Djeeb le Chanceur
01/05/2010 21:31

« Ambeliane. Cité la plus isolée de l'Arc côtier, mais aussi la plus prospère. Son fonctionnement est un mystère pour ceux qui n'en font pas partie. Surtout en ce qui concerne la haute société de la ville. Djeeb Scoriolis se rend à Ambeliane, avec pour seuls bagages un bateau, son équipage, son sac et sa chance. Jusqu'où son intrusion fracassante dans Ambeliane le mènera-t-il ? »
Djeeb le Chanceur est un livre assez particulier. Premièrement dans la manière dont il est écrit : il est rédigé à la troisième personne, mais la narration est centrée sur un seul et unique personnage : Djeeb. Ainsi, toute l'action est indirectement centrée sur lui, seules ses réflexions nous sont exposées et l'environnement nous est toujours décrit en rapport avec Djeeb. Cette narration permet de créer un lien spécial entre le lecteur et le Chanceur : au lieu de s'identifier à lui, comme pourrait le permettre la première personne, le lecteur est amené à comprendre Djeeb, ce qui est plus subtil. Et c'est heureux, car Djeeb est lui-même un personnage subtil. Amoureux du beau geste, ce fait dicte pratiquement toute sa ligne de conduite. Artiste dont l'art serait simplement de vivre, Djeeb se fait force d'enchanter chacun de ses instants par ses actions, et d'enchanter chacune des ses actions par son talent. Talent qu'il ne cache pas, dont il ne se vante pas non plus, mais dont il fait bien usage, le bougre. Ce qui donne lieu à des passages étranges, où l'auteur retranscrit ce que fait ressentir Djeeb à son public. Dont le lecteur fait indirectement partie. Ainsi, au lieu d'exposer des détails techniques peu intéressants et encore moins esthétiques, l'auteur nous donne de ce que nous devons imaginer. Ce que l'on perd en imagination, on le gagne en ressenti (encore que perdre, c'est un bien grand mot). Le tir fait donc mouche.
Et les autres personnages dans tout ça ? Ils ne sont pas en reste. Dans sa découverte de la société d'Ambeliane, Djeeb sera amené à rencontrer des personnages fortement caractérisés, du genre de ceux à qui l'on n'échappe pas lors de toute tentative d'ascension sociale. Car c'est un peu de ça dont il est question, mais aussi d'ascension tout court (raccourci facile : l'auteur pratique et aime l'escalade, mais la retranscription dans le récit est plus légère que ma remarque). De l'artiste arriviste au fonctionnaire zélé en passant par le maître-de-la-ville-dans-les-faits-mais-pas-spécialement-dans-la-fonction, c'est un bel échantillonnage du tout-insérer un nom de très grande ville qui nous est présenté, et c'est donc très crédible, tout comme le fonctionnement de la cité en elle-même. Les explications sur les particularités administratives, politiques et techniques d'Ambeliane pointent par-ci par-là dans le texte, toujours pour éclairer le lecteur, jamais pour le perdre. Rien de tel pour rendre réel un monde imaginaire. Mention spéciale au dernier quart du bouquin (avoue, lecteur, tu es intrigué).
Dans le registre des petits détails qui marchent, nous trouvons aussi les titres des chapitres. Résumés à peine camouflés des chapitres eux-mêmes, avec cette touche de mystère qui poussera le lecteur à faire foisonner son imagination s'il ne lit qu'un chapitre par jour, mais s'autorise à fureter sur le titre du chapitre suivant (testé et approuvé). J'ai lu ce livre en ligne droite (comprendre : pas tout d'un coup mais à intervalles réguliers), tant le flot du récit est entrainant. Pas de temps mort : des rythmes différents, certes, mais unis dans une trame solide.
Pour finir, sachez que l'auteur, Laurent Gidon, a déjà prévu d'écrire la suite. Lorsque vous arriverez à la fin, nul doute que vous trouverez que c'est une excellente nouvelle (c'est qu'on s'y attache à ce sacré Djeeb). Si vous voulez en savoir plus sur l'auteur, ou que vous voulez lui crier tout votre amour pour son livre, apprendre qu'il en a écrit/qu'il en écrira d'autres, n'hésitez pas à visiter son blog.
TheEdgeWalker


