Le sommet des dieux
Ou « Le résultat de l’adaptation de la fusion de l’intégrale des Frison-Roche avec l’Himalaya en manga »
Il existe des montagnes de bouquins parlant de l’ascension des plus hauts sommets du monde*, réputés inaccessibles** (avant que quelqu’un ne réussisse à les vaincre, bien entendu) en raison de leur hauteur, des conditions climatiques effroyables qui y règnent ou encore de leurs parois impossibles à escalader. Les grandes Jorasses, le K2, le Mont McKinley, le Mont Blanc, le Cervin/Matterhorn, j’en passe et des meilleures, la liste n’en serait que trop longue.
La plus haute montagne – je ne vous apprendrai sans doute rien en vous révélant cela – du monde n’est autre que l’Everest, qui, du haut de ses 8848 mètres (au-dessus du niveau de la mer), est la plus proche du ciel, ce qui a pour conséquence d’être l’un des monts les plus convoités que les meilleurs alpinistes se doivent d’avoir grimpé au moins une fois dans leur vie, cela même s’il a été officiellement « vaincu » pour la première fois par Edmund Hillary et Tensing Norgay en 1953.
Ce magnifique édifice naturel trônant parmi ses sœurs de l’Himalaya s’est vu attribuer divers surnoms, parmi les plus flatteurs, outre ses autres appellations dans diverses langues (notamment locales). Ainsi, la montagne s’appelle Sagarmatha (népalais) et Chomolungma (tibétain).
Je vais arrêter de dévier ma prose afin que cet article qui – vous vous en douterez, vu son emplacement – traite d’un manga ne devienne pas un documentaire géographique indigeste à lire (car force est de reconnaître que ce genre de reportages passe bien mieux à la télévision, l’image à l’appui des commentaires) et surtout très/trop chiant. D’une part parce que ça me fera arrêter de faire des copier-coller réguliers de Wikipedia, et d’autre part parce que je suis en train de changer de sujet. Bref. Je discourrai donc d’un manga dans quelques lignes.
Je viens de vous le dire, l’Everest étant la plus haute montagne du monde, divers surnoms lui sont attribués. L’un d’entre eux retient particulièrement mon attention. Vous l’avez vu dans le titre de cet article, c’est Le Sommet des Dieux, pour une raison que vous pourriez deviner facilement.
Qu’est-ce que Le Sommet des Dieux ? Où veux-tu en venir, Von ?
Et c’est tout simplement le nom d’une adaptation d’un roman à succès de Yumemakura Baku par les pinceaux de Jirô Taniguchi (que l’on connaît entre autres pour avoir dessiné Quartier Lointain), qui a donc donné un manga en 5 volumes que voici.

Une image type qui représente le concept de L'Homme face à la Nature. Malgré l’impression de cliché que ça peut donner, c'est beau, quand même...
Commençons donc (vous avez l’habitude maintenant) par
Le Synopsis
Fukamachi, la trentaine, est photographe alpiniste de métier. Alors qu’il va accompagner une équipe japonaise prévoyant d’escalader l’Everest, une bonne partie de celle-ci meurt dans la montagne, rendant l’expédition compromise.
Avant de rentrer au Japon, un événement mystérieux se produit. En se promenant dans Katmandou, il met la main sur un vieil appareil photo dans une boutique douteuse de la ville. En l’étudiant, il commence à penser que cet appareil aurait appartenu au célèbre George Mallory. Cet homme avait tenté deux ascensions sur le plus haut sommet du monde : une en 1922, qui échoua, et une autre en 1924, à propos de laquelle on n’a jamais su si son expédition avait vraiment atteint le sommet, de laquelle proviendrait l’appareil photo.
Revenons à Fukamachi. Quelques jours après l’acquisition du fameux objet, on le lui vole. Il se met alors à sa recherche, et rencontrera Habu Joji, un alpiniste japonais qui vit dans la région.
En parallèle avec son enquête, il prendra connaissance de l’histoire de cet homme, mouvementée par bien des abords. Il finira également par découvrir que le fait que ce grimpeur exceptionnel, mais mal-aimé, ne stationne pas à Katmandou pour rien, et vivra une aventure inoubliable à ses côtés.
