Fruit Maudit
Goddag !*
Comme le disait Shaolan dans son excellent article, tout le monde est inculte. Vraiment tout le monde, en un sens. Et ce que je vais présenter pourrait me permettre, d’une certaine manière, si je me comporte exactement à l’instar de A dans son exemple, de tous vous considérer ainsi sans sommation, car je vais traiter d’un film que pratiquement personne n’a vu. Cependant, étant loin d’être un vantard pédant et imbu de sa personne (jolie suite de pléonasmes !) je me rends bien compte que le simple fait qu’une écrasante majorité de gens ne l’ait pas vu ne me permet pas d’employer cette insulte à loisir (et cela dit, ma conscience non plus).
À cet égard, je vais donc me retenir et ainsi vous parler d’un film que je considère comme original, mais méconnu, car je ne connais personne qui l'ait vu, sauf les gens que j’ai sournoisement forcé à le visionner sous la contrainte. Ces mêmes personnes en sont ressorties grandies, si je puis dire, vu que, même si elles n’ont pas forcément tout compris en le regardant, elles ont passé un bon moment devant ce métrage plus que space. Pour la petite histoire, j'ai eu moi-même l'occasion de le voir au cinéma avec un ami, il y a fort longtemps, dans le cadre d'une projection d'un film étranger (vous savez, le genre de films qui sont parfois excellents, mais que - presque - personne ne va voir).
Pour commencer, quelques petites indications concernant notamment les titres que ce film a reçus. Officiellement, il a obtenu les Grand Prix et Prix du Public au Festival International du film fantastique de Bruxelles en 2006. De plus, officieusement (car je ne sais ça que de réputation uniquement), il aurait reçu aussi le titre de « film préféré des adolescents », ce que je comprends à présent parfaitement après l’avoir regardé pas moins de trois fois. Je vais bientôt vous en dire plus sur ses caractéristiques, alors continuez à lire mon article, en sautant les diverses explosions d’égo en tout genre et les applications du phénomène décrit dans l’article de Shaolan**.
Voilà donc de quoi il sera question ici. Je vous l’avais mentionné dans mon article sur Millenium, je vous en parle maintenant, pour le meilleur et pour le pire. Tremblez, forbans !

Bon, de quoi ça parle, Von ?
L’histoire, se déroulant au Danemark, dépeint principalement deux hommes et leurs caractères.
Adam est un homme renfrogné, violent et patibulaire. Sympathisant de la cause néo-nazie, et fraichement relâché en liberté conditionnelle, il est envoyé en rééducation dans un bled paumé de la campagne danoise, chez un pasteur, Ivan.
Ce dernier est son antagoniste parfait : (trop) serviable, humble, gentil et patient, il prend en charge des délinquants et/ou des désespérés sous son aile, afin de les aider à se réintégrer dans la société. À peine arrivé, le pasteur dit à Adam qu’il doit concrétiser un projet pour pouvoir quitter cet endroit. Ce dernier, qui a remarqué le magnifique pommier qui trône dans le domaine du pasteur, et voulant partir au plus vite, lui répond qu’il compte faire un gâteau avec les pommes de cet arbre.
Seulement, peu après son arrivée, des catastrophes (corbeaux, vers, etc…) s’enchaînent au fur et à mesure sur le pommier. En parallèle, Adam apprend à connaitre les autres pensionnaires de l’établissement, notamment Khalid, « ex »- braqueur de stations-service et Gunnar, tennisman alcoolique. Il découvre aussi qu’Ivan a une curieuse manière d’aborder les choses qui le gênent et les problèmes qu’il rencontre. En effet, ce dernier est incapable de voir les mauvais côtés des gens et des situations qu’il y a autour de lui, car sa foi (inébranlable ?) lui fait croire qu’il y a du bon dans chaque homme.
Au premier abord agacé par la philosophie d’Ivan, Adam découvre les fondements de celle-ci grâce, entre autres, à une Bible et au médecin du village. Le pasteur pense en effet que Satan est en train de le tester (ainsi que les autres) en lui/leur faisant subir des épreuves en tous genres. Le néo-nazi va donc essayer de ramener le fervent dévot à la raison.
Et t'en penses quoi?
Même si le danois est loin d’être ma langue préférée (ça ressemble vaguement à un croisement entre du hollandais, de l’allemand et du suédois, donc ce n’est pas forcément très joli à entendre), je dois dire que ce film, aussi atypique soit-il, est plutôt intéressant pour les raisons suivantes.
