Mais qui était Kaspar Hauser

28/02/2010 16:38

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L'enfant apparait le 26 mai 1828, comme par miracle, sur une place de Nuremberg, grognant, vociférant, très mal à l'aise. Il est très pauvrement vêtu et tient à la main une lettre, son unique pièce d'identité. La missive est adressée à l'un des capitaines commandant au 6e Chevau-légers.
Quelques passants l'interpellent. Les yeux hagards, il demande à être conduit auprès de cet officier. La lettre contient deux messages. Le premier trace en quelques mots le passé du jeune inconnu, en substance "Il m'a été confié le 7 octobre 1812, j'ai moi-même 10 enfants et beaucoup de mal à me tirer d'affaire. On me l'a confié pour assurer son éducation ..." . Le second message, censé émaner de la mère, encourage le destinataire à veiller à l'éducation de cet enfant et à en faire, comme son père, un militaire, en lui faisant intégrer les corps des Chevau-légers.

Les autres informations mentionnées dans les lettres permettent de retracer le passé de l'enfant. Non déclaré aux autorités à sa naissance, il a passé, à l'évidence, une enfance dramatique, littéralement emprisonné dans la maison de son tuteur, sans aucun contact avec le monde extérieur, sans même jamais mettre le nez dehors...
Au vu des documents fournis, l'officier de cavalerie ne peut que suspecter une tromperie. Les messages semblent, en effet, rédigés d'une seule et même main et non, comme annoncé, de celle du tuteur et de la mère. L'enfant, s'exprimant avec d'extrêmes difficultés, est jeté en prison. Son sort commence à émouvoir une partie des habitants de Nuremberg, notamment le maire de la ville qui décide de s'occuper de ce pauvre inconnu. La presse se fait également l'écho du triste sort de Kaspar, devenu à la première page des journaux "l'orphelin de l'Europe".

Ayant quitté sa geôle, Kaspar est accueilli par une première famille qui tente de lui faire rattraper le temps perdu. Il est la cible d'une tentative de meurtre en 1828. Qui a voulu intenter à la vie de ce misérable et pourquoi ? Cette mystérieuse agression va nourrir une thèse qui va rapidement faire fureur : le jeune homme serait en fait de noble naissance et une vulgaire question d'héritage l'aurait précipité dans la plus sordide des disgrâces. Qui plus est, le comportement de Kaspar, son allure noble, semblent conforter cette thèse. L'une des pistes suivies remonterait à la maison de Bade et à son Grand-duché. En décembre 1833, le cruel dossier concernant l'inconnu de Nuremberg se referme tragiquement : il est poignardé par un inconnu dans un parc de la ville et succombe rapidement à ses blessures.
Il y a quelques années, le magazine allemand Der Spiegel finança une opération visant à comparer l'ADN retrouvé sur l'un des vêtements du jeune homme et celui des descendants de la Maison de Bade. L'étude ne donna rien de probant. Le mystère Kaspar Hauser reste donc entier.


Voici un poème de Paul Verlaine, Gaspard Hauser chante :

Je suis venu, calme orphelin
Riche de mes seuls yeux tranquilles,
Vers les hommes des grandes villes :
Ils ne m'ont pas trouvé malin.

À vingt ans un trouble nouveau,
Sous le nom d'amoureuses flammes,
M'a fait trouver belles les femmes :
Elles ne m'ont pas trouvé beau.

Bien que sans patrie et sans roi
Et très brave ne l'étant guère,
J'ai voulu mourir à la guerre :
La mort n'a pas voulu de moi.

Suis-je né trop tôt ou trop tard ?
Qu'est-ce que je fais en ce monde ?
Ô vous tous, ma peine est profonde :
Priez pour le pauvre Gaspard.



Ce poème est extrait d'un recueil de Paul Verlaine, Sagesse, publié en décembre 1881 et écrit pendant son séjour en prison de 1873 à 1875 (pour avoir blessé son ami Rimbaud de deux coups de pistolet), durant lequel le poète fait un retour douloureux sur son passé.
Verlaine donne ici la parole à Gaspard Hauser, ce personnage étrange qui avait intrigué l'Europe un demi-siècle auparavant, et dont le désarroi lui rapelle le sien.
Verlaine rend ici un hommage à Gaspard Hauser, en témoignant sur les différentes périodes de sa vie, une vie morne et empreinte de solitude à laquelle le poète cherche finalement un écho à sa propre vie.




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L'emplacement de l'attentat : une inscription indique aujourd'hui encore « hic occultus occulto occisus est » (ici, un inconnu fut assassiné par un inconnu).


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