Ce que j’en pense
N’ayant pas lu le roman de base éponyme de Yumemakura Baku, je ne pourrai certainement pas faire un commentaire sur la retranscription/adaptation du roman en manga. Néanmoins je peux dire quelques mots sur le sujet, sinon je n'aurais certainement pas créé cet article, vous vous en douterez. C’est ce que je vais donc faire, évitant donc la comparaison avec l’œuvre originale, afin de ne pas m’aventurer en territoire inconnu.
Je n’irai pas par quatre chemins, Le Sommet des Dieux est un manga tout simplement magnifique, autant visuellement que du côté du scénario. Sous une trame qui se révèle être bien plus ficelée qu’elle ne le paraissait au premier abord, on a un véritable délice visuel, avec des dessins de montagnes vraiment superbes. On voit bien que le sieur Taniguchi a dû faire un paquet de recherches photographiques (à moins qu’il ne se soit lui-même déplacé sur les sites qu’il a dessiné, ce qui paraît moins probable) pour les produire, et le résultat est plus qu’à la hauteur, on s’y croirait. Les décors sont presque en train de surclasser les personnages visuellement. Non pas qu’on ne les voit pas, bien au contraire… Parlons-en justement !
Je ne sais pas si vous avez déjà entendu parler de ces gens que l’on pourrait qualifier d’ « amoureux » de telle ou telle activité. Vous savez, le genre de personne qui est un tel passionné de la chose qu’il en fait une obsession. Ces derniers ne peuvent pas vivre sans rester au contact de ce qu’ils aiment et se sentent mal s’ils n’essaient pas de pratiquer régulièrement leur activité. C’est le cas des alpinistes chevronnés qui vivent toujours auprès de massifs montagneux, ce afin de pouvoir pratiquer leur passion.
Habu Joji est ce genre d’homme, détenteur, entre autres, d’une volonté inexpugnable de devenir le meilleur dans son domaine. En effet, tout au long du manga, ce dernier est empreint de la soif inextinguible de grimper n’importe quelle paroi, ce même s’il doit en mourir. Sa combattivité émane de lui tout au long de l’histoire, ce qui lui fait parfois prendre des risques inconsidérés. De plus, il est également doté d’un mental à tout épreuve (qualité essentielle de l’alpiniste), et d’une volonté inébranlable. En effet, comme il le dit lui-même, « si je ne grimpe pas, je ne vaux pas mieux qu’un déchet », raison pour laquelle il s’obstine à rester près de sa dangereuse amante qu’est la montagne.
C’est ce qui lui donne, en dépit de son caractère – avouons-le – d’ours mal léché doublé d’une mule, ce côté attachant qui nous donne envie de le soutenir jusqu’au bout dans son objectif.
Fukamachi, de son côté, même s’il n’est pas le narrateur de l’histoire (alors qu’il pourrait tout à fait l’être vu la manière dont l’histoire nous est contée), pourrait totalement l’être tant l’œuvre est basée sur sa personne. Il sera tour à tour observateur, puis acteur, ce qui occasionnera de nombreux changements chez lui. En effet, on verra en lui une lente évolution tout au long de ses recherches. D’abord intrigué, puis fasciné, puis passionné et enfin obsédé, ce sont pratiquement deux hommes différents qui sont dépeint aux deux extrémités du manga. Son sujet d’étude et son caractère si particulier aura complètement déteint sur lui, le transformant en une sorte de – je cite – « démon » assoiffé d’efforts et de dépassement de soi. Mais est-ce en bien ou en mal ? C’est au lecteur de se faire sa propre idée.
La Nature elle-même joue un rôle déterminant, vu qu’il est impossible de ne pas y faire référence lorsqu’on parle d’alpinisme. La montagne, ses dangers en tout genre, tout constitue un obstacle visant à raviser les « fous » qui oseraient les défier. Sagarmatha en constituant la représentante principale de ces dernières, car défi ultime pour tout alpiniste qui se respecte, constitue le pilier central de l’histoire, jouant ainsi le rôle d’un genre de « décor observateur », donc neutre, mais qui n’hésite pas à se montrer cruel pour les personnages.
Quelle vandale cette femme!

En fin de compte, le surnom de « Sommet des Dieux » n’est peut-être pas si exagéré que ça…
*L'auteur rit encore de cette vanne vraiment trop facile
**Pas les bouquins, les montagnes... Faut suivre un peu!
VonSturm