Pour commencer, il faut savoir que la religion occupe une place plus qu'importante dans ce long-métrage, ce qui peut se ressentir d’abord par son titre, puis l’endroit où il est tourné, puis l’histoire en elle-même. Car en fait, toute l’histoire est une sorte de reconstitution d’un livre de l’Ancien Testament (qu’Adam finira par lire), à savoir le Livre de Job. Ainsi, tout le film est une fable religieuse, qui est marquée par le deuxième élément qui le rend attachant, dont je vous parlerai plus bas. Le personnage de Job, qui, je le rappelle, est un homme sujet d’un pari entre Dieu et le Diable, est amené dans la pire situation qui soit afin de tester sa foi (pour ne donner que quelques éléments, on commence par le ruiner, puis il perd femme et enfants, et est atteint de diverses maladies). La personne qui est le « Job » de la Bible n’est autre que, bien sûr, Ivan, qui pense ainsi avec une ferveur sans borne que tout ce qui lui arrive de fâcheux est une épreuve, afin de voir s’il a toujours foi en Dieu, en qui il croit ardemment. Cela dit, lorsqu’on voit la quantité énorme de malheurs qu’il a subi et qu’il subit encore, on peut comprendre la raison pour laquelle il s’est cadenassé dans la religion. Mécanisme de défense qui peut sembler utile au premier abord, mais qui sera ébranlé plusieurs fois par Adam au cours de l’histoire.
Ce dernier subit lui aussi une évolution durant tout le développement de la trame du long-métrage, qui le fera ainsi changer complètement de bord. Il deviendra ainsi un autre homme durant une métamorphose kafkaïenne qui est engendrée principalement par sa relation sociale plus que tourmentée avec Ivan. On observera – entre autres – qu’il manifeste de plus en plus d’intérêt pour cette fichue tarte aux pommes qui au départ n’était pour lui qu’une simple formalité pour quitter ce coin perdu…

"Belle journée pour faire du tir aux corbeaux, hein Adam ?"
Une interprétation cinématographique d’une parabole est une chose. La manière dont on la traite est une tout autre paire de manches. De manière sobre, sérieuse, humoristique, poétique, triomphale, on peut la dépeindre sous divers aspects. Cette liste est tout sauf exhaustive, ça va de soi.
Où voulais-je en venir ? Ce qui fait l’originalité et tout l’intérêt d’Adam’s Apples est le fait que toute la trame est empreinte d’une énorme dose d’humour noir (le docteur qu’Adam rencontrera en est un des producteurs les plus prolifiques), ce qui lui donne une couleur particulière, mais tout à fait supportable, voire plaisante pour ceux qui aiment le genre. Il vous suffit de zieuter la bande-annonce*** pour en avoir un joli exemple. Couplé au scénario plus que fantasque du long-métrage, cela forme donc un énorme oxymore visuel qui est extrêmement bien rendu.
En ce qui concerne les personnages de manière générale, outre la surprise d’y voir Mads Mikkelsen (surtout connu des occidentaux pour son rôle de méchant dans James Bond : Casino Royale) dans la peau d’Ivan, on assiste à une jolie galerie de « gueules » qui donnent au film ses traits si caractéristiques. Du docteur cynique à la femme enceinte dépressive, en passant par le soldat nazi retraité, tous s’inscrivent dans l’esprit du film et l’expriment d’une manière plus que correcte, malgré le peu de rapports qu’on pourrait leur trouver objectivement parlant.
Alors je ne m’étendrai pas plus longtemps sur le sujet, et terminerai tout simplement de la manière suivante. Si vous aimez le cinéma étranger, les films tordus, l’humour noir et rire un bon coup, Adam’s Apples est fait pour vous !
Sur ce, Farvel****
Et n'oubliez pas la fin du Livre de Job, quand même...
PS: Puisque je constate que ce long-métrage est relativement difficile à trouver, voilà la VF en streaming (à vos risques et périls toutefois, c'est assez mal doublé). Sinon, Google is Your Friend!
*Bonjour en danois
**Eh oui, faut bien faire un peu de pub de temps en temps ! Vous ne liriez jamais les autres formidables articles qui peuplent les méandres de ce site, sinon !
***Désolé, je n’ai pas trouvé d’autres versions qu’en danois sous-titré anglais.
****Au revoir en danois (vous aurez appris au moins deux mots étrangers en lisant ce texte).
VonSturm


