Beaubourg : (re)découverte du centre Georges Pompidou

Il est entré dans ma vie il y a un bon moment, quand, passant devant cet impressionnant bâtiment plein de tuyaux, mon esprit de petite fille se demandait déjà ce que ce gros complexe industrialo-bariolé pouvait bien faire en plein milieu de Paris.
J’y suis devenue un peu hermétique quand, au détour d’une visite au sein de son exposition temporaire, je me suis trouvée dans l’incapacité d’apprécier la beauté d’une laitue flétrie posée sur un bloc de marbre.
Je m’y suis attachée quand, montée sur sa terrasse, j’ai redécouvert la vue de paris depuis ses hauteurs.
Il faisait partie du décor quand, adolescente, j’étais parmi les jeunes assis par terre sur la piazza qui lui fait face, observant les dessinateurs, écoutant les musiciens et nourrissant les pigeons.
Je l’ai redécouvert récemment, grâce à mes études. Décidant d’aller travailler à la bibliothèque, j’ai eu la chance de pouvoir apprécier le volume impressionnant de la BPI, de ses ouvrages et des services qu’elle propose : Wifi, accès à des ordinateurs, photocopie, tables de travail, mais également musicothèque, cafétéria, piano, visionnage de documentaires, films, documents d’archives, tables rondes, conférences….
Au final, pour avoir passé un bon nombre d’heure en son sein, derrière les tuyaux et les baies vitrées, j’ai pu profiter, apprendre et découvrir une petite part de cette institution atypique. Et même si, pour bien faire, il me faudrait certainement y vivre plusieurs semaines, j’ai décidé de venir en parler un peu, pour partager, vous intriguer, et peut être vous faire découvrir quelque chose.
Beaubourg
Mon histoire de Beaubourg commence un mercredi il y a quelques semaines quand, penchée sur mes cours d’histoire et mon vocabulaire d’anglais, je fus tirée de ma réflexion laborieuse par une annonce faite au micro dans les vastes salles de la bibliothèque.
« Agés de moins de 26 ans, une visite gratuite de l’exposition permanente du musée vous est proposé ce soir à 17h45. Inscrivez-vous dès maintenant à l’accueil de la BPI. »
Une première fois, la voix suave me laisse de marbre. Mais l’hôtesse récidive, et finit par attirer mon intention : la culture ne passe pas que par les livres, le mot « gratuité » résonne à mon oreille.
On se concerte du regard : une de mes camarades d’étude à l’air emballée. On se renseigne : la chose ne dure qu’une heure. On se décide : deux inscriptions à l’accueil nous apprennent qu’un buffet est proposé à la fin de la visite pour donner nos impressions. « Mais seulement si vous voulez hein ! Tous les participants seront raccompagnés au sein de la bibliothèque : pas besoin de faire la queue, aucune obligation. » Quel étudiant digne de ce nom passerait à coté d’un verre de coca gratos ?
A dix-sept heures trente, nous sommes une quinzaine de personnes à nous présenter au rendez-vous : étudiants pour la plupart, une lycéenne, et une touriste polonaise qui cherche du travail, mais pour le moment prend surtout des vacances.
La visite, organisée par une sociologue en poste au centre a un but simple : étudier la circulation du public entre la bibliothèque et le musé, ces deux secteurs étant devenus extrêmement indépendants au fil des années.
Pourtant, la vocation première du centre Georges Pompidou est de présenter une approche extrêmement pluridisciplinaire des productions artistiques modernes : cinéma, musique, peinture, sculpture, arts plastiques, théâtre, littérature… tous les domaines y ont leur place.
Le bâtiment à l’architecture résolument moderne et provocatrice est construit en 1977 selon les plans de deux jeunes architectes : Renzo Piano et Richard Rogers, gagnants d’un concours international d’architecture lancé en 1970. Leur projet est de construire un bâtiment résolument représentatif du XXe siècle, de l’industrialisation et de l’urbanisation.
L’emplacement choisit est le plateau de Beaubourg, situé juste au dessus du trou des Halles, ancien « ilot insalubre de paris ». Le quartier est alors squatté par des artistes et créateurs de tous poils : Le centre Georges Pompidou y est implanté comme une immense pompe à miel, destinée à faire remonter de la rue jusque dans les salles du musé les œuvres les plus percutantes.
L’idée est de créer une institution culturelle ouverte sur la ville : les immenses baies vitrées de la façade principale donnant sur la piazza permettent au regard du visiteur d’entrer et de sortir comme bon lui semble. Toutes les infrastructures, les éléments habituellement camouflés des bâtiments modernes, sont placés à l’extérieur en guise de décoration : structure portante, tuyaux ou escalators. Ainsi la circulation au sein du centre implique un va et vient constant entre le dedans et le dehors.
