"La vie d'une autre" de Frédérique Deghelt

01/05/2010 21:21

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Marie a vingt-cinq ans. Un soir de fête, coup de foudre, nuit d'amour et le lendemain... elle se réveille à ses côtés douze ans plus tard, mariée, mère de trois enfants et sans un seul souvenir de ces années perdues. Cauchemar, angoisse ...

Avant de vous parler du livre en lui-même, j'aimerais juste souligner un petit point.
Quand j'ai évoqué ce livre autour de moi et le thème dont il parlait, certain(e)s de mes ami(e)s ont cru que, lorsque Marie - l'héroïne donc - se réveillait au bout de 12 ans et qu'elle ne se souvenait de rien, ces années elle les avaient vécues mais qu'elles étaient passées si vite qu'elle a cru qu'elle ne se souvenait de rien ... Erreur ! Hier, Marie rencontre Pablo en 1988, elle se réveille bel et bien en 2000, avec entre ces deux années 12 ans de néant et d'amnésie totale !!

C'est le trou de mémoire, le néant à l'état brut ! L’expérience est angoissante et terriblement réaliste. Il vous est peut-être déjà arrivé de vouloir effacer une partie de votre passé afin de mieux faire ou d’éviter une catastrophe, pour Marie, ce désir est devenu réalité, mais elle ne sait pas pourquoi. Depuis ce fameux matin où elle s’est réveillée dans une nouvelle vie, elle enquête, questionne et cherche non seulement à retrouver ce passé oublié, ces 12 années devenues vides, mais aussi à retrouver qui elle est devenue, parce qu’elle sait très bien qui elle était, du moins elle le découvre au travers de ce nouveau quotidien, mais ce qu’elle était ne semble plus rien avoir à faire avec ce qu’elle est devenue. L’homme avec qui elle avait passé la nuit il y a 12 ans, Pablo, est devenu son mari et ils ont trois enfants. Elle ne lui dit rien et tente de comprendre pourquoi elle a voulu tout oublier, pourquoi (par exemple) sur une photo prise par sa meilleure amie elle a l’air si immensément triste ...

Frédérique Deghelt nous invite donc plutôt à une exploration beaucoup plus intimiste, voire triste et nostalgique, sur les thèmes du souvenir, de la vie de couple, du temps qui passe ou encore du pardon.
Comment devient-on ? Comment passe-t-on de l’être au devenir ? Quelle est la différence entre un couple établi et un couple naissant ? Comment évoluent les sentiments et pourquoi ? Quelle est l’incidence de la venue d’un enfant sur non seulement la vie d’un couple mais également la vie intime, profonde et personnelle de celle qui a mis au monde cet enfant ? Est-on mère ou le devient-on ? Quel rôle jouent les autres, amis, ennemis ou personnes de passage sur notre inconscient ? Ce sont quelques unes des questions posées tout au long de ce roman et au-delà d’une histoire fictive, c’est surtout celle d’une personne face à ce qui fait le plus peur : l’incidence du passé sur le présent et l’avenir, et l’impossibilité d’échapper à son passé.
Le récit est très féminin et se lit comme une longue introspection de la narratrice, qui essaie de comprendre sa vie oubliée et la raison de son amnésie. Cet aspect est accentué par la mise en page des dialogues (sans tirets ni retourss à ligne), ce qui peut parfois porter à confusion et gêner quelque peu la lecture, mais qui au final se justifie très bien.

La Vie d'une Autre est donc un beau récit sur l'effet du temps sur le couple et sur nos aspirations de jeunesse, des thèmes assez classiques de la littérature, qui sont cependant abordés ici de manière originale grâce à l'amnésie de l'héroïne.

C’est un roman troublant, très prenant, "magique" aussi - dû aux questions que l'on se pose au-delà des personnages du livre et de leur histoire. Soyez attentifs à l’évolution des questionnements de Marie, parce qu’ils font comprendre tout un tas de choses (entre autres évoquées plus haut). C’est à se demander si l’auteur n’a pas elle-même vécu un tel traumatisme pour y mettre des mots ou questions aussi justes, des situations aussi rocambolesques. C’est avant tout un excellent roman d’investigation, presque un roman policier, sauf que personne n’y commet de crime - à part celui de l'oubli.


Quelques extraits :

« On dit toujours que ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts, mais on devrait ajouter que ce qui nous mine quotidiennement finit par nous tuer ! »

« La mélancolie et la tristesse sont déjà le commencement du doute ; le doute est le commencement du désespoir ; le désespoir est le commencement arrêté des différents degrés de la méchanceté. »


el-d-brokeur

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