
Ce titre est vraiment excellent, bourré de références culturelles, musicales, politiques. Un véritable tour d'horizon de la jeunesse actuelle ainsi qu'une vision futuriste de ce que pourrait devenir la société libéraliste actuelle qui appliquera demain la loi Hadopi et pour finir une métaphore filée du pouvoir de la musique face à l'abrutissement de la masse par les politiques et les médias.
En résumé, je me suis avalé les 3 tomes en deux jours, et j'en redemande ! Merci TEW ! Et vive le Rock'n'roll ! .l..l
Ce titre est vraiment excellent, bourré de références culturelles, musicales, politiques. Un véritable tour d'horizon de la jeunesse actuelle ainsi qu'une vision futuriste de ce que pourrait devenir la société libéraliste actuelle qui appliquera demain la loi Hadopi et pour finir une métaphore filée du pouvoir de la musique face à l'abrutissement de la masse par les politiques et les médias.
En résumé, je me suis avalé les 3 tomes en deux jours, et j'en redemande ! Merci TEW ! Et vive le Rock'n'roll ! .l..l