L’intérieur du bâtiment se prête également à une grande liberté de circulation : peu de cloisons, de nombreux escaliers mécaniques….
Le maitre mot de Beaubourg est donc le mélange, la circulation : le dedans est le dehors, la bibliothèque est le musée, les badaud sont des visiteurs assoiffés de culture.
Aujourd’hui malheureusement, l’utilisation du centre l’a quelque peu détourné de sa mission : les touristes venus pour le musé s’aventurent peu dans les autres espaces et les étudiants travaillant en bibliothèque ne sont pas des habitués des expositions. Les différents secteurs sont devenus très indépendants, au point que même les membres du personnel ne sont pas toujours habitués au contact.
Pourtant Beaubourg propose encore une immense diversité culturelle faite d’expositions, de visites ou de conférences ouvertes au public. Le centre est également lieu de rencontre et de création : l’esplanade sur lequel il ouvre, aussi passante que la sorti d’une fourmilière, grouille d’étudiants, de touristes, de dessinateurs, et résonne toujours des accords de quelque musicien.
Le Musé d’Art Moderne
J’y suis allée intriguée, sceptique et curieuse. J’en suis ressortie avec l’agréable impression d’avoir apprit quelque chose.
Le gros défaut de la collection d’art moderne de Beaubourg, c’est avant tout d’être une collection d’art moderne. Par ce que, généralement, le spectateur est rebuté dés le premier regard posé sur ses œuvres, souvent atypiques, qui prétendent décrire la société industrielle.
Là ou il semble parfois très aisé d’apprécier la beauté d’une Joconde ou d’une Nature morte, l’exercice devient plus ardu quand, en lieu et place de Mona Lisa, se trouve une toile vierge, un bloc de marbre ou un cube de polystyrène.
Ainsi, pour le spectateur non initié, peu d’œuvres trouvent grâce en dehors des quelques toiles de Matisse, Picasso, Braque ou Chagall.
Pour être apprécié comme il se doit, la collection du musé d’art moderne, doit être commentée et expliquée, et la meilleure solution est encore d’être accompagné d’un conférencier.
Animée, interactive, vivante, la visite donne aux œuvre toute leur dimension. Cette statue, impossible à décrire, devient un hybride d’équidé et de locomotive, figurant le progrès en marche et la complexification de la société. Cette croix noire sur fond blanc, inexpressive et monolithique semble soudain s’animer, s’emplir d’un mouvement vivant et organique, incarnant l’équilibre fragile entre le vivant et le mort.
Non, ce n’est pas de la magie, du pipeau ou de la masturbation intellectuelle : simplement un élargissement de l’esprit, la découverte d’un nouveau point de vue. Par ce que ces œuvres demandent une approche délicate, à mi-chemin entre la spontanéité purement instinctive de l’enfant et le regard éclairé de l’historien, capable de mettre en parallèle la création avec son contexte.
On comprend et on ressent dans le même temps, on réalise, surtout, combien la vision de certains de ces artistes colle encore parfaitement avec notre perception du monde.
Beaubourg c’est bien plus encore : c’est la terrasse de la cafèt’, qui donne sur la piazza et son effervescence, c’est le dernier étage et sa vue imprenable sur la capitale, c’est le cinéma, les conférences, les expositions temporaires, c’est un quartier éminemment vivant et parisien, dans le bon sens du terme….
Il y a tout un petit monde, une ambiance, une institution à découvrir, des milliers de choses à faire et beaucoup de connaissances futures, passée, proches ou lointaines à y croiser.
Si le Centre Pompidou est un peu trop clos sur la ville, si ses différents secteurs sont un peu trop cloisonnés, cette formidable Pompe à miel n’en remplit pas moins sa mission première : nous ouvrir l’esprit.
Grenouille Bleue
Commentaires
L'expo était géniale bien entendu (^_^) mais ça m'a permis aussi d'admirer le Centre Pompidou et ses alentours, et ça reste effectivement un endroit bien sympa et un véritablement lieu de vie - du moins pour ce que j'en ai vu ^_^
C'est en ce lieu que Valérian retrouvait l'élémentaire de la Foudre dans "Brooklyn Station Terminus Cosmos ". Un souvenir marquant pour moi^^;
Bref plus actuellement, j'ai vu qu'il y avait une exposition sur Kandinsky et comme dernièrement j'ai fait une expo sur l'avant-garde russe que j'ai beaucoup aimé, cela me semble tout indiqué.
Merci pour l'idée ^_______^


